Mon frère et moi sommes devenus propriétaires de la Ferme DM Groleau en 1988. Nos parents ont acheté cette entreprise en 1945 et y ont consacré leur vie. Nos frères et sœurs (nous étions 11 enfants) y ont aussi travaillé très fort.

Notre situation s’est améliorée avec l’organisation de la mise en marché du lait, à partir des années 70. La ferme s’est donc spécialisée en production laitière. L’accès au crédit étant facilité grâce à la rentabilité de la production, l’expansion de l’entreprise a été possible. Ce tournant dans la vie de notre ferme, vous l’avez deviné, est arrivé grâce à la mise en marché collective et la gestion de l’offre. Nous pouvions, en tant que famille agricole, aspirer à une vie comparable aux autres familles du Québec. La reprise de la ferme devenait intéressante. Pour d’autres secteurs, ce tournant est venu avec l’assurance stabilisation des revenus agricoles. La modernisation de l’agriculture québécoise a vraiment commencé à cette époque, qui coïncide avec l’adoption de la Loi sur les producteurs agricoles en 1972 et la naissance de l’Union des producteurs agricoles (UPA), telle qu’on la connaît maintenant.

Depuis mes débuts dans le milieu syndical agricole, j’ai toujours travaillé à regrouper les gens et les organisations. La recette est simple : favoriser les discussions et l’échange d’information, aller au-delà des préjugés et ouvrir la voie aux compromis qui mènent à l’adoption de solutions avantageuses pour tous.

Ces ingrédients sont depuis toujours à l’origine des succès de l’UPA. Prenons des exemples plus récents, comme la création d’une chambre de coordination dans le secteur des fraises et des framboises. Un succès impressionnant qui a fait du Québec un leader nord-américain dans cette production, avec encore de belles perspectives de développement.

La production de sirop d’érable est un autre exemple éloquent du succès de cette recette. Par la mise en commun, la création d’une réserve stratégique mondiale de sirop d’érable et la gestion de la production, on assure aux acheteurs un approvisionnement constant de sirop de qualité, à un prix qui couvre les coûts de production. Un succès inégalé dans le monde. Sans intervention financière de l’État, on a doublé la production et triplé les revenus à la ferme en 10 ans. C’est dans ce secteur que l’on accueille le plus grand nombre de nouvelles entreprises et de nouveaux acériculteurs.

Depuis trois ans, l’Union regroupe autour d’une même table les partenaires du développement de la production biologique, en lien avec la Filière biologique du Québec. Le partage d’information et l’établissement d’objectifs communs ont déjà permis des améliorations aux programmes d’assurance récolte, un appui à l’innovation pour les producteurs bio et un soutien à la transition vers la production biologique. Les résultats sont prometteurs; les superficies en production bio et le nombre d’entreprises augmentent.

L’UPA a aussi créé une table horticole à la suite de l’arrêt des activités du Conseil québécois de l’horticulture. Ce secteur offre de belles perspectives de croissance tant sur nos marchés que sur le marché nord-américain. De beaux projets émergent. Les producteurs maraîchers envisagent la création d’une chambre de coordination pour la recherche. Les producteurs serricoles pensent faire de même pour soutenir la promotion. Ils mènent actuellement des consultations auprès de leurs agriculteurs.

Les grands enjeux de la société pour les générations futures, que ce soit la sécurité alimentaire, le partage équitable des ressources et de la richesse ou le réchauffement climatique vont exiger que l’on travaille plus que jamais collectivement. S’isoler les uns des autres dans des ghettos idéologiques est la recette pour échouer.

Les producteurs agricoles ont compris cela depuis longtemps, Monsieur Bouchard.