Le dossier des pesticides a beaucoup retenu l’attention des médias ces dernières semaines. Depuis l’annonce de la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, sur l’imposition d’une prescription pour l’usage de cinq molécules dites « à risque », une série d’articles et de reportages, notamment sur les néonicotinoïdes, ont été publiés.

On ne peut rester insensible à toute cette couverture médiatique, qui a principalement ciblé les producteurs. La lutte aux ravageurs des récoltes est un défi de tous les jours pour ces derniers. Il s’agit d’un enjeu de rentabilité et de qualité du produit, deux conditions essentielles à la pérennité d’une entreprise.

Bien entendu, les agriculteurs savent que l’usage des pesticides comporte certains risques, autant pour eux que pour l’environnement. C’est pour cette raison qu’ils suivent les recommandations très strictes des fabricants et des agronomes qui en font la vente et qu’ils choisissent des méthodes de remplacement lorsqu’elles existent.

Tous comprennent également que les entreprises qui fabriquent ces produits ont un intérêt à favoriser leur vente. C’est pourquoi la recherche et les services-conseils non liés sont essentiels pour améliorer les connaissances des producteurs et accroître leur sensibilité par rapport à ces produits. Les méthodes de remplacement à l’usage des pesticides découleront de la recherche, qui doit être financée par l’État dans l’intérêt public.

À ce jour, le marché ne réagit pas aux différentes pratiques agricoles, sauf pour les productions certifiées biologiques. Les producteurs ont donc peu d’intérêt à prendre des risques qui pourraient affecter le rendement de leur récolte.

Autre point important : les mesures imposées par le gouvernement du Québec ne s’appliquent pas aux produits importés.

Or, nous savons tous que le prix, pour la grande majorité des consommateurs, est encore l’élément principal dans la décision d’acheter un produit plutôt qu’un autre.

L’industrie de la transformation alimentaire est encore plus sensible aux coûts des intrants agricoles qui entrent dans les aliments qu’elle fabrique. Encore une fois, le Québec ne peut interdire l’importation des produits qui ne respectent pas les normes québécoises en matière d’environnement, puisque les pesticides en question sont tous homologués dans les pays où ils sont utilisés.

Dans le débat public actuel, les producteurs sont laissés à eux-mêmes. Les organismes d’homologation demeurent peu loquaces.

Le gouvernement provincial a resserré les règles d’usage. Les agriculteurs avaient des réticences sur la façon de faire, mais il n’y avait pas d’opposition fondamentale. Certains groupes revendiquent le bannissement de ces pesticides alors que le Québec n’a pas le pouvoir de limiter l’importation d’aliments provenant de pays où ces produits sont encore utilisés. Les consommateurs d’ici pourraient donc très bien se trouver dans une situation paradoxale, c’est-à-dire se procurer des aliments importés contenant des quantités importantes de résidus de produits qui seraient bannis chez nous.

Les ravageurs des cultures ne disparaîtront pas et la production biologique ne peut s’implanter partout en quelques années. Les solutions au remplacement et à un meilleur usage des pesticides passent par la recherche scientifique, des solutions de rechange éprouvées et le transfert de connaissances aux producteurs. Mettre ces derniers au banc des accusés n’est pas une solution.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 14 au 20 mars 2018
Marcel Groleau, président général