Contrairement à d’autres secteurs, les entreprises agricoles bénéficient déjà de programmes de gestion des risques. Les risques inhérents à l’agriculture que sont les aléas météorologiques, les maladies dans les troupeaux et la volatilité des prix des marchés, sont trop grands pour n’être assumés que par les entreprises agricoles seules.

Le partage des risques avec l’État est nécessaire pour assurer la continuité de la production, ce qui favorise des prix plus bas pour l’alimentation. Le partage des risques en agriculture, entre l’État et les producteurs, est un des outils les plus importants pour la sécurité alimentaire du pays. On ne le dit pas assez souvent.

Les gouvernements sont donc devant un dilemme quant à la façon d’agir pour aider le secteur agricole, qui est lui aussi affecté par la pandémie. Les programmes, tels Agri-stabilité, Agri-investissement, Agri-relance et l’assurance récolte ainsi que leurs équivalents au Québec sont construits pour réagir aux aléas normalement rencontrés sur les fermes ou les marchés. Mais ce que nous vivons en ce moment n’a rien de normal.

Les programmes de gestion des risques tels que conçus ne sont pas adaptés pour répondre aux situations très variées que traversent les différents secteurs agricoles, soit à cause des délais avant qu’ils ne réagissent, soit à cause de la réactivité qui ne sera pas à la hauteur des dommages, soit parce que tous les producteurs d’un même secteur ne sont pas tous atteints de la même façon. Dans leur forme actuelle, plusieurs de ces programmes ne répondent pas aux enjeux courants et demandent à être améliorés. S’attendre à ce que ces programmes répondent adéquatement à la situation sans précédent que nous traversons est irréaliste. C’est pour cette raison que des interventions ciblées seront également nécessaires.

Les secteurs du veau de lait et du veau de grain, dont le marché principal est la restauration, se voient forcés de congeler des quantités importantes de viande en ce moment. Même situation pour le secteur des grands gibiers. Une aide pour soutenir les frais de congélation et de promotion de ces produits, pour favoriser leur écoulement vers le marché de la distribution, serait vraiment appropriée. Il faut trouver d’autres canaux pour distribuer le produit.

Le secteur aquacole voit le marché de l’ensemencement des lacs et pourvoiries remis en question à cause des mesures de confinement, qui limiteront les activités de pêche. Une situation inédite pour un secteur non couvert par les programmes fédéraux de gestion des risques. Une intervention ciblée serait aussi appropriée.

L’intervention ciblée des gouvernements fédéral et provincial pour aider les entreprises agricoles, principalement horticoles, à faire face au problème de main-d’œuvre est éloquente à ce chapitre. L’annonce de la semaine dernière d’un programme pour compenser les effets de la rareté de propane en pleine saison de récolte du maïs est un autre exemple intéressant.

Les problèmes rencontrés par les abattoirs durant la pandémie exigent aussi une intervention ciblée. L’effet est double : baisse des prix à la ferme et augmentation des frais causée par l’accumulation des animaux dans les élevages. Tous les producteurs ne sont pas touchés également, selon leur localisation au Québec et au Canada. Même phénomène pour les abattoirs : ces derniers n’ont pas tous été forcés de cesser leurs activités pour un temps, et le phénomène d’arrêt momentané de certains, ici et aux États-Unis, a entraîné une augmentation des revenus sur les marchés.

Je pourrais continuer la liste des effets de la COVID-19 sur les autres secteurs. Le fait est que les programmes de gestion des risques ne sont pas adaptés pour réagir à des situations extrêmes et que les situations particulières nécessitent des interventions ciblées. Le secteur agroalimentaire sera un fer-de-lance de la relance économique au lendemain de cette pandémie. À terme, je suis certain que des interventions ciblées sur des enjeux spécifiques seraient moins coûteuses pour tous et de loin préférables.