Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) prélève chaque année des échantillons dans les cours d’eau de diverses régions agricoles du Québec pour y vérifier la présence de pesticides. Il diffuse ensuite ces informations dans l’Atlas interactif de la qualité des eaux et des écosystèmes aquatiques, qui permet de connaître l’état des principales rivières.

Le mois dernier, des données pour les années 2018 et 2019 concernant 12 cours d’eau ont été diffusées. À la lumière de ces derniers résultats, il est clair que la situation s’améliore.

Lorsqu’un pesticide est détecté dans un cours d’eau, sa présence est comparée au critère de vie aquatique chronique (CVAC) correspondant, c’est-à-dire la concentration maximale d’un contaminant à laquelle les organismes aquatiques peuvent être exposés pendant toute leur vie sans être affectés. Quand la concentration d’un pesticide est supérieure au CVAC, on dit qu’il y a dépassement.

De façon générale, les nouvelles données révèlent une réduction importante de la fréquence des dépassements pour plusieurs des pesticides recensés, incluant les cours d’eau situés dans les bassins versants à dominance de maïs et de soya (rivières Chibouet, des Hurons, Saint-Régis et Saint-Zéphirin) et de cultures maraîchères (ruisseaux Gibeault-Delisle et Norton). Les résultats sont particulièrement éloquents pour l’atrazine, alors que des dépassements ont été constatés dans un seul des 12 cours d’eau testés en 2019 (seulement 3 % des échantillons).

Mentionnons aussi qu’aucune trace de chlorpyrifos (insecticide) n’a été détectée dans les deux cours d’eau du réseau maraîcher, ce qui constitue une avancée hautement significative puisque sa présence était considérée comme extrêmement problématique lors des campagnes d’échantillonnage précédentes. Des efforts sont toutefois requis au chapitre des néonicotinoïdes (24 à 55 % des échantillons ont dépassé le critère de vie aquatique chronique dans les bassins versants à dominance de maïs et de soya; 69 % à 94 % des échantillons dans ceux à dominance de cultures maraîchères), malgré une tendance à la baisse observée depuis 2016.

Ces résultats sont encourageants. Ils démontrent que le recours aux pesticides diminue et que les bonnes pratiques mises de l’avant par les producteurs donnent des résultats. Ce travail doit se poursuivre, plus particulièrement là où des dépassements sont encore constatés. Mais globalement, les nouvelles données confirment que les campagnes de sensibilisation et de formation destinées aux producteurs atteignent leur cible. La publication prochaine des nouveaux résultats de l’indicateur de la gestion intégrée des ennemis des cultures, dans le cadre de la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011-2021, confirmera qu’ils sont sur la bonne voie. La recherche pour offrir des alternatives aux pesticides ainsi que l’accès aux services-conseils non liés sont essentiels pour poursuivre ce travail.

Le durcissement de plusieurs règles environnementales sur l’utilisation des pesticides ces deux dernières années, plus particulièrement celle obligeant la prescription agronomique, est trop récent pour expliquer à lui seul les progrès accomplis. Les producteurs agricoles peuvent donc être fiers des résultats et du travail accompli ces dernières années en matière de protection de l’environnement, de gestion intégrée des ennemis des cultures et d’innovation des pratiques.

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec dévoilera dans quelques semaines son Plan d’agriculture durable. Les producteurs devront être au cœur de l’action de cette nouvelle stratégie environnementale. La protection des cultures contre les ravageurs, dans le contexte des changements climatiques et dans le respect de l’environnement et de la biodiversité, est très complexe. Les producteurs agricoles sont engagés dans cette voie et je les en félicite.