La semaine dernière à Davos, en marge du Forum économique mondial, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la conclusion de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP – à noter l’ajout de G et P à l’acronyme pour Global et Progressiste), qui regroupe maintenant 11 pays depuis le retrait des États-Unis. Le Canada et ses partenaires ne pouvaient trouver meilleur moment, en marge du Forum de Davos et pendant la 6e ronde de négociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), pour lancer un message clair aux Américains et à l’administration Trump.

Ce n’est qu’en 2012 que le Canada s’est joint aux négociations du PTP. Le Japon a suivi dès l’année suivante. En raison de l’ALENA et avant l’arrivée du Japon, le Canada n’avait pas beaucoup d’intérêt à se joindre au PTP. Souvenons-nous que le Canada et le Japon avaient même entrepris des négociations bilatérales en marge de la renégociation du PTP. Ils ont donc mis cette négociation à deux sur la glace pour se joindre aux discussions du PTP.

L’ajout du Japon au PTP a été déterminant. Sa participation, en tant que troisième économie mondiale, donnait réellement à cette entente son statut d’Asie-Pacifique. Les planètes se sont bien alignées puisqu’un accord de principe incluant le Canada et le Japon a été signé à Atlanta en octobre 2015.

Il s’agissait d’une victoire diplomatique et commerciale pour le Canada. L’ALENA, qui regroupe les États-Unis, le Canada et le Mexique, était en grande partie intégré à la nouvelle mouture du PTP. On avait donc, dans les faits, modernisé l’ALENA sans ouvrir de négociation directe avec les États-Unis et obtenu une entente avec le Japon (comme le gouvernement canadien le souhaitait au départ), tout en accédant aux marchés des autres pays membres du Partenariat.

Il est donc très facile de comprendre l’importance stratégique, pour le Canada, de signer le PTPGP à ce moment-ci.

Dans un contexte de renégociation de l’ALENA et compte tenu de l’issue incertaine des discussions, non seulement la ratification du PTPGP représente-t-elle une avenue intéressante, mais elle ajoute également de la pression sur l’administration Trump. Le président américain a même déclaré depuis qu’il pourrait réintégrer le PTPGP et ses commentaires sur l’ALENA se sont adoucis. Connaissant le personnage, ça vaut bien sûr ce que ça vaut.

Jusqu’à maintenant, la stratégie du Canada dans le cadre des négociations de l’ALENA est bonne. La pression sur l’administration Trump s’accentue. Le travail des nombreuses délégations canadiennes s’étant rendues aux États-Unis ces six derniers mois pour vanter les mérites de l’ALENA porte fruit. Les pressions pro-ALENA sur l’administration Trump, de l’intérieur même des États-Unis, se font maintenant sentir. La conclusion du PTPGP, qui regroupe notamment le Japon, le Canada et le Mexique, accentue encore plus cette pression.

Nous comprenons tous, incluant les producteurs sous gestion de l’offre, l’importance de l’entente annoncée la semaine dernière. Les producteurs sous gestion de l’offre attendent toutefois deux messages de leur premier ministre, Justin Trudeau, et du ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne.

Premièrement, puisque les concessions dans le lait, la volaille et les œufs figurant au PTP ont été maintenues dans le PTPGP, la porte à toutes autres concessions dans le cadre de la renégociation de l’ALENA est fermée. Deuxièmement, les compensations annoncées en 2015 seront enfin disponibles. Une affirmation claire en ce sens aux producteurs canadiens sous gestion de l’offre, c’est aussi un message clair aux négociateurs canadiens et américains à cette étape de la renégociation de l’ALENA, et cela doit aussi faire partie de la stratégie.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 31 janvier au 6 février 2018
Marcel Groleau, président général