Il y a quelques semaines, La Vie agricole (LVA) m’a demandé, pour publication dans ses pages, mon point de vue sur le syndicalisme agricole, le rôle de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et son financement. J’ai poliment refusé l’invitation, indiquant que je m’exprimerais plutôt dans l’une de nos publications. Rappelons que LVA fait « son pain et son beurre » en critiquant la mise en marché collective et le principe d’association accréditée dans le secteur agricole.
Les propriétaires de LVA sont Les Éditions Second Printemps inc. et Bélisle Solution Nutrition inc., et l’éditeur est Yannick Patelli. Ce journal, qui se qualifie d’indépendant, est tout sauf cela. D’autant plus que le responsable de la ligne éditoriale, dans ce cas-ci M. Patelli, est l’un des propriétaires. On peut lire également le nom de LVA dans la section Partenaires du site Web du Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA). LVA est une publication privée, mais elle n’est pas indépendante. Et le ministre Pierre Paradis le sait très bien.

L’UPA est née de la volonté des producteurs et sa longévité s’appuie sur leur confiance et leur soutien.

Au Québec, le syndicalisme agricole et le mouvement coopératif ont évolué côte à côte tout au long du 20e siècle. Ils ont aidé les agriculteurs à sortir de leur misère. Les deux mouvements ont traversé bien des crises et même certains conflits. Mais ils constituent, encore aujourd’hui, la pierre d’assise de la représentation et le levier du développement agricole au Québec. L’UPA, La Coop fédérée, Agropur et Desjardins sont nés et ont évolué grâce à l’extraordinaire solidarité des agriculteurs.

 

Qu’il s’agisse de l’Union catholique des cultivateurs ou de l’UPA depuis 1972, nous avons de tout temps revendiqué l’accès aux outils essentiels pour le développement de nos régions. Nous avons obtenu l’adoption de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche, de la Loi sur les producteurs agricoles et de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. Nous avons été parmi les organisations pionnières qui ont uni leurs voix pour réclamer un service universel d’assurance maladie. Nous sommes également à l’origine des programmes de sécurité du revenu, du Programme de crédit de taxes foncières agricoles, de l’accès aux services-conseils pour les agriculteurs et de l’aide à la mise à niveau des fermes pour respecter les exigences environnementales. Tous les producteurs ont bénéficié, au fil des ans, de ces gains et de ces grands chantiers de l’Union.

 

Le tournant du syndicalisme agricole québécois a certainement été l’adoption, en 1972, de la Loi sur les producteurs agricoles. Cette loi reconnaît le caractère particulier du secteur agricole en matière syndicale et la nécessité, pour assurer l’efficacité de l’organisation accréditée, que tous les producteurs contribuent à son financement.

 

Voilà ce que concluait le juge de la Cour supérieure Jean-Jacques Croteau en mars 2000 : « Nous avons pu constater depuis 1972 que la Loi sur les producteurs agricoles a permis, malgré les changements importants sur le plan social et économique dans la société québécoise, une relative stabilité du monde rural. En effet, le syndicalisme agricole, par l’entremise de l’association accréditée qu’est l’Union des producteurs agricoles, a contribué, par sa cohésion, à un maintien des valeurs fondamentales dans le milieu rural, à un transfert progressif des technologies nouvelles et à l’instauration, bien sûr, d’une discipline dans le développement des productions agricoles et dans leur niveau de production par une forte implication des producteurs dans ce dossier. »

 

Il ajoutait : « La raison d’être de l’UPA est plus qu’essentielle parce que le monde de la production agricole, un secteur atomistique (c’est-à-dire composé d’un grand nombre de petites et moyennes exploitations dont la production individuelle représente souvent une infime partie de la production totale), se trouve aujourd’hui dans un des moments les plus importants de son histoire. »

 

La contribution de tous pour tous n’est pas une exception au Québec en matière syndicale, c’est la règle. En fait, comme le dit le juge Croteau, ce n’est pas l’UPA qui est unique, c’est le secteur agricole. Le Groupe AGÉCO a d’ailleurs dévoilé une étude sur l’exception agricole lors de notre dernier congrès. L’exception agricole explique également pourquoi les gouvernements doivent intervenir en agriculture.

 

Les producteurs agricoles sont de moins en moins nombreux dans la population. Leurs droits et leurs intérêts seront toujours mieux servis par une organisation syndicale forte, qui les regroupe tous, et au sein de laquelle se font les débats, que par plusieurs organisations tirant à gauche et à droite en les divisant.

 

En fait, un des gagnants de la division des producteurs est sans contredit le ministre de l’Agriculture et c’est sans doute pourquoi, en 2015, il a soutenu financièrement l’Union paysanne et le CEA à même son budget discrétionnaire. On peut dès lors mieux comprendre pourquoi ces deux organisations appuient sans réserve M. Paradis, peu importe les conséquences pour les producteurs.