Les tensions commerciales entre les États-Unis, la Chine et le Mexique ont frappé durement les éleveurs de porcs du Québec. En l’espace de huit semaines l’an dernier, le prix a chuté de moitié et malgré quelques soubresauts, il est demeuré très bas depuis ce temps. À 128 $ du 100 kilos, le prix est à son plus bas depuis 2008 pour cette période de l’année. En fait, depuis le début de 2019, il est à plus de 40 $ du 100 kilos sous le coût de production.

Comme le soulignait récemment le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, « on a toute la misère du monde à nourrir nos animaux. Alors là, c’est clair qu’il faut piger dans nos liquidités et accroître nos marges de crédit ».

Au même moment, le nouveau coût de production pour le Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), basé sur la dernière enquête du Centre d’études sur les coûts de production en agriculture (CECPA), indique une baisse de 6,73 $ par porc. En raison de la situation difficile des dernières années, les éleveurs investissent peu et diminuent au maximum leurs coûts de main-d’œuvre. L’endettement et les frais d’intérêts sont en baisse, tout comme les dépenses d’amortissement.

La Financière agricole du Québec (FADQ) doit comprendre que le nouveau coût de production n’est pas représentatif d’entreprises en santé. Il reflète plutôt la réalité de fermes piégées dans un cercle vicieux qui les oblige à couper toujours davantage dans les dépenses et les investissements pour tenter de s’adapter et de survivre. Une application intégrale du nouveau coût de production met dangereusement à risque la deuxième plus importante production agricole du Québec et la première au chapitre des exportations.

C’est pourquoi les Éleveurs ont demandé au ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, d’annuler l’application du nouveau coût de production de l’ASRA. Il s’agit d’une mesure exceptionnelle, mais tout à fait justifiée dans les circonstances.

Rappelons que l’aide de 863 M$, annoncée l’an dernier par le gouvernement du Québec en réponse au conflit commercial, ne prévoit que 41 M$ pour tout le secteur agricole. Aucune mesure particulière n’était planifiée pour le secteur porcin. C’était également le cas des 2 G$ offerts en financement et prêts par le gouvernement canadien.

En parallèle, même si aucun cas n’a été rapporté au Canada, les ravages de la peste porcine africaine frappent de plein fouet la Chine, le plus important importateur mondial de porc. Les chiffres officiels parlent de plus d’un million de bêtes abattues, mais les experts estiment que ce nombre est nettement sous-évalué. De tels abattages massifs provoquent un surplus de viande sur le marché, ce qui fait baisser le prix du porc et exacerbe la situation actuelle.

Alors que les producteurs traversent l’une des pires périodes de leur histoire, les transformateurs et les abattoirs affichent des résultats exceptionnels. La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec a été saisie des difficultés que vivent les producteurs et l’on attend toujours sa décision à la suite des audiences sur le sujet. Un meilleur partage des revenus des marchés dans la filière est absolument nécessaire pour corriger le déséquilibre actuel.

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine va éventuellement se régler et les effets de la peste porcine africaine vont s’estomper. Entre-temps, les éleveurs ont besoin d’une intervention adaptée du gouvernement pour les aider à traverser cette crise, et il faut agir vite.

Le secteur porcin génère chaque année des retombées économiques de plus de 2,5 G$, dont bénéficient toutes les régions de la province. Au Québec, il emploie 26 500 personnes et environ 70 % de sa production est exportée dans plus de 80 pays. Grâce aux ententes internationales comme l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste et l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, les perspectives d’exportation sont très favorables. Nos éleveurs ont toutefois besoin d’un sérieux coup de pouce maintenant.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 20 au 26 mars 2019
Marcel Groleau, président général