C’est le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui a ouvert le Sommet sur l’alimentation tenu vendredi dernier à Québec. Tous les acteurs du milieu agroalimentaire, des producteurs aux consommateurs, étaient présents. Signe des temps et des changements qui s’opèrent dans nos sociétés, les intervenants des secteurs de la santé et de la bonne alimentation étaient également sur place. Se nourrir, c’est aussi prendre soin de sa santé. L’UPA partage cette vision depuis plusieurs années. Un des axes du document Le pouvoir de se nourrir, adopté au Congrès général de 2009, portait en effet sur la santé. Pour nous, les producteurs, ce lien entre la santé et l’alimentation est une belle opportunité.

Tous se souviennent du slogan « Pas de nourriture sans agriculture ». Cette petite phrase prend tout son sens au sortir du Sommet et à l’aube de l’élaboration de la future politique bioalimentaire.

L’agriculture du Québec a beaucoup à offrir aux Québécois, tant par sa qualité que par sa diversité. Les retombées économiques du secteur agroalimentaire sont énormes et peuvent encore augmenter, avec les cibles que nous propose le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard.

On vise des investissements à la ferme et dans la transformation de 15 G$ d’ici 2025, soit 3 G$ de plus que pour la période 2006-2015. On envisage aussi d’ajouter 10 G$ de contenu québécois dans les produits alimentaires achetés au Québec (pour atteindre 34 G$ en 2025) et de porter à 14 G$ d’ici 2025 les exportations bioalimentaires à l’international (6 G$ de plus que pour la période 2006-2015).

L’agriculture du Québec se distingue par sa diversité, et on mise sur cet aspect pour atteindre les cibles de croissance. On souhaite doubler la superficie en production biologique d’ici 2025, utiliser nos produits phares, mettre en valeur nos pratiques écoresponsables et répondre aux marchés grandissants de l’alimentation santé.

Les cibles retenues sont réalistes, car elles s’appuient sur les performances actuelles du secteur. Les principaux indicateurs économiques pour l’agroalimentaire et les résultats des dernières années sont encourageants. Entre 2007 et 2016, les revenus agricoles ont augmenté de 26 % et les exportations agroalimentaires ont doublé. Ces bons résultats reposent d’abord sur la demande et les bons prix sur les marchés, bien entendu, mais aussi sur l’action collective des producteurs et le travail des filières dans chacun des secteurs, un atout important pour atteindre les objectifs de la future politique.

Un très large consensus a émergé lors du Sommet. La prochaine étape sera de disposer des moyens de nos ambitions. Les investissements nécessaires en agriculture sont importants et doivent être amortis à long terme. Un soutien à l’investissement adapté en fonction des enjeux propres à chaque secteur est la voie à privilégier. Des programmes de gestion des risques performants et flexibles représentent le levier le plus efficace pour déclencher les investissements dans les fermes et assurer la transférabilité des entreprises aux générations suivantes, apparentées ou non.

J’espère sincèrement que la future politique bioalimentaire sera à la hauteur des ambitions du Sommet et de ses participants. Nous aurons sans doute un premier signal en ce sens dès le discours sur le budget 2018-2019, le printemps prochain. Cette politique gouvernementale doit mettre à contribution tous les ministères concernés. Trop souvent, les ministères travaillent en silos, et cela engendre beaucoup d’inertie. Et surtout, cette politique doit survivre à la prochaine élection dans moins de 10 mois, peu importe le parti qui formera le prochain gouvernement. Il est temps de passer à l’action.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 22 au 28 novembre 2017
Marcel Groleau, président général