Vendredi dernier au Vietnam, en marge du sommet de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation), les onze pays toujours engagés dans le Partenariat transpacifique (PTP) ont annoncé qu’ils s’engageaient à poursuivre les discussions en vue de la conclusion d’un accord. Plusieurs analystes accordaient peu de chances au PTP après le retrait des États-Unis.

Cette entente négociée par le président américain Barack Obama n’avait pas soulevé beaucoup d’enthousiasme aux États-Unis au moment de sa signature en 2015. Le retrait des États-Unis a été confirmé dès l’entrée en fonction du nouveau président Donald Trump.

La Nouvelle-Zélande et l’Australie ont été les premiers pays à relancer les discussions pour un accord à onze après le retrait des États-Unis, suivis du Mexique, du Japon et du Canada. La rencontre de la semaine dernière des pays membres de l’APEC, qui regroupe aussi les pays signataires du PTP, a permis de faire avancer les négociations, mais, finalement, sans que l’on en arrive à s’entendre.

Dans le contexte de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et compte tenu du peu d’intérêt des États-Unis, l’entente du PTP, même à onze, revêt une importance stratégique pour le Canada et le Mexique.

Le gouvernement canadien s’est montré discret au sortir de cette rencontre au Vietnam à propos des éléments qu’il souhaite revoir, mais selon les informations que nous avons au moment d’écrire ces lignes, des enjeux en matière de pièces automobiles, de propriété intellectuelle et de culture restent à régler. Du côté agricole, le Canada a tenté de revoir les accès consentis aux marchés du lait, des œufs et de la volaille, mais sans succès jusqu’à maintenant.

Les accès aux marchés convenus dans le cadre du PTP en 2015 incluaient les États-Unis. Bien que toujours difficiles à accepter pour les productions sous gestion de l’offre, ces accès (entre 1,5 % et 3,25 % selon les secteurs) étaient étalés sur 5 ans, avec une croissance prévue de 1 % par année pendant 13 ans. Cela nous amenait à des importations supplémentaires de 2 % à 4 %, selon les secteurs, sur une période de 18 ans, ainsi qu’à une certaine accalmie. Cette dernière aura été de courte durée.

Bien sûr, le maintien des accès aux marchés tels que négociés en 2015 représente une réelle opportunité pour nos exportateurs sur les marchés asiatiques. Les retombées potentielles pour le secteur canadien des viandes, et plus particulièrement pour le secteur porcin québécois, sont intéressantes.

Le problème demeure donc entier et important pour les productions sous gestion de l’offre. Quand on additionne les importations supplémentaires de fromages européens aux importations possibles du PTP, on arrive à des volumes importants et à des pertes de marché récurrentes, autant pour les transformateurs que pour les producteurs canadiens de lait, d’œufs et de volaille.

S’ajoute maintenant à ce scénario la renégociation de l’ALENA et l’incertitude qu’elle entraîne. Le gouvernement canadien doit être conscient que les accès déjà consentis dans le PTP limitent essentiellement toutes autres concessions que pourraient demander les États-Unis dans le cadre de l’ALENA. Les Américains ont choisi eux-mêmes de se retirer du PTP.

On ne peut pas laisser aller le marché canadien morceau par morceau et prétendre que l’on protège la gestion de l’offre.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 15 au 21 novembre 2017
Marcel Groleau, président général