Le ministre Pierre Paradis a finalement annoncé les détails entourant la démarche de consultation en vue du Sommet de l’alimentation. Prévu pour l’automne 2017, ce sommet mènera au dépôt d’une politique bioalimentaire, quelque part au printemps 2018. Quatre ans auront donc été nécessaires pour que le Québec se dote d’une nouvelle politique.

La politique sera déposée quelques mois avant l’élection générale d’octobre 2018 et coïncidera avec l’entrée en vigueur du futur cadre stratégique pour l’agriculture (CSA) canadien. Est-ce une coïncidence? Bien sûr que non.

Il est probable que les délais entre chacune des consultations auprès des consommateurs, des distributeurs-transformateurs et des producteurs soient déterminés par l’échéance électorale et l’actuelle négociation du CSA avec le gouvernement fédéral et les autres provinces. Ces deux éléments influenceront sans doute les consultations québécoises ainsi que le contenu de la future politique bioalimentaire.

Ce long processus fait cependant fi de l’urgence d’agir que commande la situation actuelle.

Selon les données de Statistique Canada, lorsque l’on compare l’agriculture et la transformation alimentaire du Québec au reste du Canada, et plus particulièrement à l’Ontario, il y a des raisons d’être inquiet. Les dépenses en immobilisation dans le secteur agricole québécois ont progressé de 23 % entre 2006 et 2015 et stagnent depuis 2010, date à laquelle des changements majeurs ont été apportés au programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles. Pendant cette même période, elles ont presque doublé en Ontario (+94 %). Pour le Canada, incluant le Québec, les dépenses ont augmenté de 160 %.

Même constat au chapitre des dépenses en recherche et développement. Ces dernières ont diminué de 30 % entre 2008 et 2015, soit de 199 M$ à 139 M$ pour la transformation alimentaire et de 105 M$ à 73 M$ pour la production agricole. À titre de comparaison, si l’on investissait au même niveau que les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans le secteur agroalimentaire, le Québec devrait ajouter 85 M$ par année aux investissements actuels. C’est vraiment inquiétant.

Côté main-d’œuvre, selon une étude récente du Conference Board du Canada, 1 emploi sur 12 était vacant dans le secteur en 2014, comparativement à 1 sur 36 dans tous les autres secteurs. Près de 10 % des producteurs ont reporté ou annulé un projet d’investissement, faute de main-d’œuvre; une situation qui va continuer de s’aggraver au cours des 10 prochaines années, selon l’étude.

Les citoyens seront aussi consultés dans les prochains mois. Je dis bien « les citoyens », car dans les faits, les consommateurs décident individuellement et chaque jour quels produits ils achètent. Plusieurs sondages démontrent qu’il existe toujours un écart entre ce que dit le citoyen et ce que fait le consommateur. C’est pourtant la même personne. Nous vivons cette dualité entre nos valeurs de citoyen et notre comportement en tant qu’acheteurs. C’est pour cette raison que le prix demeure le premier critère d’achat et, de loin, comme en témoigne le succès des circulaires.

En 2014, la valeur totale des exportations internationales de produits bioalimentaires du Québec s’établissait à 7 G$. La valeur totale des importations atteignait quant à elle 6,6 G$. La balance commerciale bioalimentaire québécoise est donc positive. Notre politique bioalimentaire doit bien sûr répondre aux besoins de nos concitoyens, mais elle doit également nous permettre d’être compétitifs pour profiter de la demande alimentaire croissante chez nous et à l’échelle de la planète.

Le Québec s’est doté d’une vision pour son secteur aéronautique avec des investissements importants. Il a aussi adopté une stratégie de l’innovation et de l’économie numérique en quelques mois. Le ministre Pierre Arcand a récemment déposé son projet de loi sur la future politique énergétique. Les délais avant d’arriver à une politique bioalimentaire risquent d’être coûteux. La procédure à laquelle nous invite Pierre Paradis illustre malheureusement un manque d’intérêt du gouvernement pour ce secteur névralgique de l’économie du Québec qu’est le bioalimentaire.