Obsédé par le déséquilibre de la balance commerciale américaine avec ses principaux partenaires commerciaux, l’administration Trump a imposé une série de tarifs douaniers sur les produits importés de la Chine, du Japon, de l’Europe, du Mexique et du Canada pour forcer la négociation ou la renégociation de nouvelles ententes. Selon l’administration américaine, les ententes commerciales de l’Organisation mondiale du commerce et de l’Accord de libre-échange nord-américain sont injustes pour les États-Unis.

Naturellement, tous les pays touchés par les tarifs américains ont répliqué en imposant leurs propres tarifs.

Ceux de la Chine et du Mexique ont principalement ciblé les produits agricoles américains. Les États-Unis sont des exportateurs importants de viande et de céréales.

Selon les dernières données disponibles, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) évaluent l’impact négatif de la guerre commerciale sur le prix du soya à environ 50 $ la tonne. En 2019, l’organisation s’attend à ce que les prix du soya et du maïs-grain connaissent des baisses supplémentaires de 10 à 15 %. On atteindrait alors des pertes équivalentes à la moitié des revenus nets. Cela aurait un impact énorme sur les entreprises céréalières.

Les PGQ font aussi remarquer qu’entre 2016 et 2018, le soutien de base pour le maïs et le soya sera d’environ 47 $/ha au Québec, mais de 80 $/ha aux États-Unis, soit près de deux fois plus.

Les éleveurs de porcs vivent des moments encore plus difficiles. Depuis le début de l’été, ils font face à une baisse d’environ 50 % du prix reçu pour leurs porcs. Ce dernier est établi selon une référence américaine. Pour l’année 2018, les Éleveurs de porcs du Québec prévoient que les revenus du marché seront au moins 30 $ en dessous des coûts de production pour 100 kilos de porc. Cette situation est clairement insoutenable.

Les producteurs de grains et les éleveurs de porcs ont demandé une intervention d’urgence. Des rencontres ont eu lieu avec le ministre Laurent Lessard et La Financière agricole du Québec. Malheureusement, la campagne électorale retarde les décisions qui doivent être prises.

L’assurance stabilisation des revenus agricoles et les autres programmes de gestion des risques ne sont pas conçus pour réagir à des situations comme la guerre commerciale lancée par les États-Unis. Dans le secteur porcin, on assiste présentement à un décrochage sans précédent entre le prix à la ferme et celui à la sortie de l’abattoir. En termes clairs, l’argent est dans le système, mais réparti de façon inégale. La situation actuelle démontre l’importance et l’urgence de trouver des mécanismes pour rétablir de l’équité dans la filière, au bénéfice du développement du secteur.

Du côté des États-Unis, l’administration Trump a annoncé une aide exceptionnelle de 12 G$ pour compenser les pertes des producteurs de grains. De l’aide a aussi été annoncée pour le secteur porcin. Au Québec, l’aide de 863 M$ annoncée par le gouvernement en réponse au conflit commercial ne prévoit que 41 M$ pour tout le secteur agricole. Aucune mesure particulière n’est prévue pour les secteurs porcin et céréalier. C’est également le cas des 2 G$ offerts en financement et prêts par le gouvernement canadien. C’est carrément insuffisant.

Les gouvernements canadien et québécois se sont montrés sensibles aux difficultés de plusieurs secteurs économiques affectés par cette guerre commerciale. Leur appui est tout aussi nécessaire dans les secteurs des grains et du porc, devenus, eux aussi, des victimes collatérales de M. Trump.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 3 au 9 octobre 2018
Marcel Groleau, président général