Le secteur agricole québécois a contribué plus que beaucoup d’autres à l’assainissement des finances publiques et à l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Les trois premiers budgets Leitão avaient peu à offrir aux producteurs du Québec, sinon des compressions importantes dans les ministères, institutions et programmes essentiels au développement de leurs entreprises. Même si l’on est très loin de la coupe aux lèvres, le budget du 28 mars marque quand même une certaine ouverture relativement aux besoins exprimés à maintes reprises par l’Union et ses affiliés ces dernières années.

Nous avons beaucoup insisté sur la stagnation des dépenses en immobilisations au Québec et leur retard croissant par rapport à l’Ontario. Les 95 M$ annoncés pour appuyer l’investissement permettront de soutenir financièrement la construction et la rénovation de bâtiments, plus spécifiquement dans les secteurs qui doivent composer avec des enjeux de santé et de bien-être animal. Comme l’ont souligné les Éleveurs de porcs du Québec, cette initiative est « une bonne base pour la création d’un environnement propice à la consolidation du secteur ».

Les 42 M$ annoncés en appui à « l’agriculture novatrice » permettront notamment de prolonger le Programme d’appui pour la conversion à l’agriculture biologique, tandis que les 4 M$ additionnels donneront la possibilité d’élargir à d’autres régions le soutien au drainage et au chaulage des terres. Le nouveau programme de rabais d’électricité pour favoriser le développement des serres (3,7 M$) est aussi une bonne nouvelle, tout comme les 9 M$ pour soutenir le secteur des boissons alcooliques.

Sur le plan phytosanitaire, on rate toutefois la cible, et de beaucoup. L’impact financier des nouvelles exigences en matière d’usage des pesticides est clairement sous-estimé, comme l’ont fait remarquer les Producteurs de grains du Québec : « Tout au plus un montant de 3 M$ par année au MAPAQ pour amener 16 550 entreprises à se conformer à ces nouvelles contraintes, ce qui représente un soutien indirect de moins de 182 $ par producteur ». Il faudra en faire beaucoup plus.

En résumé, les montants consentis au secteur agricole représentent un pas dans la bonne direction, mais sont loin de combler l’ensemble des besoins.

Des appuis additionnels sont requis si le gouvernement du Québec souhaite véritablement permettre à nos entreprises de mieux se positionner pour saisir les opportunités au pays et ailleurs dans le monde.

Pour stimuler de façon satisfaisante l’investissement, il faudra bonifier de façon substantielle les montants annoncés. Il faudra aussi favoriser l’accès à des outils de gestion des risques efficaces, prévisibles et en phase avec les besoins des divers secteurs de production. Ce n’est qu’en créant un horizon de stabilité avec de bons filets de sécurité que nos entreprises pourront réduire la part des revenus mise de côté pour affronter les mauvais jours et augmenter celle consacrée à de nouveaux investissements.

D’autres enjeux, comme les coûts associés à la hausse du salaire minimum, le maintien illégitime du moratoire sur les superficies en culture, la fiscalité foncière ou le sous-financement d’institutions importantes pour le secteur agricole, notamment la Commission de protection du territoire agricole du Québec, la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec et le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants, doivent aussi être discutés.

Le Sommet sur l’alimentation de l’automne prochain donnera la possibilité de déterminer les mesures législatives et budgétaires qui manquent pour permettre à l’agriculture québécoise d’atteindre son plein potentiel. Les producteurs voient depuis plusieurs années leurs compétiteurs canadiens et internationaux soutenus par des politiques agricoles agressives, car leurs gouvernants ont identifié l’agroalimentaire comme un levier économique important. Ce sera alors l’occasion, pour le gouvernement du Québec, de compléter ce qu’il a entamé avec ce budget.