L’Union des producteurs agricoles a participé la semaine dernière aux consultations prébudgétaires du gouvernement du Québec. Nous avons eu la chance d’échanger directement avec le ministre des Finances, Éric Girard, sur l’importance du secteur agroalimentaire dans l’économie du Québec.

En 2017, le secteur agricole québécois a généré 8,5 G$ de recettes de marché, ce qui en fait la plus importante activité du secteur primaire au Québec et un acteur économique de premier plan, particulièrement dans nos communautés rurales. En forêt privée, entre 15 000 et 20 000 producteurs récoltent chaque année de la matière ligneuse pour une valeur de plus de 350 M$, réalisant un chiffre d’affaires de 2,4 G$.

Entre 2007 et 2017, les performances du secteur agroalimentaire (emplois : +23,6 %; PIB : +39,4 %; exportations : +109 %) ont dépassé celles de l’économie dans son ensemble (emplois : +10 %; PIB : +15,5 %; exportations : +23 %). Environ 70 % des produits agricoles québécois sont transformés chez nous, ce qui représente la plus forte proportion de toutes les provinces canadiennes.

Cette synergie importante entre les maillons de la production agricole et de la transformation alimentaire au Québec génère des retombées économiques considérables (5,3 % des emplois et du PIB au Québec; 3,3 G$ en revenus pour les divers paliers de gouvernement). Selon une étude récente (ÉcoRessources, 2016), ces retombées pourraient augmenter de 30 % au cours de la prochaine décennie.

Du côté des investissements à la ferme, nos performances sont moins éclatantes. Nous tirons de la patte par rapport à l’Ontario, principalement ces dernières années. Les investissements dans cette province sont deux fois plus élevés que ceux au Québec.

Le budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) en 2009-2010 était de 1,1 G$. Les coûts du Programme de crédit de taxes foncières agricoles (PCTFA) pour la même année se chiffraient à 112 M$, laissant près de 1 G$ au ministère pour faire face à ses obligations. L’an dernier, le budget du MAPAQ n’était que de 877 M$ alors que les dépenses du PCTFA représentaient à elles seules 160 M$. Le ministère ne disposait que de 717 M$ pour toutes les responsabilités et tous les programmes qu’il administre, incluant le budget de La Financière agricole du Québec. C’est sans tenir compte de l’inflation des coûts d’exploitation sur 10 ans.

Le MAPAQ dispose de près de 300 M$ de moins qu’en 2009-2010 pour accompagner les producteurs et remplir sa mission.

Nul besoin d’expliquer que ce désengagement a des conséquences. Selon Statistique Canada, le soutien agricole au Québec est passé de 0,16 $ par dollar de revenu en 2007 à 0,04 $ en 2017. C’est moins qu’aux États-Unis, que dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques et qu’en Europe, qui sont nos principaux compétiteurs sur notre marché et à l’étranger.

Cette différence est majeure et explique une bonne partie de la baisse des investissements à la ferme. Le gouvernement doit réinvestir dans la gestion des risques en agriculture et soutenir l’investissement pour permettre aux entreprises agricoles du Québec de rattraper le retard. L’un ne va pas sans l’autre.

La demande alimentaire est croissante ici et ailleurs dans le monde. Le nouveau gouvernement québécois a clairement fait de l’économie son fer de lance. Les producteurs forment le plus important réseau d’entrepreneurs du Québec. L’agriculture et la forêt privée ont démontré, ces dernières années, qu’elles exercent un rôle clé pour soutenir la croissance économique. Ce serait très décevant si un redressement des investissements dans notre secteur n’était pas annoncé lors du prochain budget. Comme le disait le premier ministre en campagne électorale, c’est maintenant!

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 30 janvier au 5 février 2019
Marcel Groleau, président général