Les médias traitent abondamment de l’alimentation : de questions de santé et de bien-être, du plaisir associé à une bonne table, des risques associés à certaines maladies, de nouveaux produits, des particularités de telle ou telle molécule. La cuisine a transformé des artistes en vedettes de l’écran, et l’on ne compte plus le nombre de livres de recettes.

Malgré toute cette attention portée aux aliments, on parle très peu d’agriculture, si ce n’est pour la critiquer.

Polluante, dérangeante, bruyante, coûteuse : ce sont souvent les mots qui reviennent lorsque les chroniqueurs alimentaires ou économiques en parlent. Pourtant, tout ce qu’on mange et qu’on boit, à l’exception de l’eau, provient de l’agriculture ou de la pêche. Au Québec, elles représentent des dépenses en aliments et en services de plus de 40 G$ par année, alors que la demande alimentaire mondiale est en forte croissance.

 

La semaine dernière, Mario Dumont a remis les choses en perspective dans un texte publié dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec. Insistant sur l’importance du secteur agricole, de son impact dans l’économie et du travail quotidien des producteurs pour s’acquitter de toutes les obligations inhérentes au métier, M. Dumont invite le gouvernement à investir davantage pour assurer un meilleur approvisionnement local. Le secteur serricole représente un bel exemple. Pourquoi exporter notre électricité, et favoriser la création d’emplois à l’extérieur de la province, alors qu’on pourrait l’utiliser ici?

 

À l’heure actuelle, les producteurs serricoles ne sont pas soutenus suffisamment. Comme le mentionnait récemment le président du Syndicat des producteurs en serre du Québec, André Mousseau, un soutien accru permettrait à plusieurs producteurs de devenir encore plus concurrentiels et d’investir massivement dans leur entreprise, jusqu’à 300 M$ en nouveaux projets, selon lui. Le gouvernement de l’Ontario a misé sur la production en serre pour augmenter les exportations de la province. Résultat : la production ontarienne en serre a explosé, et elle est dix fois plus importante qu’au Québec où cette production a diminué de moitié.

 

C’est ce message que l’Union a livré au ministre des Finances, Carlos J. Leitão, dans le cadre des consultations prébudgétaires. Nous lui avons rappelé que l’agriculture et la transformation alimentaire représentent 5,9 % du produit intérieur brut (PIB), génèrent près de 200 000 emplois (1 emploi sur 20 au Québec) et fournissent chaque année plus de 4,5 G$ de revenus aux divers paliers de gouvernement.

 Le gouvernement du Québec doit miser davantage sur l’agroalimentaire et l’inclure dans le Plan économique qui accompagnera le budget 2016-2017, à l’image de l’Ontario qui possède sa propre stratégie (Open for Business : Ontario’s Business Sector Strategy – Agriculture and Agri-Food) élaborée en concertation avec l’Ontario Federation of Agriculture.

C’est d’ailleurs le sens de l’initiative récente de l’Union et du Conseil de la transformation alimentaire du Québec avec l’appui de La Coop fédérée, du Mouvement Desjardins et de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

 

Selon des données récentes, le PIB bioalimentaire au Québec fait du surplace (+1,6 % entre 2013 et 2014). Alors que la demande alimentaire augmente, nous perdons du terrain.

 

Les agriculteurs et les transformateurs ont besoin d’un signal pour investir. Les taux d’intérêt sont déjà très bas et l’on ne prévoit pas d’augmentation substantielle au cours des prochaines années. Ce n’est donc pas de ce côté qu’il faut travailler pour relancer les investissements. La Financière agricole du Québec (FADQ) est d’ailleurs en mesure de le constater. Les producteurs qui investissent le plus en ce moment sont ceux sous gestion de l’offre : ils ont de gros projets de modernisation et d’achat de quotas en raison de la stabilité et de la sécurité des revenus dans ces secteurs.

 

Il faut donner un signal quant au partage des risques tout en se dotant de stratégies sectorielles. Les modifications apportées aux programmes Agri-Québec et Agri-Québec Plus constituent un pas dans la bonne direction pour les productions concernées, mais elles ne répondent qu’à une mince partie des recommandations du comité de travail sur la sécurité du revenu composé de représentants du ministère québécois de l’Agriculture, de la FADQ et de l’Union.

 

Nous avons bien senti, lors de notre rencontre avec M. Leitão, que le gouvernement est en mode développement et investissement. Le ministère des Finances, tout comme nous, n’attend qu’un message clair ainsi qu’un plan du ministère de l’Agriculture.