Selon un vieux dicton, tout ce qui traîne se salit. C’est exactement ce qui se passe dans le dossier du contrôle des importations de lait diafiltré et de produits de volaille. L’inaction du gouvernement, qui annonce une consultation pour le lait, mais rien pour la volaille, est vraiment décevante.

Le 3 mai dernier, le jour même où des dizaines de producteurs de lait manifestaient leur mécontentement devant l’usine montréalaise de Parmalat, le gouvernement a annoncé qu’il demanderait au comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de le mandater de consulter les producteurs et l’industrie laitière afin de trouver une solution.

Rappelons que les pertes des producteurs de lait canadiens en 2015 dépassent les 220 M$. Du côté de la volaille, il est question de pertes d’environ 140 M$. Les solutions pour corriger la situation sont pourtant connues de tous les intervenants.

Le gouvernement doit assumer ses responsabilités et appliquer sa réglementation, comme le réclamait le front commun de l’industrie laitière le 12 avril dernier. À cette occasion, le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, l’UPA, les Producteurs de lait du Québec (PLQ), Agropur coopérative laitière ainsi que 59 entreprises de transformation laitière ont réclamé que le fédéral règle le problème rapidement. Le message ne pouvait être plus clair. M. Paradis était d’ailleurs à Toronto la semaine dernière pour rencontrer à nouveau le ministre de l’Agriculture du Canada, Laurence MacAulay.

Les normes canadiennes sur la composition des fromages prévoient une limite claire et stricte à l’ajout d’ingrédients laitiers qui ne proviennent pas directement du lait. Le gouvernement du Canada, par l’entremise de l’Agence des services frontaliers, a déterminé que le lait diafiltré est un concentré protéique. L’Agence canadienne d’inspection des aliments doit donc le considérer comme tel et soumettre ce produit aux standards fromagers canadiens. Ces standards sont connus et n’ont pas été contestés par les États-Unis ou l’Europe lorsqu’ils ont été instaurés. Le Canada doit voir à leur application. Il s’agit même d’une question de crédibilité pour le pays. Le dossier du lait diafiltré n’est pas un enjeu de commerce international. Il s’agit simplement de l’application des règles canadiennes sur la composition des fromages. Des règles qui existaient avant le début des importations de lait diafiltré.

Le dossier des importations de poules de réforme est un autre exemple du laxisme canadien sur le contrôle des importations. Parce qu’il n’y a pas de tarif sur ce produit, les importations de poulet sont inscrites dans cette ligne tarifaire. Le résultat est que le Canada importe maintenant 90 % des poules de réforme américaines. Des tests qui permettent de détecter s’il s’agit bien de poules de réforme démontrent encore une fois que le Canada se fait avoir, ce qui occasionne des pertes pour toute l’industrie de la volaille, comme je l’ai mentionné.

Dans le dossier du report des droits de douane, une disposition qui permet l’importation sans tarif si le produit en question est réexporté selon un délai prescrit, la situation n’est pas plus difficile à corriger. Il faut simplement soustraire les produits alimentaires. Cette disposition est peut-être pertinente pour les constructeurs de navires, mais pour l’industrie alimentaire, qui vérifiera que le beurre importé cette année sera vraiment réexporté dans des biscuits au cours des quatre prochaines années? Même chose pour le poulet. Cette disposition n’est rien d’autre qu’une opportunité de contourner les règles établies.

Comme le faisait récemment remarquer le président des Éleveurs de volailles du Québec, Pierre-Luc Leblanc, il est clair que l’importation de poules de réforme constitue une fraude pour contourner les contrôles à l’importation. Le président des PLQ, Bruno Letendre, indiquait de son côté que l’absence de décision du gouvernement insécurise les producteurs. On a vécu une vague d’encans ce printemps dans le secteur laitier québécois en raison des pertes de revenus et de cette insécurité. Ces pertes ne sont pas entièrement attribuables au lait diafiltré, mais à cet égard, le gouvernement peut agir en toute légitimité et apaiser les inquiétudes. Trente jours de consultations, six mois après l’élection alors que des engagements avaient été pris, c’est un délai inacceptable qui augmente la frustration des producteurs.