L’Union a tenu la semaine dernière son 92e Congrès général annuel. Peu d’organisations au Québec ont atteint cet âge vénérable. La thématique retenue cette année était « Ensemble, nous sommes l’Union des producteurs agricoles ». Nos 41 groupes affiliés ont procédé ensemble à l’adoption du Plan de développement de l’Union pour les cinq prochaines années. Ce plan se décline en quatre grands D : Développement, Demande, Durabilité et Devenir.

L’environnement, les attentes des consommateurs, la compétitivité, l’acceptabilité sociale et la compréhension citoyenne des enjeux que vivent les agriculteurs ont été au cœur de nos discussions.

Pour aller plus loin, nous avons aussi reçu, pour la première fois dans le cadre d’un congrès général, les représentants des diverses formations politiques représentées à l’Assemblée nationale du Québec : le député de Mercier (Québec solidaire), Amir Khadir, le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, et le chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée. Les trois partis ont présenté des positions distinctives sur l’agriculture responsable, garante d’une alimentation de qualité, et sur la nécessité d’assurer notre sécurité alimentaire grâce à une agriculture prospère et compétitive. Bien que pimentées de quelques allusions politiques, les interventions des trois politiciens se sont élevées bien au-dessus du débat partisan habituel. Les délégués et les invités ont beaucoup apprécié leur visite et je les remercie.

Pendant le congrès, nous avons mis de l’avant trois dossiers prioritaires : l’avenir du Programme de crédit de taxes foncières agricoles (PCTFA), celui du Programme d’amélioration de la santé animale au Québec (ASAQ) ainsi que l’urgence de mettre en œuvre un plan de relance des investissements en agriculture.

Sur ces trois points, nous attendions des nouvelles de notre ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis. Ce dernier s’est adressé aux délégués avec détachement, sans intérêt perceptible pour nos demandes pourtant très raisonnables et totalement justifiées. Nous souhaitons le report des changements administratifs au PCTFA, car ils seront beaucoup plus coûteux, selon nos évaluations, que ce que prévoit M. Paradis pour un nombre important de producteurs. Nos analyses ne concordent pas avec celles du gouvernement du Québec. Le ministre a banalisé notre évaluation, s’en remettant au ministre des Finances Carlos Leitão, le « deuxième meilleur économiste au monde », a-t-il répété à plusieurs reprises. M. Paradis prend-il ses distances au cas où nous aurions vu juste? Et je sais que c’est le cas.

Les dépenses en immobilisation dans les fermes du Québec accusent un retard important, comparativement à celles du reste du Canada. Un sondage auprès des producteurs indique que leur niveau de confiance est à la baisse. Ils sont motivés à produire, mais les risques semblent trop grands pour investir. Dans le secteur des viandes et dans certaines régions, la situation est encore plus alarmante et se détériore au Québec depuis 2006. Il ne s’agit donc pas d’une surprise.

Devant les producteurs acéricoles, le ministre a poussé l’arrogance au-delà de l’acceptable en réinventant les faits et en s’attribuant le mérite des décisions de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec dans le secteur du sirop d’érable, après y avoir lui-même mis le feu en promettant la fin des contingents en février dernier avec le rapport Gagné.

En mai, il déclarait à propos de l’élaboration de la future politique bioalimentaire québécoise : « Jusqu’à présent, les consommateurs se sont toujours fait dire par les producteurs et les transformateurs quoi manger, et comment. C’est terminé. » Je n’ai connaissance d’aucun ministre l’Agriculture, au Canada et ailleurs, qui tienne des propos semblables sur les producteurs et les transformateurs de son coin de pays. C’est un manque de respect total pour le travail quotidien des quelque 200 000 personnes impliquées dans la production et la transformation alimentaire québécoise.

D’autant plus que c’est au Québec que les lois sont les plus sévères au Canada pour la protection de l’environnement, la salubrité et la traçabilité des aliments. Faut-il rappeler que l’obligation d’identifier les fruits et légumes du Québec n’existerait plus, si cela n’avait été des protestations des producteurs et de la filière horticole, car M. Paradis l’avait enlevée en abrogeant le règlement sur les fruits et les légumes frais, malgré notre opposition et nos avertissements?

Alors oui, les délégués ont mal reçu le message de M. Paradis. Mais ils ont été très respectueux et il n’y a eu aucun débordement. La veille, ils avaient manifesté leur appréciation à François Gendron, qui n’a été ministre de l’Agriculture que pendant 18 mois, par une ovation debout. Comme quoi le respect engendre le respect.