Les Éleveurs de porcs du Québec ont souligné leur 50e anniversaire le 9 juin dernier lors de leur assemblée générale annuelle. Un livre relatant les grandes étapes de l’organisation a été produit pour cette occasion. À sa lecture, on comprend facilement à quel point le succès des Éleveurs est d’abord et avant tout le résultat du travail et de la persévérance d’hommes et de femmes qui ont mis leurs talents au service de leur collectivité.

Dans cet ouvrage, on peut lire notamment que « le 11 août 1966, Gordon Thomson, agronome, producteur de porcs et président du Syndicat des propriétaires de porcs de la région de Saint-Hyacinthe, se présente au restaurant Grand Boulevard, à Québec. Comme ses confrères, il répond à une invitation de l’Union catholique des cultivateurs (UCC) appelant à la fondation d’une fédération provinciale de producteurs de porcs ».

De ce premier conseil d’administration, M. Thomson pouvait-il imaginer « que cette étape que venaient de franchir les producteurs de porcs allait propulser, quelques années plus tard, leur secteur au deuxième rang au sein du monde agricole québécois, et que la qualité et la notoriété du porc québécois lui ouvriraient des portes dans le monde entier? Pouvait-il imaginer à quel point, tout au long d’un parcours semé d’embûches, les éleveurs de porcs apprendraient à s’adapter et à relever tous les défis? »

À l’époque, la mise en marché du porc était entièrement contrôlée par les abattoirs. Selon René Turcotte, d’abord vice-président puis président de l’organisation, « on ne vendait pas notre porc aux abattoirs, on le livrait et on acceptait ce qu’on nous donnait ». C’est cette réalité que les producteurs qui appuyaient la Fédération des producteurs de porcs du Québec voulaient changer. Pour réussir, il fallait un plan conjoint. Mais tous ne partageaient pas ce point de vue.

C’est par trois fois que les administrateurs de la Fédération ont proposé aux producteurs un plan conjoint, soit en 1971, en 1973 et en 1981. La troisième fois a été la bonne, avec une participation massive de 85,9 % des producteurs et un résultat référendaire de 73,4 %. Quinze ans après sa fondation, l’organisation entreprenait dès lors un autre chapitre de son action collective.

La mise en place de l’encan électronique a été l’une des grandes réalisations de la Fédération. Laurent Pellerin, président à l’époque, avait obtenu en 1987 l’aval des producteurs. Un encan « théorique » qui éliminait le déplacement des porcs sur le site des encans. Un mécanisme tout à fait novateur que l’on peut résumer en trois mots : économies, efficacité et résultats.

Le prix du porc québécois, avant l’implantation de ce système, était de 15 $ à 20 $ du 100 kg moins élevé que le prix américain. L’encan a permis de combler rapidement cet écart, et même plus. Dans les années qui ont suivi, le nombre d’employés à la Fédération est passé de 3 à 40 personnes.

La commercialisation a continué d’évoluer. La concentration dans l’industrie a peu à peu rendu l’encan électronique inefficace. La convention de mise en marché a été ajustée à cette réalité, mais aussi aux exigences grandissantes des marchés en termes de qualité et de salubrité. Le porc du Québec se distingue maintenant à ce chapitre sur tous les marchés.

La Fédération a aussi été proactive face aux enjeux environnementaux. Nos concitoyens ont en effet fortement réagi à la croissance de la production. Les producteurs de porcs ont été les premiers à déposer un bilan environnemental sectoriel. Plusieurs mesures ont été adoptées, incluant un meilleur contrôle des odeurs et de la gestion des lisiers. Ces gestes et bien d’autres ont permis d’atteindre, au fil des ans, un niveau d’excellence inégalé et de produire, en 2014, un tout premier rapport de responsabilité sociale. Cet accomplissement, accompagné d’une démarche d’amélioration continue, démontre encore une fois la résilience et la capacité d’innovation des Éleveurs.

Aujourd’hui, le secteur porcin québécois représente un rouage important de l’agriculture de chez nous. Il génère chaque année des retombées économiques de plus de 2 G$ et emploie 24 000 personnes. Quelque 70 % de la production porcine québécoise est exportée, ce qui représente, en valeur, près de 45 % des exportations canadiennes. Ces cinq dernières années, les exportations de porc du Québec ont été réalisées dans plus de 125 pays, et ont atteint 8 % du commerce mondial du porc.

Dans ce secteur comme dans plusieurs autres, l’approche collective et la mise en marché ordonnée ont constitué un atout structurant qui a permis à l’industrie porcine québécoise de se démarquer et, surtout, « d’entrevoir l’avenir avec confiance. Nous parlons d’une voix forte, guidés par un projet inspirant », comme le rappelle fréquemment le président actuel des Éleveurs, David Boissonneault.