L’automne dernier, le conseil d’administration de La Financière agricole du Québec (FADQ) a retiré au secteur du veau de lait l’accès au programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). De par sa nature, la filière de production de ce secteur est très intégrée. Les principales entreprises contrôlent chacune des étapes, de l’achat des veaux jusqu’à l’abattage. La FADQ a jugé qu’une bonne lecture du risque assurable n’était plus possible. On pourrait débattre de cette analyse, car le secteur du veau de lait n’est pas le seul où l’intégration est pratiquée. Mais maintenant que la décision est prise, on commence à voir qu’elle n’est pas sans conséquences pour les membres de cette filière.

Leader en matière de veau de lait, le Québec compte pour près de 100 % (140 000 veaux) de la production totale au Canada, avec des recettes d’environ 129 M$. La réputation de notre veau de lait n’est plus à faire, puisque 45 % de notre viande est vendue à l’extérieur du Québec. Comme dans la filière porcine, les secteurs du veau de lait et du veau de grain sont confrontés à des défis importants au regard des attentes sociétales et du bien-être animal. Les producteurs de veaux de lait prévoient d’ailleurs adapter leurs bâtiments en fonction d’un mode d’élevage collectif d’ici un horizon ciblant l’année 2018.

Toute intervention de l’État entraîne des comportements. Au fil des ans, les choix des gouvernements successifs dans la façon de soutenir les revenus agricoles et de partager les risques avec les producteurs ont grandement influencé le développement de l’agriculture québécoise. Le Québec est la province canadienne où les filières veau de lait et veau de grain se sont le plus développées, car, comme dans la filière porcine, l’ASRA offrait un meilleur environnement d’affaires pour les investisseurs. Aujourd’hui, la filière veau lourd (de lait et de grain) représente plus de 2 000 emplois.

Quand la FADQ change les règles du jeu et retire un programme à un secteur comme celui du veau de lait, il y a nécessairement des conséquences.

Que feront les créanciers qui accompagnent le secteur? Comment les risques seront-ils répartis dans la filière? On sait très bien que le partenaire le plus vulnérable d’une filière agricole est habituellement le producteur.

Contrairement à la filière veau de lait, celle du veau de grain continue d’avoir accès à l’ASRA. Elle est donc favorisée en termes de gestion des risques. Le petit veau laitier représente une part élevée des coûts de production, et donc du risque. Les deux filières se retrouvent-elles dans le même marché pour l’acquisition des veaux? Les petits veaux de qualité n’iront-ils pas naturellement vers le veau de grain, qui est en mesure d’offrir plus?

Le secteur du veau de lait consomme aussi une partie des surplus structurels de poudre de lait au Canada. Le marché du veau de lait et de grain offre également un débouché intéressant pour les petits veaux laitiers. Si la filière diminue ses achats ou disparaît, que ferons-nous des petits veaux laitiers?

La filière veau de lait n’a pas toujours eu bonne presse, mais elle a exercé ses activités dans l’environnement réglementaire qui lui était offert. La décision de lui retirer l’ASRA n’est pas sans conséquences. Il s’agit du premier secteur à qui ce programme est retiré. J’ai rencontré des intervenants de la filière la semaine dernière et la FADQ doit continuer d’accompagner ce groupe. Les mesures de transition sont pratiquement inexistantes et une partie des producteurs n’a pas accès aux programmes Agri.

Le cas de la filière veau de lait sert en quelque sorte de laboratoire. Comme je le disais, toute intervention de l’État entraîne des comportements. Le retrait de l’ASRA, ou les changements importants imposés à celle-ci en 2010, ou ceux qui s’en viennent dans les secteurs céréaliers, auront assurément des impacts sur le développement des secteurs concernés. Au-delà des économies pour la FADQ, il est impératif de mesurer ces impacts avant d’aller de l’avant.