La peur et la prudence face à l’inconnu sont des réflexes naturels et salutaires. Elles ont été indispensables à la survie des espèces. Devant ce qu’on ne maîtrise pas, on garde une distance. Heureusement, notre curiosité et notre jugement permettent de mesurer les risques, et finalement, de vaincre nos peurs. La maîtrise des procédés scientifiques et les nouvelles technologies qui en découlent ont de tout temps rencontré de la résistance. Et je dirais : c’est une chance qu’il en soit ainsi.

Dans une étude commandée par Santé Canada et publiée récemment, basée sur un sondage auprès des Canadiens et plusieurs groupes de discussion, on nous confirme ce que nous savions déjà : les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont très mauvaise réputation.

Seulement 26 % des Canadiens n’hésiteraient pas à consommer des produits GM et 22 % d’entre eux appuient le développement de ceux-ci. Par ailleurs, 78 % des répondants sont favorables à l’étiquetage obligatoire et ne comprennent pas pourquoi ce n’est pas déjà le cas.

Si 61 % des Canadiens ont une opinion négative des OGM, les chercheurs considèrent toutefois que la majorité des commentaires reçus « découlent surtout d’une réaction émotionnelle » et s’appuient davantage sur « des valeurs que des connaissances ». Ce constat n’a rien d’étonnant : 48 % des répondants ne comprennent tout simplement pas leur utilité. La plupart des informations sur les OGM se trouvent sur les médias sociaux et sont publiées par les opposants à cette technologie.

Cette perception négative est amplifiée par la méfiance à l’égard des scientifiques qui travaillent pour l’industrie alimentaire. La perception des gens à l’endroit des multinationales laisse en effet à désirer. Seulement 54 % des consommateurs font confiance à ces derniers et la majorité considère que l’évaluation des OGM ne devrait pas être financée par le secteur privé. La crainte de manipulation pour promouvoir les intérêts de l’industrie est bien présente. L’étude relève aussi des préoccupations de même nature à l’endroit des compagnies de pesticides et autres produits phytosanitaires.

L’étude en soi n’avait pas pour but de mesurer l’appui des consommateurs pour cette technologie. Elle visait plutôt à guider Santé Canada dans ses efforts de communication. Or, les chercheurs indiquent que la proportion de participants qui n’hésiteraient pas à consommer des OGM est passée de 26 à 40 % lorsque « des faits et renseignements pertinents » leur ont été présentés.

C’est donc dire que plus ils sont informés, plus les consommateurs sont à même de franchir le « fossé d’incompréhension » identifié par les chercheurs.

Je répète depuis un certain temps que les entreprises qui commercialisent ces produits font un très mauvais travail de communication. Elles ont intérêt à être transparentes et à l’écoute des appréhensions exprimées par les citoyens. On craint ce qu’on ne connaît pas et dans un domaine comme les manipulations génétiques, la prudence s’impose.

La commercialisation au Canada de la luzerne GM est un bel exemple. Les producteurs de semences de luzerne dans l’ouest du pays ne veulent pas de ce produit. Le pollen des fleurs de luzerne GM peut être transporté sur des plantes indigènes de la même famille et entraîner une contamination croisée. Ce produit fait courir un risque aux producteurs biologiques à cause de cette possibilité. Malgré nos efforts et les demandes unanimes de tous les groupes, nous n’avons pu empêcher sa commercialisation. Est-ce normal? Est-ce que les intérêts privés ont primé sur l’intérêt public dans ce cas-ci?

Je retiens de cette étude que l’absence d’information crédible, documentée et transparente, engendre la méfiance; que les consommateurs ont besoin d’être renseignés pour comprendre et accepter; qu’en général, l’attitude des multinationales entretient la suspicion chez les consommateurs et que l’État a un rôle à jouer pour obtenir la confiance des gens.

Les producteurs agricoles se trouvent entre les fabricants de ces produits et les consommateurs. Leurs options sont limitées et la concentration des fabricants de semences et de produits phytosanitaires ne réglera rien. Souhaitons que les résultats de ce sondage suscitent une réflexion chez tous les intervenants de la filière.