Les plus récentes déclarations de Donald Trump, selon lesquelles le Canada et la gestion de l’offre seraient responsables des difficultés du secteur laitier américain, sont ridicules. Chacune de ses déclarations suscite son lot de réactions dans les médias et chez les chroniqueurs. Plusieurs choses ont été écrites ces derniers jours et il est nécessaire de rectifier le tir à certains égards.

La meilleure réplique aux propos de M. Trump est venue de l’ambassadeur canadien à Washington, David MacNaughton. Les pertes des producteurs de lait du Wisconsin sont attribuables à la surproduction aux États-Unis et non au système canadien de gestion de l’offre. D’ailleurs, la balance commerciale dans le secteur du lait penche en faveur des États-Unis dans une proportion de cinq contre un.

La volatilité des prix en agriculture, engendrée par une production supérieure à la demande, est un phénomène connu et coûteux. Coûteux en ressources, coûteux pour l’environnement et, surtout, coûteux pour les gouvernements, qui doivent intervenir financièrement pour soutenir leurs producteurs. La gestion de l’offre est un outil qui permet d’ajuster la production à la demande. Elle exige de la discipline du côté des producteurs, mais donne toutefois la possibilité à ces derniers et à leurs acheteurs d’évoluer dans un environnement prévisible. C’est un outil de stabilisation des prix à la ferme.

Il est vrai que le Québec a perdu des fermes laitières et avicoles ces 10 dernières années. Chaque négociation commerciale avec nos partenaires internationaux provoque de l’inquiétude, et certains agriculteurs préfèrent quitter la production. D’autres n’ont pas de relève ou peuvent simplement choisir de se tourner vers d’autres spécialisations. Certains éprouvent aussi des problèmes de rentabilité.

On ne peut juger du succès de la gestion de l’offre en se référant uniquement à l’évolution du nombre de fermes.

Dans tous les secteurs de production, avec ou sans gestion de l’offre, des entreprises cessent leurs activités et d’autres apparaissent. Nous sommes dans un environnement économique qui bouge. Les exigences sanitaires, de biosécurité ou de bien-être animal, ainsi que les investissements requis pour s’y conformer, découragent également certains producteurs.

Bien que le nombre de fermes ait diminué, la répartition de la production et le partage des coûts de mise en marché entre les agriculteurs favorisent le maintien d’exploitations plus petites et dans toutes les régions du Québec. Ce fait est indéniable quand on compare nos entreprises sous gestion de l’offre aux fermes américaines.

Un autre élément qui agace les opposants à la gestion de l’offre est l’obligation, pour tous les producteurs, d’y participer et de détenir un quota. La discipline de production est à la base de ce système. Certains croient qu’en éliminant les quotas, on pourrait produire plus et même exporter.

Les propos du président américain et la situation des États-Unis sont révélateurs. Malgré de très grosses exploitations, un soutien financier de l’État et l’exportation de leurs surplus, les producteurs de lait américains traversent l’une des pires périodes de leur histoire. La discipline de production est exigeante, mais un marché libre entraînerait également son lot de conséquences et de coûts, incluant une baisse importante du nombre de fermes et d’emplois reliés à la transformation de nos produits.

La négociation de l’Accord de libre-échange nord-américain sera déterminante pour notre agriculture et les prochaines générations d’agriculteurs. En fait, il en va de notre autonomie alimentaire, ce que bon nombre de chroniqueurs ne semblent pas comprendre.