Le remaniement ministériel tant attendu a finalement eu lieu la semaine dernière. Plusieurs ministres ont changé de poste et d’autres font leur entrée dans ce cercle restreint du pouvoir exécutif de l’État.
Par ce remaniement ministériel, M. Couillard veut clairement relancer l’économie du Québec. Depuis l’élection d’avril 2014, le gouvernement avait un seul objectif : celui d’atteindre l’équilibre budgétaire. Il semble que cet objectif sera atteint lors du dépôt du prochain budget. Le gouvernement veut maintenant se concentrer sur la relance de l’économie et la création d’emplois.

 

On le voit bien, malgré des conditions avantageuses en raison du bas prix de l’énergie et de la faiblesse du dollar canadien, nos exportations n’augmentent pas tel qu’escompté. L’économie canadienne, qui repose sur l’exploitation des ressources naturelles, est affectée par la baisse de la demande dans ce secteur et les coupes dans les dépenses gouvernementales n’ont pas été remplacées par des investissements privés. La création d’emplois stagne et l’inquiétude des gens d’affaires est palpable. Pour compléter le tableau, la chute des bourses depuis décembre s’ajoute au ralentissement de l’économie chinoise.

 

Le milieu des affaires et les investisseurs sont donc très prudents. S’il veut maintenir l’équilibre budgétaire, le gouvernement n’a qu’une seule option pour relancer l’économie : stimuler les investissements privés, la recherche et l’innovation; créer un climat propice à l’investissement.

 

Ce message, nous le répétons depuis plusieurs années. En décembre 2014, le ministre Pierre Paradis a reçu les recommandations d’un comité de travail sur la sécurité du revenu composé du ministère québécois de l’Agriculture, de la Financière agricole du Québec (FADQ) et de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Ce comité recommandait unanimement de bonifier les programmes de sécurité du revenu et de gestion des risques pour les entreprises agricoles. Le comité recommandait également la mise en place d’un programme d’investissement pour soutenir l’innovation et la productivité dans les entreprises agricoles.

 

Pour l’instant, de toutes les recommandations du comité, les seules auxquelles le ministre a donné suite concernent les programmes Agri-Québec et Agri-Québec Plus. L’annonce du 9 décembre dernier représente des dépenses supplémentaires de 12,7 M$ pour la FADQ. Le ministre a aussi annoncé un timide programme d’investissement. Les entreprises agricoles auront accès à un prêt maximum de 150 000 $. Le gouvernement remboursera les frais d’intérêt jusqu’à concurrence de 3 % pendant cinq ans.

 

Autre point, je comprends mal pourquoi on insiste tant pour que les producteurs de maïs, de soya, de pommes et de pommes de terre abandonnent le programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) pour accéder aux programmes Agri. Si le gouvernement accepte d’effacer les arrimages cumulés et de verser Agri-Québec rétroactivement pour 2014-2015 à condition que les producteurs se privent du seul vrai filet de sécurité dans leur secteur (l’ASRA), pourquoi ne pas faire cohabiter l’assurance stabilisation et Agri-Québec? Pourquoi ne pas offrir un environnement propice au développement?

 

Quel message envoie-t-on aux producteurs de porcs, de bœufs, d’agneaux et de céréales à paille quant à l’avenir du programme ASRA dans leur secteur? Est-on en train d’appliquer le rapport Saint-Pierre par étapes? La question se pose après tout ce qui a été dit ces dernières années sur le sujet, incluant la commission Robillard qui recommandait l’abolition de l’ASRA, pourtant essentielle. Tout cela n’est certainement pas de nature à encourager les investissements dans les entreprises de ces secteurs, ni à motiver la relève.

 

Le gouvernement doit clairement rectifier le tir. En quelques mois, l’Ontario s’est doté d’une politique économique très agressive (Ontario for business) et l’agriculture en fait partie. Pas de consultation grand public, pas d’esclandres pour la tribune : de l’action. À titre d’exemple, selon les données de l’Association des producteurs maraîchers du Québec, nos exportations horticoles ont augmenté de 60 M$, alors que celles de l’Ontario ont augmenté de 500 M$. Pendant ce temps, au Québec, le Conseil québécois de l’horticulture a été démantelé à la suite de la perte de son financement.

 

Au dernier Congrès général, l’Union et le Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ) demandaient que l’agroalimentaire devienne un secteur stratégique du développement économique québécois. Pour ce faire, il suffit de réunir l’UPA, le CTAQ et les ministres des Finances, du Développement économique, de l’Innovation et des Petites et moyennes entreprises pour se donner des objectifs clairs par secteur, avec les outils nécessaires pour les atteindre.

 

J’espère sincèrement que ce remaniement signifie que le gouvernement se met en mode action et développement. J’espère sincèrement que M. Paradis a un mandat clair et la latitude pour accompagner et outiller le secteur agricole afin que le Québec se taille une place sur les marchés en répondant à la croissance de la demande alimentaire.