Le long processus pour doter le Québec d’une politique bioalimentaire s’est poursuivi le 26 mai avec la troisième et dernière rencontre préparatoire au Sommet sur l’alimentation de l’automne prochain.

Comme lors des deux premières rencontres, les résultats d’un sondage auprès des consommateurs ont mis la table aux discussions et aux présentations d’un panel d’experts. Selon ce sondage, il appert que 80 % des citoyens consultés considèrent détenir une faible connaissance des enjeux liés à l’agriculture. En raison de l’urbanisation que l’on a connue ces dernières décennies, ce résultat n’est pas surprenant. La bonne nouvelle, c’est que les gens ont malgré tout une perception relativement positive du secteur. L’environnement, le bien-être animal et la qualité des aliments les intéressent particulièrement. L’achat local est quant à lui ciblé comme étant le principal moyen de soutenir le secteur. L’agriculture urbaine est pratiquée par une majorité de citoyens et les milléniaux ont un intérêt pour l’agriculture beaucoup plus important que les baby-boomers. Somme toute, ce sont de bonnes nouvelles pour nous les producteurs.

La future politique devra répondre à plusieurs attentes. Les dépenses en immobilisations dans les fermes du Québec ne suivent pas la tendance canadienne : on investit moins. À terme, cela signifie que nous accuserons un retard au chapitre des technologies, de l’amélioration de nos bâtiments et de l’acquisition de nouvelles connaissances. Il faut mieux accompagner et encourager les investissements productifs dans les fermes pour assurer la productivité du secteur. L’État sera gagnant par les retombées économiques dont bénéficieront toutes les régions du Québec.

Mais la clé principale de l’investissement en agriculture repose avant tout sur de bons programmes de gestion des risques. On ne contrôle pas la météo, les épidémies qui peuvent affecter les troupeaux ni les fluctuations des prix sur les marchés qui sont de plus en plus ouverts. Un meilleur partage des risques, adapté à chaque secteur, stimulera les investissements. Les agriculteurs sont des entrepreneurs : s’ils se sentent appuyés, ils vont investir.

Pour se convaincre de la nécessité d’agir, il suffit de consulter le plus récent BioClips, produit par le ministère québécois de l’Agriculture. Après avoir atteint près de 700 M$ en 2009 et en 2010, les investissements agricoles au Québec ont été de l’ordre de 540 à 570 M$ par année depuis 2013. Ce ralentissement concerne principalement le secteur de l’élevage, où les investissements sont passés de 450 M$ en 2010 à 289 M$ en 2016.

Le gouvernement du Québec doit revoir le rôle de La Financière agricole du Québec (FADQ). Le carcan budgétaire dans lequel elle fonctionne la confine à un simple rôle d’assureur, qui cherche prioritairement à réduire ses risques pour diminuer les primes à verser aux assurés. Ce n’est pas la façon la plus dynamique de favoriser l’investissement.

La relève en agriculture est présente et nombreuse. Les cohortes dans les écoles d’agriculture augmentent. Ce qui fait défaut, c’est l’accès à du capital patient pour accompagner les jeunes, principalement dans les productions non traditionnelles où ils ont peu de garanties à offrir. Voilà un rôle que devrait jouer la FADQ. Par ailleurs, laisser la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ accaparer les terres agricoles de chez nous n’est certainement pas la meilleure façon de soutenir la relève et la consolidation des entreprises existantes.

Nous en sommes à la neuvième consultation depuis 2008. Espérons que cette fois-ci sera la bonne. Les partenaires du secteur agroalimentaire sont unis et fondent beaucoup d’espoir sur cette nouvelle politique. Le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, y met toute son énergie et le Sommet de cet automne est très attendu. Le bioalimentaire québécois offre de réelles opportunités si on lui donne les outils pour accompagner son développement.