Lors de son passage au congrès annuel de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ) le mois dernier, le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, a annoncé que le rapport Pronovost sur la relève agricole serait déposé sous peu. Le ministre a déjà lu le rapport puisqu’il a dit que plusieurs points du mémoire de la FRAQ sur les aspirations de la relève s’y retrouvaient.

Pour ma part, à la veille du dépôt de ce rapport, je suis plutôt inquiet. Le rapport Gagné sur l’avenir du secteur acéricole québécois et le rapport Pronovost sur la relève semblent avoir été bâtis de la même façon.

Messieurs Gagné et Pronovost se sont tous les deux vu attribuer un contrat de 99 000 $ du ministre par l’entremise de l’École nationale d’administration publique, soit un montant tout juste en deçà de la limite pour procéder par appel d’offres. Compte tenu de ses déclarations passées, on peut maintenant se douter que le ministre tenait le crayon pour le rapport Gagné. C’est probablement aussi le cas pour le rapport Pronovost.

M. Pronovost a-t-il trié les jeunes qu’il a consultés? Un jeune de Chaudière-Appalaches, sans doute appelé par erreur, a été ignoré lorsque M. Pronovost a appris qu’il siégeait à son syndicat régional de la relève. L’UPA a refusé de participer à ce simulacre de consultation. C’est pourquoi la FRAQ a déposé son propre rapport sur les aspirations de la relève.

M. Pronovost a proposé en 2008 que le Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles évolue progressivement vers un programme universel de soutien à l’entreprise agricole. De tels programmes découplés sont pourtant graduellement abandonnés, notamment par les Américains, qui misent de plus en plus sur des programmes d’assurance-revenu. Les paiements découplés ne sont pas efficaces pour pallier la volatilité des prix des marchés agricoles. Il suffit de regarder la crise agricole en France pour en avoir la preuve.

En décembre 2014, M. Pronovost signait en préface, avec d’autres intervenants, un rapport de l’Union paysanne intitulé « Vers une gestion de l’offre 2.0 au Canada ». Ce rapport proposait, pour les secteurs des œufs, de la volaille et du lait, l’abolition de la gestion de l’offre en faveur des circuits courts. Cela correspond à une mise en marché à deux vitesses, qui tirera inévitablement les prix vers le bas pour tous les producteurs. C’est aussi une proposition du rapport Gagné. Rien de joyeux pour la relève.

M. Gagné, lors de la présentation de son rapport, a mentionné la contribution de M. Pronovost à titre d’expert. Le rapport Gagné contient des recommandations qui visent à diminuer le rôle de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec et à attribuer des pouvoirs accrus au ministre dans les orientations des plans conjoints. Va-t-on retrouver les mêmes recommandations dans le rapport Pronovost? Le rôle de la Régie est essentiel et son indépendance politique doit être préservée à tout prix. La Régie est un tribunal administratif qui assure la mise en marché ordonnée de produits agricoles d’une valeur d’environ 7 G$ par année. Ce tribunal doit demeurer administratif.

L’enjeu du syndicalisme agricole ne concerne quant à lui que les producteurs. L’ingérence de M. Paradis dans ce dossier est malsaine. M. Pronovost va-t-il encore s’attaquer au principe d’association accréditée? Les lois syndicales au Québec, incluant la Loi sur les producteurs agricoles, sont claires. Des mécanismes sont prévus si les producteurs désirent des changements. Le ministre ne doit pas s’ingérer dans un processus démocratique déjà prévu dans les lois.

Les jeunes agriculteurs ont plusieurs défis à relever. L’accès aux actifs agricoles est difficile. Le prix élevé des terres, l’accès aux nouvelles technologies, la complexité des marchés, les exigences des consommateurs et l’absence de réciprocité pour les produits importés sont autant d’obstacles à surmonter. Les meilleurs outils pour les soutenir seront toujours de bons programmes de sécurité du revenu pour pallier les risques élevés que représentent les marchés agricoles. Sans ces programmes, l’accès au crédit est quasiment impossible. Les problèmes étaient connus bien avant que le ministre ne mandate M. Pronovost.

Est-ce que le mandat de M. Pronovost, comme celui de M. Gagné, est de démanteler la mise en marché collective? Je le crains beaucoup. La recette utilisée par M. Paradis pour le secteur acéricole aura surtout produit de la frustration. Espérons que l’on ne revivra pas les mêmes choses avec le rapport Pronovost.