Lorsque Pierre Paradis a pris la tête du ministère de l’Agriculture, on croyait que son expérience et sa connaissance du milieu profiteraient au secteur. Être ministre n’est pas une tâche facile et ce dernier ne décide pas de tout. Certaines directives lui sont imposées par les orientations de son gouvernement alors que d’autres sont à sa discrétion. La refonte du Programme d’appui financier aux regroupements et aux associations de producteurs désignés (PAFRAPD ou programme casino) fait partie des prérogatives du ministre et la pilule est difficile à avaler pour plusieurs.
Le PAFRAPD, qui a pris fin le 31 mars 2015, soutenait plus de 70 associations de producteurs agricoles. Il a vu le jour lorsque le gouvernement du Québec a décidé de mettre fin aux casinos forains, à la faveur de Loto-Québec. À l’époque, ces casinos tenus lors d’expositions agricoles servaient à financer les activités des sociétés d’agriculture, des associations d’élevage et des autres regroupements de même nature. Le PAFRAPD avait comme objectif « la réalisation de projets novateurs et structurants afin d’améliorer la productivité, la rentabilité et la compétitivité des secteurs d’activité visés ».

 

Ce programme a notamment permis le développement et l’amélioration génétique dans plusieurs secteurs d’élevage. Le maintien des races patrimoniales, comme la vache canadienne, n’aurait pas été possible sans le soutien du PAFRAPD. Malgré son importance pour le fonctionnement de dizaines de petits groupes, souvent soutenus par des bénévoles, ce programme n’existe plus. En fait, le ministre a choisi de rediriger les budgets alloués au PAFRAPD vers le Programme de soutien aux stratégies sectorielles de développement 2 (PSSSD2). Il avait pourtant les fonds nécessaires pour la continuité du PAFRAPD puisqu’ils étaient dans les crédits renouvelés du ministère pour l’année 2015-2016.

 

Tous ces regroupements de producteurs espéraient que le nouveau programme leur permette de maintenir leurs opérations. Ce ne sera pas le cas. Le ministère a gardé tout le monde dans l’ignorance et l’espoir d’avril à décembre, de sorte que des regroupements ont dû s’endetter pour maintenir en place leurs employés et poursuivre leurs activités. Le nouveau programme fragilisera plusieurs regroupements de producteurs et entraînera la disparition de certains. C’est le cas du Conseil québécois de l’horticulture (CQH), qui a fermé ses portes l’automne dernier. Cette organisation livrait pourtant des services très utiles aux producteurs horticoles québécois, comme l’homologation mineure de pesticides et le suivi des prix du marché.

 

Le CQH n’est malheureusement pas le seul dans cette situation. À titre d’exemple, l’aide financière apportée à la Fédération des apiculteurs du Québec (FAQ) par l’intermédiaire du PAFRAPD représentait environ 50 % de son budget annuel. Sans ressources et dorénavant sans permanence, la FAQ et d’autres petites organisations dans divers secteurs de production ne disposent même pas des ressources nécessaires pour présenter des projets dans le cadre du nouveau programme. Les secteurs plus fragiles sont donc ceux qui souffriront le plus des changements. En ce sens, leur survie est loin d’être certaine, voire improbable dans certains cas.

En moins d’un an, on a donc fragilisé des dizaines de petits secteurs en apportant des changements arbitraires à un programme censé les soutenir.

L’aide maintenant disponible par l’intermédiaire du PSSSD2 entraînera des coûts beaucoup plus importants pour le traitement de chaque demande et seules les plus grandes organisations pourront les absorber.

 

À tout ce qui est décrit plus haut, il faut ajouter la réduction inattendue des paiements dus à certains groupes, alors que les ententes étaient signées et que les dépenses étaient effectuées. Le cas des vignerons du Québec et celui de la Fédération de la relève agricole du Québec en sont des exemples éloquents.

 

En fin de compte, tous ces changements n’apporteront pas d’économies réelles au gouvernement. On désorganise sous prétexte de moderniser. On complexifie l’administration des fonds publics et on alourdit la tâche des fonctionnaires, qui sont de moins en moins nombreux et mobilisés. Une décision déstructurante qui s’ajoute au bilan du ministre depuis sa nomination.