Les Éleveurs de porcs du Québec ont tenu leur assemblée semi-annuelle la semaine dernière à Québec. Le contexte dans lequel cette rencontre avait lieu était particulier. Alors que la demande pour la viande de porc est très bonne et que le prix à la découpe est excellent, les producteurs perdent des sommes considérables. Pour l’année 2018, les Éleveurs prévoient que les revenus du marché seront près de 30 $ par porc en dessous des coûts de production, alors que les abattoirs québécois généreront des revenus record pour une troisième année consécutive.

Comme à l’habitude lors de telles rencontres, les Éleveurs de porcs ont invité des conférenciers pour faire le point sur les marchés aux États-Unis et ailleurs dans le monde ainsi que sur la production et les tendances à court et moyen terme. La production porcine américaine est en pleine croissance depuis plusieurs années, mais elle fait face à des perturbations majeures en 2018 en lien avec la guerre commerciale, ce qui a fait chuter drastiquement le prix du porc. Au Québec, les producteurs sont des victimes collatérales de cette guerre puisque le prix est directement fixé à partir d’une référence américaine. Les acheteurs de porcs québécois profitent quant à eux des opportunités de marchés puisqu’ils ne sont pas visés par les tarifs mexicains et chinois.

Pour la deuxième partie de la journée, les conférences ont porté sur la capacité concurrentielle de la production porcine québécoise. Prononcées par Gilbert Lavoie, de Forest Lavoie Conseil, Catherine Brodeur, du Groupe AGÉCO, et Daniel-Mercier Gouin, professeur en agroéconomie à l’Université Laval, ces conférences ont démontré que les producteurs du Québec sont aussi performants que ceux du reste du Canada et des États-Unis. L’écart le plus important se situe au regard des coûts de l’alimentation, un écart que l’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) n’a que partiellement couvert entre 2007 et 2013. Dans ces conditions, il est facile de comprendre le sous-investissement chronique dans les fermes porcines du Québec depuis 20 ans : avant 2007, la maladie a affecté le cheptel et depuis 2013, les producteurs n’ont connu qu’une seule bonne année.

Alors que le marché de la viande est bon, que nos accès sur le continent asiatique s’améliorent et que la qualité de notre produit est supérieure, les producteurs n’arrivent plus et ont cessé d’investir.

Pire encore, la production québécoise est en décroissance et a chuté de 8 à 7 millions de porcs par année depuis 10 ans. À l’inverse, des investissements massifs ont été réalisés pour optimiser et augmenter la capacité d’abattage au Québec. À l’évidence, il y a un déséquilibre dans la filière porcine québécoise pour pleinement saisir les opportunités de marchés qui s’offrent à elle.

Les Éleveurs de porcs ont tenté de renégocier leur convention avec les abattoirs. Ils proposent un meilleur partage des risques et des revenus. Devant l’impasse de cette négociation, les parties se retrouveront devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec dans les prochains jours.

L’enjeu est important. La bonne nouvelle, c’est que l’argent est dans la filière. Les producteurs sont tout à fait conscients que tous les maillons doivent être rentables. Un meilleur partage des risques et des revenus dans la filière est au bénéfice de tous à long terme. C’est de cette façon que l’on va maintenir un solide réseau de fermes et d’entrepreneurs-investisseurs sur le territoire.

Le secteur de la production porcine est à un tournant. Nous assistons à une concentration des capacités d’abattage, qui semble vouloir se poursuivre. Nous avons tout au Québec pour que cette production se développe dans le respect des exigences environnementales et demeure le fleuron de l’exportation agroalimentaire du Québec. La moindre des choses serait que ceux qui sont à la base de la filière puissent en vivre.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 14 au 20 novembre 2018
Marcel Groleau, président général