L’Union des producteurs agricoles, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, et le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ont profité du dernier conseil général de l’Union pour annoncer la création d’un comité permanent tripartite visant à « accélérer la transition vers une agriculture durable ».

Au Québec, la protection des terres agricoles est un dossier complexe qui intéresse de plus en plus les citoyens. Nos superficies en culture sont principalement situées de chaque côté du majestueux fleuve Saint-Laurent. Elles sont limitées au sud par la frontière américaine et au nord par la chaîne de montagnes des Laurentides. Deux plateaux très fertiles, l’Abitibi-Témiscamingue et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, sont situés au nord des Laurentides. Les terres agricoles en culture du Québec ne représentent que 5 % de celles du Canada. Cependant, le Québec génère 14 % des recettes monétaires agricoles au pays. L’élevage représente environ 55 % des revenus agricoles québécois et occupe donc une part importante des superficies.

Les terres agricoles sont sous pression. La grande majorité des 8,5 millions de Québécois habitent dans la zone cultivable. L’étalement urbain empiète un peu plus chaque année sur le territoire agricole, les projets d’infrastructure continuent de s’ajouter et parallèlement, on cherche à limiter l’agriculture dans les zones inondables et les milieux humides. En clair, bien qu’on parle d’augmenter notre autonomie alimentaire, on perd et continuera de perdre de plus en plus de territoires agricoles. Il faut que ça cesse.

Le mandat du comité sera de « reconnaître les pratiques qui visent à améliorer le bilan environnemental dans l’optique de maintenir ou d’accroître les superficies en culture au Québec. Il sera aussi question d’assurer une période de transition raisonnable et une souplesse bien mesurée dans l’application de la réglementation environnementale ». Le comité se penchera principalement sur l’actuel gel des superficies en culture dans les bassins versants visés par le Règlement sur les exploitations agricoles, sur la protection des rives et des littoraux, ainsi que sur celle des milieux humides et hydriques. D’autres sujets prioritaires pourront aussi être discutés au sein de ce comité.

Nous espérons que ce comité, dans lequel les ministres sont personnellement engagés, permettra de faire évoluer la réglementation en reconnaissant l’amélioration des pratiques agricoles et leur effet sur l’environnement, et en favorisant l’adoption de pratiques reconnues pour maintenir l’agriculture dans les milieux fragiles. Les pratiques agricoles et forestières ont beaucoup évolué au fil des années. Les risques identifiés à une certaine époque, qui ont motivé plusieurs décisions gouvernementales, ont été considérablement réduits. Mais sans reconnaissance véritable des gains réalisés et sans cadre formel pour en discuter, il est très difficile de remettre en question certaines normes désuètes ou nouvelles exigences parfois déraisonnables.

La reconnaissance et la rétribution des bonnes pratiques agroenvironnementales prévues dans le Plan d’agriculture durable sont un pas dans la bonne direction. La réglementation ne doit pas être statique. Elle doit tenir compte de tous les efforts que font les producteurs pour répondre aux attentes des citoyens et être régulièrement adaptée.

La création d’un comité permanent tripartite permettra, je l’espère, d’atteindre cet objectif. Accroître notre autonomie alimentaire et améliorer notre balance commerciale agroalimentaire sont des projets consensuels et stimulants, mais ils ne seront possibles que si nous maintenons et, idéalement, augmentons nos superficies en culture au Québec. Il en va aussi de notre sécurité alimentaire, d’autant plus que cela contribuera au développement économique durable du Québec et de ses régions.