Vendredi dernier à la Ferme Quinn de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard, a dévoilé la nouvelle Politique bioalimentaire gouvernementale 2018-2025. Il était accompagné, pour l’occasion, du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, de la vice-première ministre, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, de la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie et ministre responsable de la région de la Montérégie, Lucie Charlebois, et de la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon.

Cette politique bioalimentaire est l’aboutissement d’une démarche de consultation entamée en 2016 qui nous a menés, en novembre dernier, à un sommet présidé par le premier ministre lui-même. À la suite de cette importante rencontre, les acteurs de la filière alimentaire, des consommateurs jusqu’aux producteurs, ont adhéré aux cibles de croissance retenues ainsi qu’aux principes devant les soutenir.

Le signal est clair : augmenter la production tout en répondant aux attentes des citoyens, c’est-à-dire pratiquer une agriculture respectueuse de l’environnement et du bien-être animal, qui offre des produits nutritifs de grande qualité.

On trouve dans cette politique plusieurs éléments intéressants. Articulée autour de quatre orientations, elle table sur : une offre de produits répondant aux besoins des consommateurs; des entreprises prospères, durables et innovantes; des entreprises attractives et responsables; et des territoires dynamiques contribuant à la prospérité du bioalimentaire. Parmi les cibles les plus marquantes, mentionnons : doubler la superficie en production biologique, faire croître de 6 G$ les exportations bioalimentaires et augmenter de 10 G$ la part du contenu québécois dans les produits achetés au Québec. Les sommes supplémentaires annoncées pour accompagner cette politique se chiffrent à 349 M$ sur cinq ans.

Au-delà des programmes et des sommes allouées, l’annonce de cette politique gouvernementale représente un signal important pour les producteurs et les transformateurs alimentaires. Une politique gouvernementale, c’est surtout l’engagement que tous les ministères concernés de près ou de loin par le secteur alimentaire seront mis à contribution.

Cela donne au ministre de l’Agriculture un levier important pour obtenir des modifications réglementaires ou l’appui financier nécessaire à la réalisation des engagements du gouvernement dans son secteur.

Pour nous, les producteurs, cette politique représente un défi et des opportunités. Le défi de produire plus dans le respect des attentes de nos concitoyens, mais surtout des opportunités de développement, si le soutien et les programmes annoncés sont à la hauteur des risques auxquels nous faisons face et que nous devrons gérer. En agriculture comme en affaires, tout est une question d’équilibre entre les risques et les opportunités.

Le ministre de l’Agriculture a aussi mandaté La Financière agricole du Québec (FADQ) pour faire l’analyse des programmes de gestion des risques pour les entreprises agricoles. Un chantier sur l’assurance récolte est déjà en cours. Côté financement, la FADQ devra faire plus pour accompagner les producteurs dans leurs investissements, principalement ceux qui démarrent en production. Sur le plan environnemental, les défis sont considérables. On devra se doter d’une bonne stratégie phytosanitaire, adaptée à chaque secteur végétal.

Au final, je sors optimiste de ce long processus. Le gouvernement du Québec a présenté un plan de match intéressant et ambitieux qui devra sans doute être ajusté, selon l’atteinte ou non des cibles. Celles-ci seront atteintes si les conditions nécessaires sont réunies.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 11 au 17 avril 2018
Marcel Groleau, président général