La baisse du prix du lait à la ferme entre les mois de mars et avril a fait réagir les producteurs. Ils se posent bien des questions sur les variations importantes de ce dernier d’un mois à l’autre, alors que nous œuvrons dans un système de gestion de l’offre censé garantir la stabilité.

Depuis 1995, le lait est facturé aux acheteurs par Les Producteurs de lait du Québec (PLQ) selon sa teneur en protéines, en matière grasse et en lactose. Le prix de ces composants varie selon leur utilisation dans le marché. Cela permet aux producteurs d’obtenir le maximum, tant en ce qui a trait aux volumes produits qu’aux revenus des marchés. Dans la gestion de l’offre, les producteurs sont responsables des surplus de production. La gestion du lait par les composants s’est donc imposée.

Ce système est optimal lorsque tous les composants trouvent preneur sur le marché canadien, ce qui a rarement été le cas. De tout temps, nous avons eu à gérer des surplus de protéines que nous exportions ou que nous vendions pour l’alimentation animale. Tant que ces quantités sont marginales, cela n’a pas beaucoup d’impact sur les prix que reçoivent les producteurs.

Tout s’est compliqué avec l’apparition sur le marché des isolats de protéines laitières, au début des années 2000. Ces dérivés du lait n’existaient pas lorsque le Canada a signé l’entente de l’Organisation mondiale du commerce, en 1994. Ils n’étaient donc pas inscrits dans une ligne tarifaire et n’étaient sujets à aucun tarif, donc libres d’importation au Canada.

En 2006, le gouvernement Harper et le ministre de l’Agriculture de l’époque, Gerry Ritz, ont utilisé une disposition de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) pour créer une nouvelle ligne tarifaire et soumettre ce nouveau type de produit à un tarif, de façon à en limiter l’importation. Pour assurer la qualité des fromages, le Canada s’est également doté de standards de composition. Par ces deux actions, notre pays protégeait la gestion de l’offre dans le lait en limitant l’importation d’isolats de protéines tout en favorisant la qualité des fromages d’ici par l’utilisation du lait des producteurs canadiens.

L’absence de volonté du Canada à classifier les importations de lait diafiltré dans une ligne tarifaire existante a ouvert une brèche importante dans la gestion de l’offre au pays.

Le Canada était pourtant justifié d’agir, car le lait diafiltré ne répond pas aux caractéristiques des isolats de protéines. Au surplus, le gouvernement n’a pas fait respecter les standards de fabrication des fromages.

Devant l’inaction du gouvernement et la détérioration de la situation, les producteurs laitiers canadiens ont conclu un accord, après de longues négociations, qui a mené à la création de la classe 7. La mise en place de cette classe de facturation de protéines laitières pour le marché canadien était devenue incontournable pour compétitionner les importations de lait diafiltré et limiter l’accumulation des surplus de protéines. Cette entente a permis d’avoir un meilleur prix pour la vente de ces surplus. Les PLQ ont géré cette situation difficile avec détermination. Négocier une entente nationale n’est jamais simple.

La situation actuelle est en partie conjoncturelle. L’augmentation de la demande canadienne de matière grasse durant les quatre dernières années a entraîné une production de surplus de protéines qui doivent être vendus au prix mondial. Les prix des solides non gras sont très bas en raison de la surproduction mondiale de lait. C’est pourquoi les PLQ demandent à la Commission canadienne du lait de corriger la situation en procédant à un ajustement des prix du lait dès le 1er août prochain. Cette demande est certainement justifiée, d’autant plus que le gouvernement est en bonne partie responsable de la situation actuelle.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 23 au 29 mai 2018
Marcel Groleau, président général