Le parlement canadien étudie actuellement un projet de loi privé (C-205) visant à encadrer les intrusions sur les fermes, de façon à protéger la santé et la salubrité des sites d’élevage. Ce projet de loi a été déposé en février 2020 par le député conservateur John Barlow. Il s’agit pour l’UPA d’un projet de loi important et nécessaire, d’autant plus que nous attendons toujours que des mesures concrètes soient aussi prises par le gouvernement du Québec pour mieux protéger les sites d’élevage.

De plus en plus d’organisations antispécistes et véganes s’opposent à la consommation de viande et à la commercialisation de produits issus de l’élevage. Les actions de groupes plus radicaux, comme les intrusions sur les fermes, sont devenues une menace à la santé des animaux, à la sécurité des sites d’élevage et au statut de biosécurité des fermes d’élevage.

Citons entre autres l’intrusion et le sit‐in dans une ferme de production porcine de la région de Saint-Hyacinthe en décembre 2019 ou, plus récemment en avril dernier, l’intrusion dans une ferme laitière de l’Estrie au cours de laquelle deux activistes ont tenté de relâcher des animaux dans la nature. Nous pourrions allonger cette liste. Toutes les provinces ont vécu des situations similaires. En Europe, où ces mouvements sont nés, les producteurs reçoivent des menaces de mort, des boucheries ont été vandalisées et des sites ont été incendiés. Bien que ces cas extrêmes soient rares, ils démontrent quand même que nous devons mieux protéger les producteurs agricoles et leurs familles.

Le droit de manifester est légitime et essentiel dans toutes les démocraties dignes de ce nom. Mais être contre l’élevage ne doit pas toutefois permettre de mettre à risque la santé des troupeaux et la sécurité des familles agricole pour autant. Les contaminations qui surviennent dans un troupeau sont très souvent dues à la circulation des personnes qui vont et viennent dans les entreprises. C’est la raison pour laquelle les règles d’accès aux entreprises agricoles sont de plus en plus contrôlées et sévères. Un niveau élevé de biosécurité diminue l’usage des antibiotiques ainsi que le taux de mortalité dans le cheptel.

Les animaux sont aussi très sensibles aux perturbations qui surviennent dans leur environnement. L’arrivée d’un groupe de personnes inconnues dans un lieu d’élevage, qu’il soit bovin, porcin, avicole, ovin ou autre, peut entraîner de la mortalité et des blessures, car les animaux risquent de réagir brusquement, de glisser ou de s’entasser et suffoquer. Le stress vécu par le troupeau entraînera une diminution de sa résistance naturelle à certaines maladies. Les éleveurs victimes de ces visites impromptues ont tous été témoins de telles conséquences.

Le projet de loi prévoit une hausse importante des amendes imposées aux contrevenants. C’est un élément important pour dissuader ces gestes inacceptables. Lors de notre participation aux consultations du comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire, nous avons insisté sur la nécessité d’enlever toute forme de nuance dans le libellé pouvant porter à interprétation. Il en va de la protection des lieux d’élevage et aussi, voire surtout, de la quiétude des éleveurs et de leurs familles.

La grande majorité des secteurs canadiens d’élevage a adopté des codes de bonnes pratiques conçus en collaboration avec le Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage et avec l’aide des autorités et des organisations en matière de bien-être animal. Le respect de l’animal, son confort et un environnement lui permettant d’exprimer ses comportements naturels sont maintenant la règle dans les nouvelles constructions d’élevage au Québec et au Canada. Le droit de manifester est primordial, mais il doit s’exercer sans mettre en danger la santé des troupeaux et des familles agricoles.