Le 26 janvier dernier, à la surprise générale, Pierre Paradis a été relevé de ses fonctions à titre de ministre de l’Agriculture et exclu du caucus du gouvernement. Le premier ministre a désigné Laurent Lessard pour le remplacer, au moment où plusieurs dossiers importants pour l’agriculture du Québec méritent une attention immédiate.

M. Lessard n’est pas un néophyte. Élu une première fois en 2003, il a occupé plusieurs fonctions ministérielles différentes. Il a notamment été ministre de l’Agriculture de 2007 à 2009 et de 2010 à 2011. Il connaît donc très bien le milieu agricole, ce qui facilitera les échanges dans un contexte où des décisions importantes doivent être prises rapidement, plus particulièrement dans le dossier des taxes foncières agricoles. Son expérience à titre de ministre des Affaires municipales (2009-2012) est sans nul doute un atout supplémentaire. Il est en mesure de comprendre mieux que quiconque l’importance, tant pour les municipalités que pour les producteurs, de se doter d’un programme québécois de crédit de taxes foncières agricoles adapté au contexte actuel.

M. Lessard devra rapidement assurer le leadership du Québec dans les négociations en cours en vue du renouvellement du cadre stratégique pour l’agriculture (CSA) canadien, qui entrera en vigueur en 2018.

Les discussions entre le secteur agricole et les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux sont entamées depuis déjà un certain temps. Selon nos observations, le Québec est moins actif dans cette négociation qu’il ne l’a été dans les précédentes. Nul besoin de rappeler que les enjeux sont énormes.

Les priorités pour le Québec sont de bonifier les divers programmes de gestion des risques à frais partagés, incluant Agri-stabilité. Les changements apportés à ce programme, dans le cadre du CSA adopté en 2013, ont réduit de façon importante son niveau d’intervention. Les producteurs canadiens considèrent qu’il ne joue plus son rôle de filet de sécurité.

Nous croyons fermement qu’une participation québécoise plus active aux discussions en cours donnerait la possibilité de démontrer le bien-fondé d’une couverture accrue des marges de référence, en utilisant l’expérience du Québec et du programme d’Agri-Québec Plus. Un leadership plus fort permettrait aussi de convaincre les gouvernements fédéral (qui semble en avoir besoin), provinciaux et territoriaux d’offrir aux producteurs du pays un programme Agri-stabilité avec un niveau de protection au moins équivalent à celui qu’il avait avant 2013.

Actuellement, les discussions se déroulent sur la base du budget actuel. La Fédération canadienne de l’agriculture, l’UPA et plusieurs provinces incluant le Québec réclament des investissements supplémentaires pour soutenir le prochain CSA. Rappelons-nous que le gouvernement Harper a sabré 268 M$ par année dans la mouture actuelle. Le renouvellement de cette entente en 2018 ne peut se faire dans un contexte de gel budgétaire. Les défis de l’agriculture sont nombreux et les investissements pour répondre aux exigences des consommateurs et des marchés sont importants, tant en ce qui concerne les productions animales que végétales.

Établir des priorités à partir du budget actuel, comme le demande le gouvernement fédéral, est un exercice impossible. Le Canada traîne de la patte comparativement à ses principaux compétiteurs, tant en ce qui a trait au soutien agricole qu’aux investissements en recherche et en innovation. On sait pertinemment que l’avenir et le dynamisme du secteur passent par la recherche et l’innovation. Il n’y a pas de choix possible entre investir dans des programmes adaptés pour la gestion des risques et des programmes compétitifs pour soutenir l’innovation.

Les dossiers qui attendent M. Lessard sont nombreux et il y a urgence d’agir dans certains cas. Mais au-delà des délais et des enjeux, la collaboration du secteur et du ministère est nécessaire si l’on veut atteindre nos objectifs. À ce chapitre, l’Union offre son entière collaboration au nouveau ministre.