« L’UPA veut la démission du ministre Paradis ». Une nouvelle comme ça a bien sûr fait rapidement le tour des médias, tout en alimentant la joute parlementaire. L’entrevue à l’origine de cette manchette explosive portait essentiellement sur l’utilisation du tiers de l’enveloppe discrétionnaire du ministre pour soutenir des activités de lobbying de l’Union paysanne et du Conseil des entrepreneurs agricoles et aussi sur les contrats sans appel d’offres pour les rapports Gagné et Pronovost.
Durant l’entrevue, j’ai fait une analogie avec le ministère de la Santé.

Que dirait-on si le Dr Gaétan Barrette avait agi de cette façon? S’il avait subventionné, à même son budget discrétionnaire, des organisations pour qu’elles fassent du lobbying en appui à sa réforme du système de santé et qu’il avait accordé des contrats sans appel d’offres à d’anciens collaborateurs?

J’ai déclaré que l’opposition aurait sans doute demandé sa démission. À vous de tirer vos conclusions.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, après avoir accordé un contrat de 98 000 $ à une firme d’experts pour l’évaluation des retombées économiques du projet Énergie Est, a dû reculer récemment et confier l’évaluation à ses fonctionnaires. M. Paradis aurait pu faire la même chose. Sur la relève, un comité de transition sous la direction du ministère, auquel participait la Fédération de la relève agricole du Québec, était déjà au travail. Pourquoi dépenser près de 200 000 $ pour deux rapports alors que les ressources du ministère sont là?

Dans la même entrevue, j’ai aussi fait le bilan des deux dernières années. Le gouvernement, à son arrivée, vivait une situation budgétaire difficile. Nous avons été bons joueurs. Les prix sur les marchés des viandes et des céréales ont été favorables, ce qui a permis à La Financière agricole du Québec (FADQ) de limiter ses contributions et de générer des surplus. Cela a bien servi l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Dès l’arrivée de M. Paradis, l’UPA et ses groupes ont souhaité entamer une discussion sur l’avenir des programmes de sécurité du revenu et de gestion des risques, essentiels au développement et à l’investissement en agriculture, et profiter de la situation favorable des marchés pour adapter nos programmes et être en mesure de faire face à des périodes plus difficiles si elles se présentent. Cette discussion importante n’a pas été possible. Bien qu’à deux reprises, le conseil d’administration de la FADQ ait recommandé de limiter de façon rétroactive à trois ans les sommes Agri à être arrimées à l’ASRA, M. Paradis n’a pas donné suite à cette recommandation. Elle aurait pourtant permis aux producteurs consultés actuellement d’avoir un choix réel entre les Agri et l’assurance stabilisation.

Pour répondre aux exigences de bien-être animal, des investissements importants sont nécessaires. Les producteurs de porcs ont fait de cet enjeu une priorité. Après une décennie difficile, plusieurs producteurs doivent décider s’ils souhaitent réinvestir. Il aurait été judicieux de consacrer une partie des surplus de la FADQ aux réinvestissements pour la mise à niveau des équipements et des bâtiments. Les deux programmes de soutien à l’investissement annoncés depuis l’automne dernier sont nettement en deçà des besoins compte tenu des investissements nécessaires. Ce soutien à la modernisation est d’autant plus nécessaire qu’il sera très difficile de transférer ces coûts dans le marché.

Les régions périphériques ont vécu très durement la crise des revenus dans le secteur des viandes. Les resserrements au programme d’assurance stabilisation ont fait plus mal, car les opportunités de diversification en région sont moins nombreuses.
Les modifications au Programme de remboursement des taxes foncières agricoles ne seront pas à coût neutre pour les fermes. On repousse les discussions sur l’enjeu principal, soit l’augmentation de la valeur des terres et conséquemment leur valeur taxable. Il n’y a eu aucun échange avec l’UPA, les unions municipales et le ministère des Affaires municipales.

En décembre dernier, l’UPA et le Conseil de la transformation alimentaire du Québec ont demandé une stratégie pour stimuler les investissements dans les fermes et les entreprises de transformation, combler le retard en recherche et développement et trouver une solution à la pénurie de main-d’œuvre. Il y a urgence de se doter d’une stratégie agroalimentaire. M. Paradis a parlé de la tenue de quatre sommets l’automne prochain. On ne peut donc rien espérer de concret avant plusieurs mois.

Le secteur agroalimentaire est l’un des plus prometteurs en termes de croissance. Alors que la plupart des pays misent sur l’agroalimentaire pour soutenir leur économie, on ne sent malheureusement pas cette volonté chez nous.