Le ministre des Finances Carlos Leitão a déposé la semaine dernière un deuxième budget équilibré, accompagné de mesures qui, selon lui, devraient permettre au Québec de relever les défis de demain. Le secteur agricole a grandement contribué à l’atteinte de cet équilibre budgétaire ces dernières années. Les meilleurs prix sur les marchés, notamment dans le secteur des viandes et des céréales, ont permis à La Financière agricole du Québec (FADQ) de dégager des surplus, en grande partie redirigés vers la lutte au déficit.
 

Le budget 2016-2017 prévoit quand même des compressions additionnelles. Selon les crédits déposés, le budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation sera amputé de 23,2 M$. Le budget de la FADQ sera de 437 M$, soit 9,5 M$ de moins que l’année précédente. Le Programme d’appui au développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en région, qui vise notamment la mobilisation des acteurs locaux autour de projets mettant en valeur le potentiel économique du secteur bioalimentaire, est quant à lui coupé de 13,7 M$. Le Programme d’appui au développement de l’industrie de la transformation alimentaire, dont le but est d’accroître la compétitivité et d’accélérer le développement du secteur dans un contexte de mondialisation des marchés, est réduit de 6,4 M$.

 

Le budget consacré au Programme de crédit de taxes foncières agricoles (PCTFA) augmente quant à lui de 8,3 M$. Contrairement aux prétentions de la Commission de révision permanente des programmes, le gouvernement reconnaît dans son budget l’importance de ce programme en reprenant les arguments avancés par l’Union et l’Institut de recherche en économie contemporaine. Il annonce aussi une réforme pour en faciliter la gestion administrative, mais il faudra aller plus loin. Les entreprises agricoles, en raison de l’augmentation de la valeur des terres et des actifs agricoles, supportent une part de plus en plus grande des budgets municipaux. La révision complète de la fiscalité foncière agricole est attendue par l’Union depuis plusieurs années et le gouvernement reconnaît clairement l’importance d’une fiscalité foncière agricole compétitive. Ce dossier sera très important au cours des prochains mois.

Le fait d’armes de ce troisième budget Leitão est toutefois la préparation, dans les prochains mois, d’une stratégie agroalimentaire, en collaboration avec le milieu.

Le ministre des Finances a repris presque mot à mot la demande que nous lui avons déposée lors des consultations prébudgétaires. M. Leitão comprend très bien la différence entre un sommet sur l’alimentation, comme le propose le ministre de l’Agriculture Pierre Paradis, et le développement d’une stratégie agroalimentaire, telle que réclamée conjointement par l’UPA et le Conseil de la transformation alimentaire du Québec, avec l’appui de La Coop fédérée, du Mouvement Desjardins, de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval et de la Fédération québécoise des municipalités. Le fait que cette stratégie soit annoncée par le ministre des Finances donne également une autre dimension à l’engagement du gouvernement.

 

D’autres mesures, comme la bonification du Programme Exportateurs de classe mondiale et la mise en place d’un consortium de recherche en transformation alimentaire, traduisent la volonté du gouvernement d’accompagner le secteur vers de nouveaux marchés. L’élargissement du programme de soutien au drainage et au chaulage des terres est aussi à souligner. À première vue, les montants consacrés à ce programme semblent toutefois insuffisants en regard des besoins.

 

La reconduction du Programme d’appui au positionnement des alcools québécois dans le réseau de la Société des alcools du Québec, comme le demandaient l’Union et l’Association des vignerons du Québec, est aussi une bonne nouvelle. On se souviendra que ce programme avait été coupé en décembre dernier, et ce, de façon rétroactive. L’annonce de sa reconduction pour les prochaines années est donc extrêmement positive pour ces producteurs. Avec l’adoption du projet de loi 88 permettant la vente en épicerie, le secteur des boissons artisanales est en voie de connaître un bel essor.

 

Le secteur de la forêt n’a pas été oublié. L’introduction de mesures fiscales pour encourager la réalisation de travaux sylvicoles chez les 134 000 propriétaires de boisés privés québécois est très bien accueillie. Le budget prévoit aussi des mesures fiscales réclamées depuis longtemps par la Fédération des producteurs forestiers du Québec. Pour la forêt privée, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs Laurent Lessard m’a mentionné que les différentes mesures de ce budget représentaient 12 M$ supplémentaires.

 

La conjoncture favorable sur les marchés, aidée par la faiblesse du dollar canadien, nous positionne assez bien actuellement. Il faut profiter de cette conjoncture et mettre de l’avant les recommandations du Groupe de travail FADQMAPAQUPA sur la sécurité du revenu. Il faut stimuler les investissements dans les fermes et dans le secteur de la transformation pour améliorer notre productivité, tout en répondant aux attentes sociétales de plus en plus grandes. Ce budget et les annonces du ministre Leitão nous donnent un peu d’espoir.