La semaine dernière à Washington, en compagnie de la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), j’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs intervenants sur les enjeux agricoles de l’heure. La renégociation future de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et l’introduction possible de nouveaux tarifs douaniers ont naturellement fait partie des discussions.

Les intervenants rencontrés (American Farm Bureau, National Farmers Union, cabinet du sénateur républicain Pat Roberts et représentants de l’ambassade canadienne) avaient relativement peu de détails à nous donner sur les changements possibles à la suite de l’arrivée de l’administration Trump. La nomination de l’ex-gouverneur de la Géorgie, Sonny Perdue, à titre de secrétaire de l’Agriculture, est très bien perçue par les organisations que nous avons rencontrées. Il connaît bien le secteur agricole. Sa nomination n’a toutefois pas encore été confirmée par le Sénat. Son équipe n’est donc pas en place.

Le nouveau président est quant à lui imprévisible. Les Américains vivent actuellement les premières semaines de cette nouvelle présidence avec une certaine inquiétude et sont eux aussi surpris par son style et ses déclarations. Je crois qu’ils s’attendaient à ce que M. Trump adopte un autre style, une fois élu. Il semble en fait qu’il n’ait qu’un seul style : le sien. La réalité risque toutefois de le rattraper. Aux États-Unis, le Congrès et le Sénat jouent un rôle très important dans l’adoption des lois et des budgets. Le président ne peut contourner ces deux instances.

L’un des enjeux importants pour les agriculteurs américains sera le renouvellement du Farm Bill en 2018. L’engagement de M. Trump de réduire les impôts des entreprises augmentera la pression sur les finances publiques. Personne ne s’attend à une hausse des sommes allouées pour le prochain Farm Bill.

Le grand enjeu pour le Canada demeure incontestablement la renégociation de l’ALENA. Ce traité est crucial pour l’économie du Québec.

Les États-Unis représentent notre principal marché. L’American Farm Bureau considère que ce traité fonctionne bien avec le Canada et ne voit pas d’intérêt à le renégocier. Les enjeux sont toutefois différents avec le Mexique. La National Farmers Union a une autre opinion de l’ALENA. Cette organisation serait favorable à l’introduction de tarifs à l’importation ou de taxes sur les produits importés. De telles mesures entraîneraient des ripostes importantes de la part du Canada et d’autres pays. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a été très claire à ce sujet la semaine dernière lors de son passage à Washington.

Il faut à ce moment-ci être prudent. La renégociation de l’ALENA n’est pas commencée et nous ne savons pas encore quelles seront les demandes des États-Unis. Des déclarations comme celles de l’ex-premier ministre canadien Brian Mulroney au sujet de la gestion de l’offre sont totalement inappropriées.

Le Canada doit tout mettre en œuvre pour préparer cette négociation. L’Union des producteurs agricoles, la FCA et les gouvernements provinciaux devront être mis à contribution. Les enjeux sont importants et il importe de maintenir l’accès aux marchés tout en protégeant certains secteurs, comme le feront les États-Unis. En un mot : on doit obtenir une entente équilibrée.

J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer un représentant du Bureau du Québec à Washington, sur lequel nous pourrons compter pour l’organisation de nos visites au cours des prochains mois. Il sera primordial d’établir des partenariats dans des États clés, avec qui nous avons des échanges importants. Ces États ont intérêt à maintenir un accord commercial équilibré avec le Canada. Ils peuvent être nos alliés.

En quelques mois, les choses ont bien changé. Les États-Unis se sont retirés du Partenariat transpacifique et le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne. Nous traversons une période mondiale imprévisible. Soyons stratégiques et travaillons ensemble.