La fusillade au Centre culturel islamique de Québec, la semaine dernière, a suscité une vague d’indignation partout sur la planète. La nouvelle a rapidement fait le tour du monde et plusieurs chefs d’État se sont dits choqués, attristés et solidaires.

Chez nous, c’était la consternation. J’ai en tête cette image du maire de Québec, Régis Labeaume, la larme à l’œil et la gorge nouée par l’émotion, disant dans les heures qui ont suivi : « Cette magnifique Capitale-Nationale vient de vivre un drame sans nom. » Tout le monde partageait ses sentiments en apprenant la nouvelle. Quoi? À Québec? Pas à Québec!

Dans une rare unanimité et à juste titre, tous les politiciens québécois et canadiens ont lancé un appel sans équivoque à la tolérance et à l’ouverture. Aux membres de la communauté musulmane, le premier ministre Philippe Couillard a déclaré : « Nous sommes avec vous, vous êtes chez vous, vous êtes les bienvenus. » Un sentiment que je partage entièrement.

Le cabinet du premier ministre Justin Trudeau a même communiqué avec la très tendancieuse chaîne d’information américaine Fox News en l’accusant de relayer de fausses informations au sujet de l’attentat de Québec. L’ambiguïté n’avait pas sa place sur l’ouverture québécoise et canadienne envers les concitoyens de confession musulmane, car, comme l’a aussi indiqué M. Couillard, « le monde entier nous regarde aujourd’hui. C’est le moment, ensemble, de montrer qui nous sommes, de montrer le meilleur de nous-mêmes ».

Le porte-parole de Donald Trump, Sean Spicer, s’est quant à lui couvert de ridicule encore une fois en faisant un lien entre le massacre de Québec et le récent décret du président interdisant l’entrée aux États-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans. Le fait que le présumé meurtrier est un jeune blanc francophone catholique de Cap-Rouge, en banlieue de Québec, n’a pas semblé ébranler M. Spicer. Pour ma part, bien au contraire, ça m’interpelle.

Ces derniers jours, plusieurs ont tenté d’expliquer comment un tel geste pouvait être posé au Québec. Plusieurs facteurs ont été évoqués : Trump, la peur de l’étranger, notre mauvaise connaissance de l’islam, les dérives sur les médias sociaux, les propos xénophobes sur les ondes des radios poubelles, la montée des courants intégristes, religieux et ethniques, la banalisation ambiante, etc.

De tous les commentaires que j’ai entendus, ceux de Rachida Azdouz, psychologue et spécialiste des relations interculturelles à l’Université de Montréal, visaient particulièrement juste : « Ce genre de tragédie nous révèle à nous-mêmes, comme communauté québécoise, dans ce qu’on a de meilleur et de pire. Dans ce qu’on a de pire parce qu’on n’est pas différents des autres : on a aussi un terreau haineux qui peut alimenter des esprits dérangés. Mais ça nous révèle aussi dans ce qu’on a de meilleur. Tout cet élan de solidarité, d’amour, d’empathie, cette mobilisation qui s’est faite massivement, rapidement, sans dérapage. »

Mais l’histoire est remplie de « plus jamais ». L’élan de solidarité que nous vivons ne nous met pas à l’abri. Comme le faisait remarquer Mme Azdouz, « on est maintenant portés par une bulle de sympathie, d’empathie, d’émotion. Mais la vie, avec tout ce qu’elle comporte, va reprendre ses droits. La barbarie est inhérente à la condition humaine. Elle change de camp, de forme, se transforme et change de cible. On est parfois la victime, parfois le bourreau. Mais elle ne disparaît jamais ».

C’est un triste constat, mais lucide et vrai à tous les égards. Le « vivre ensemble » est un idéal à atteindre. Il ne faut jamais le tenir pour acquis et on doit tous y contribuer.

En terminant, j’offre mes sympathies les plus sincères à la communauté musulmane de Québec.