Le Québec est un très grand territoire avec des réalités bien différentes d’une région à l’autre et à l’intérieur même de chacune d’entre elles. Le Québec des régions, c’est 927 municipalités et villages de moins de 5 000 habitants, dont les territoires sont presque exclusivement ruraux. L’écoumène québécois est constitué à 93 % de territoires ruraux. Les gens qui occupent ce territoire vivent une tout autre réalité que les urbains et périurbains.

Je m’inquiète pour l’avenir de nos territoires ruraux. Un récent reportage sur les ondes de RDI Économie faisait la distinction entre le manque de main-d’œuvre en région et celui que l’on connaît à Montréal et à Québec. La pénurie dans plusieurs régions n’est pas causée par la création de nouveaux emplois comme c’est le cas dans ces deux grandes villes. En ouverture du congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), le président Jacques Demers rappelait que les régions avaient perdu 50 000 emplois entre 2012 et 2017. Dans nos régions rurales, la difficulté principale est le maintien de la population active. L’âge moyen des résidents en région est plus élevé que la moyenne québécoise. Le grand défi des régions : maintenir les populations. À titre d’exemple, la MRC de Kamouraska a vu sa population diminuer de 1 700 habitants ces dix dernières années. Kamouraska n’est pourtant pas à l’autre bout du monde.

La rétention des jeunes est un défi de taille. Leurs attentes, leur ouverture sur le monde et l’importance qu’ils accordent à un milieu de vie dynamique et durable ne sont malheureusement pas assurées partout sur le territoire. Comment garder nos jeunes et développer des entreprises quand l’accès à Internet haute vitesse n’est pas disponible et que le réseau cellulaire est déficient? Comment attirer des immigrants dans ces conditions? Durant la campagne, tous les partis politiques ont pris l’engagement de rendre les réseaux cellulaires et Internet haute vitesse accessibles sur tout le territoire. Ce n’est pas la première fois qu’on nous le promet. Espérons que cette fois-ci, ce sera la bonne!

Les villes centres continuent de bénéficier de la migration de la population, au détriment des municipalités et des villages en périphérie.

La population dans les MRC rurales et les régions ressources a diminué de 6,8 % ces 25 dernières années, alors qu’elle a augmenté de 22,2 % dans les régions centrales. Durant cette même période, la population du Québec a crû de 17 %.

Loin de baisser les bras, la coalition Solidarité rurale du Québec (SRQ) a lancé en début d’année le mouvement Tous Ruraux, avec l’appui d’un grand nombre de personnalités québécoises, dont Fred Pellerin à titre d’ambassadeur. L’objectif : réunir ruraux et urbains pour maintenir nos milieux ruraux vivants et habités. Des gestes doivent être posés rapidement pour inverser la tendance.

Pour réussir, nous pouvons compter sur le dynamisme des régions et de leurs citoyens. Dans toutes les régions, les gens d’affaires et des milieux communautaires travaillent pour maintenir le dynamisme de leur milieu. L’intérêt des jeunes pour les régions est réel, s’ils y trouvent les conditions pour se développer. Les richesses naturelles, la nature et la culture sont aussi des atouts propres à chaque région que l’on peut mettre en valeur. La volonté et la capacité de se concerter sont présentes et, surtout, tellement nécessaires. Tous ces éléments ont été mis de l’avant lors du Grand rassemblement de Tous Ruraux, tenu en mai dernier, qui regroupait les représentants de toutes les régions.

Il est très difficile de se faire entendre durant une campagne électorale. J’ouvre cette petite fenêtre et je m’adresse directement au prochain gouvernement. L’avenir de la ruralité n’a pas été un thème de la présente élection. Cela n’en fait pas moins un enjeu social et économique. Il en coûtera beaucoup moins de mettre les énergies et trouver les moyens nécessaires pour maintenir des territoires habités que de gérer le laisser-aller. Pour l’avenir de la ruralité, des gestes concrets de la part du prochain gouvernement seront nécessaires. Comme le dit si bien Fred Pellerin : « Nous sommes Tous ruraux. »

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 26 septembre au 2 octobre 2018
Marcel Groleau, président général