Le Canada a entrepris il y a quelques mois des négociations commerciales avec les pays du Mercosur dans le but d’en arriver à une entente de libre-échange. Cette semaine, à l’occasion d’une réunion du conseil d’administration de la Fédération canadienne de l’agriculture, un membre de l’équipe canadienne de négociation nous a présenté l’évolution des pourparlers.

Le Mercosur est une communauté économique composée de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. Fort d’une population totale de 260 millions d’habitants et d’un PIB de plus de 3 000 G$, il est le quatrième bloc commercial au monde et représente plus des deux tiers de l’activité économique en Amérique du Sud. En 2017, la valeur des échanges commerciaux entre le Canada et le Mercosur a totalisé 8,9 G$.

Pour le gouvernement canadien, un accès accru à ce marché se traduirait notamment par des droits de douane réduits dans plusieurs secteurs industriels comme l’automobile, les produits chimiques, les matières plastiques, les produits pharmaceutiques et l’aluminium. À l’inverse, et comme en témoignent leurs négociations avec l’Union européenne, les pays du Mercosur misent largement sur des gains agroalimentaires. Ces négociations durent depuis 20 ans, car les Européens refusent d’ouvrir leur marché agricole.

Dans leurs discussions avec le gouvernement Trudeau, les négociateurs sud-américains auraient exprimé un intérêt spécifique pour les marchés canadiens de la volaille, des œufs, du lait et du bœuf. Soulignons que les pays du Mercosur, plus particulièrement le Brésil, sont des leaders mondiaux dans l’exportation de tels produits, car leurs coûts de production sont très bas. Une main-d’œuvre bon marché, des règles sanitaires et environnementales bien en deçà des nôtres ainsi qu’un climat hautement favorable leur confèrent un avantage indéniable. À titre d’exemple, au Brésil, sur les mêmes terres en une seule année, on peut faire une récolte de maïs et une autre de soya.

Pendant que tous se préoccupent du réchauffement climatique, le Brésil fauche la forêt amazonienne pour produire plus du soya et de bovins. Au Québec, dans plusieurs MRC, on doit demander un permis pour couper un seul arbre. Un moratoire sur les superficies en culture empêche aussi tout agrandissement de la zone agricole. Nos entreprises doivent également produire un plan agroenvironnemental de fertilisation et devront très bientôt, en plus d’un registre, obtenir une prescription pour utiliser certains pesticides.

Assez, c’est assez. Pour toutes ces raisons, il est inconcevable que le gouvernement canadien ouvre davantage son marché agricole aux pays du Mercosur. Importer de ces pays des produits laitiers, de la volaille et du bœuf serait carrément de la concurrence déloyale envers tous les producteurs canadiens qui, eux, doivent respecter les exigences des citoyens du pays.

En novembre dernier, des milliers d’agriculteurs, de représentants du secteur agroalimentaire, d’intervenants de la société civile et de consommateurs ont marché dans les rues de Montréal pour la protection de leur panier d’épicerie. Le message était clair : notre sécurité alimentaire et l’avenir de notre agriculture passent par le respect de celle-ci et des producteurs, la réciprocité des normes pour les produits importés et la consommation d’aliments d’ici.

Au lendemain de l’entente de principe convenue entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, nous avons rencontré le premier ministre Justin Trudeau. À cette occasion, il a pris l’engagement de ne plus rien céder dans le secteur laitier au cours des négociations à venir. Cette semaine, le message d’Agriculture et Agroalimentaire Canada était tout autre, soit que les enjeux sensibles, dont les produits sous gestion de l’offre, n’étaient pas discutés pour l’instant. On a déjà joué sur ce terrain-là. Je le répète, assez, c’est assez. Le gouvernement doit immédiatement clarifier sa position et à l’instar de l’Europe, ne rien céder de son marché agricole. Dans ce dossier, les producteurs de viandes et de céréales ainsi que le Mouvement pour la gestion de l’offre pourraient bien faire front commun.

Éditorial La Terre de chez nous
Édition du 17 au 23 avril 2019
Marcel Groleau, président général