Le 22 septembre dernier, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a présenté la Stratégie nationale d’achat d’aliments québécois. Son objectif est d’augmenter la part d’aliments de chez nous achetés par le milieu institutionnel, c’est-à-dire les réseaux de la santé, de l’éducation, des services de garde, des services municipaux, des services correctionnels, des transports, des sociétés d’État et des ministères.

La valeur des ventes alimentaires du milieu institutionnel a été de 2,4 G$ en 2019. Il s’agit donc d’un marché important. Selon les données du ministère, 45 % des aliments achetés par les institutions publiques sont produits au Québec. Le ministre Lamontagne souhaite voir ce taux passer à 60 % d’ici cinq ans. Cela entraînerait des retombées additionnelles d’environ 180 M$ pour les entreprises agricoles et les transformateurs alimentaires du Québec ainsi que la création de 3 000 emplois directs et indirects.

La nouvelle Stratégie vise à ce que 85 % des établissements publics se soient donné une cible d’achat d’aliments québécois d’ici 2023 et 100 % d’ici 2025. Elle est garnie d’une série de mesures pour y arriver, incluant la création d’un répertoire des aliments québécois, d’un comité regroupant les principaux ministères responsables des différents réseaux publics et d’un service d’accompagnement, en collaboration avec l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. Il est important de préciser que les institutions établiront elles-mêmes leurs cibles.

Cet objectif du gouvernement actuel n’est pas nouveau. Plusieurs de ses prédécesseurs en ont parlé et tenté quelques expériences, mais sans jamais en arriver à l’élaboration d’une véritable politique d’achat québécois. Peut-être que le fruit est maintenant mûr. Le premier ministre du Québec, François Legault, martèle depuis le début de la crise sanitaire que l’achat local et l’autonomie alimentaire doivent devenir des priorités. M. Lamontagne a quant à lui indiqué que sa réflexion a débuté dès son entrée en fonction, alors que des médias étalaient au grand jour que des pommes américaines étaient servies aux patients dans plusieurs hôpitaux et centres d’hébergement du Québec.

J’accueille très positivement cette annonce, mais je crois que le ministre devra faire preuve de détermination s’il souhaite que les institutions revoient vraiment leur façon de sélectionner les aliments qu’elles achètent. Se donner jusqu’en 2025 pour qu’elles établissent elles-mêmes leurs cibles n’est pas très exigeant. On risque de voir plusieurs d’entre elles remettre à plus tard, ou à la dernière minute, cette obligation.

Un des enjeux majeurs pour les fournisseurs québécois est de répondre aux appels d’offre groupés. La gestion centralisée des réseaux scolaires, hospitaliers et correctionnels disqualifie de facto les petits et moyens fournisseurs. Cela devra nécessairement être corrigé. Par ailleurs, le budget de ces institutions devrait permettre d’augmenter la valeur des repas offerts à leur clientèle et, de ce fait, la qualité des produits achetés pour les préparer.

Au bout du compte, la nouvelle Stratégie est conséquente avec les grands objectifs de la Politique bioalimentaire québécoise et sera bien accueillie par le milieu agroalimentaire québécois. Le gouvernement risque toutefois de manquer la cible si d’autres mesures ne sont pas mises en place. Rien n’est plus difficile que de changer les habitudes. Pour que le réseau institutionnel adhère aux objectifs annoncés, la bonne volonté de tout un chacun ne suffira pas.