La semaine dernière à Québec, j’ai participé à titre de panelliste au Colloque international sur la sécurité alimentaire et la nutrition à l’heure des changements climatiques, mis sur pied par le gouvernement du Québec en collaboration avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Près de 225 experts et représentants d’organisations internationales, de la société civile, du secteur privé et de la jeunesse étaient présents.

L’augmentation des températures moyennes annuelles sur la planète se poursuit. Nous battons des records chaque année. Les océans se réchauffent. Le climat change lentement, mais assurément.

Depuis 1971, le Québec a fait un gain important. Un gain qui se mesure en degrés-jours. Le Québec a gagné l’équivalent de 20 journées supplémentaires de croissance pour les plantes. On cultive maintenant avec succès du maïs au Lac-Saint-Jean et du soya au Témiscamingue. De façon générale, les producteurs de tous les secteurs s’en réjouissent. Et ce n’est pas terminé : d’ici 2050, selon les prévisions, on devrait gagner l’équivalent d’un autre 20 jours. C’est énorme!

En début d’année, l’Organisation météorologique mondiale prédisait que les conditions météo et climatiques extrêmes continueraient de se manifester en 2017. Elle ne s’est pas trompée, comme en témoignent les pluies diluviennes et les nombreux ouragans qui ont frappé récemment le sud des États-Unis, les Antilles et les Caraïbes.

Le Québec n’a pas connu d’événements aussi dévastateurs, mais il a eu son lot d’intempéries : les inondations du printemps dernier dans plusieurs régions, les chutes de grêle marquées en Montérégie, au Kamouraska, à L’Île-d’Orléans et au Lac-Saint-Jean, les pluies diluviennes dans les MRC des Jardins de Napierville et de Roussillon, etc. L’Est-du-Québec a pour sa part été gravement touché par l’une des pires sécheresses connues à ce jour.

En date du 19 septembre, 3 643 avis de dommages ont été transmis à La Financière agricole du Québec (FADQ), comparativement à 2 471 l’an dernier à la même période. On sait aussi que les réclamations de cette année affichent des pertes moyennes plus élevées dans chacune des fermes. Les modèles climatiques prédisent que les événements météorologiques extrêmes seront de plus en plus fréquents et violents. Les risques pour les producteurs augmentent. Plusieurs programmes d’assurance récolte sont déjà inadéquats, ce qui rend encore plus urgente la nécessité de les ajuster.

Ailleurs sur la planète, ces degrés supplémentaires vont créer de graves perturbations en raison de la rareté et du partage de l’eau. Les zones semi-arides et désertiques s’agrandiront et la montée des océans repoussera certaines populations vers l’intérieur, probablement sur des terres actuellement utilisées pour l’agriculture. Tout cela pendant que la population mondiale est en forte croissance et que la demande alimentaire augmente rapidement. Si les prévisions s’avèrent justes, et elles tendent à se confirmer, la sécurité alimentaire deviendra un enjeu de taille pour plusieurs pays.

Les États se trouvent devant un enjeu d’ordre planétaire. Des mesures sont nécessaires pour ralentir ces changements. Les solutions pour réduire la production des gaz à effet de serre sont connues. Elles passent par la « décarbonisation » de l’économie : la taxe sur le carbone, les bourses sur le carbone et le développement des énergies vertes.

Ces mesures seront cependant inefficaces si elles ne s’appliquent que chez nous. Si les produits de toute nature que nous importons y échappent et si les marchés sur lesquels nous les exportons ne les exigent pas, ces règles deviennent un incitatif à la délocalisation des sites de production et de transformation.

Les ententes commerciales doivent maintenant inclure un volet sur l’environnement et les changements climatiques avec des règles de réciprocité. En ce sens, bien qu’elle sera difficile à négocier, la demande canadienne d’ajouter un chapitre sur l’environnement dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est vraiment importante.