Les quelque 28 000 fermes du Québec occupent environ 50 % de la zone agricole. Elles façonnent le paysage québécois et répondent à une demande alimentaire de plus en plus exigeante et variée. L’évolution de la production biologique et de l’agriculture de proximité en est un bel exemple.

Selon Statistique Canada (2016), le Québec est la province canadienne où l’on trouve le plus grand nombre (1 049) et la plus grande proportion (3,6 %) de fermes certifiées biologiques au pays. Pour les détracteurs de la mise en marché collective et de la gestion de l’offre, précisons que les secteurs acéricole et laitier sont en tête de liste avec respectivement 33 % et 13 % des fermes certifiées biologiques au Québec. La production de légumes de champ suit avec 10 %.

Il y a actuellement un attrait très marqué des consommateurs pour les produits frais, directement de la ferme. Quelque 19 % des fermes québécoises utilisent les circuits courts (marchés publics, paniers bio, kiosques à la ferme, autocueillette, etc.) pour commercialiser leur production, en tout ou en partie, et près d’un millier pratiquent l’agrotourisme.

Le Québec joue donc un rôle de leader au Canada dans le développement de ces marchés, et il faut continuer.

On oppose fréquemment les « petites » aux « grandes » fermes, ces dernières étant souvent associées, à tort, à l’agriculture industrielle. Au Québec, on ne peut pas parler d’agriculture industrielle. Nos plus grandes fermes sont minuscules si on les compare aux mégafermes américaines. La cohabitation, sur le territoire, entre les entreprises agricoles de taille différente est une richesse pour nos régions.

Au chapitre des recettes, 41 % des entreprises agricoles québécoises affichent des revenus bruts inférieurs à 50 000 $ par année. Ces fermes représentent 40 % et plus des entreprises dans 10 des 15 régions agricoles du Québec et dans la majorité des secteurs de production. Dans le sirop d’érable, elles comptent pour 71 % des entreprises. On ne peut pas associer les circuits courts strictement aux petites fermes ou l’approvisionnement des marchés de masse aux plus grandes fermes, comme le font certains. Les unes et les autres se côtoient sur tous ces marchés, selon les opportunités qui se présentent, et sont toutes importantes dans l’écosystème régional.

L’Union est consciente des enjeux spécifiques à la taille des entreprises. C’est pourquoi nous demandons depuis plusieurs années un soutien accru aux petites fermes, toutes formes de commercialisation confondues, ainsi qu’à celles en région, peu importe leur taille. Les entreprises plus éloignées ne bénéficient pas des températures plus clémentes du sud de la province et ne sont pas à proximité des marchés. Au chapitre des circuits courts, la réglementation trop lourde et exigeante représente un frein pour les petites entreprises. Nous travaillons aussi sur ce volet.

Le budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) est passé de 1,1 G$ en 2009-2010 à 877 M$ en 2017-2018 (-20 %). Du côté fédéral, le budget agricole est passé de 5,4 G$ en 2003-2004 à 2,8 G$ en 2017-2018 (-48 %). Ce désengagement n’est pas sans conséquences et il affecte toutes les entreprises agricoles.

Il se traduit notamment par une augmentation des risques assumés par les producteurs, un accès plus difficile au crédit, des transferts aux générations suivantes complexes ou trop risqués ainsi qu’un ralentissement des investissements.

Mettre en opposition les petites fermes aux plus grandes ne mène à rien. Il faut des interventions adaptées et, surtout, une volonté politique d’agir en agriculture. Comme le démontrent les chiffres, cette volonté fait défaut depuis plusieurs années. Espérons que le nouveau gouvernement élu corrige cette situation.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 27 février au 5 mars 2019
Marcel Groleau, président général