La crise sanitaire occupe une place prépondérante dans la sphère publique depuis deux ans. Mais en raison de la réalité terrain et d’un phénomène qualifié de « lendemain de veille » et de « 50 nuances de pu capable » par la firme Influence Communication (les gens en ont soupé d’entendre parler de la crise), les autres sujets reprennent leurs droits, lentement mais sûrement. L’inflation fait partie de ces sujets dont on parle de plus en plus.

Selon StatCan, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 4,7 % au pays entre novembre 2020 et novembre 2021. Cette croissance est majeure (elle était de 0,7 % en 2020 et de 1,9 % en 2019) et se répercute sur l’ensemble des biens de consommation, incluant le panier d’épicerie (+4,4 %). Les partis d’opposition, tant à Ottawa qu’à Québec, interpellent régulièrement les gouvernements provincial et fédéral sur le sujet. Les médias relatent amplement ces échanges périodiques, ce qui inquiète un grand nombre de consommateurs. L’augmentation du prix du lait à la ferme, même s’il est entièrement légitime, est le plus récent exemple.

Il faut toutefois relativiser cette croissance annuelle de l’IPC. Comme l’indique StatCan, l’augmentation des prix de l’essence (+43,6 % en un an) et des meubles (+8,7 %) a un effet significatif sur les données globales. Le Canada s’en tire aussi beaucoup mieux que ses voisins du sud. Aux États-Unis, l’inflation annuelle est à son plus haut depuis près de quarante ans (+ 7 %). L’opposition républicaine, qui reproche au président Joe Biden une politique inflationniste et des dépenses trop élevées, parle même de « Bidenflation ».

Il faut aussi relativiser au chapitre du panier d’épicerie. Selon la croissance mensuelle moyenne (septembre 2020 à septembre 2021, octobre 2020 à octobre 2021, novembre 2020 à novembre 2021, etc.), le prix des aliments a augmenté légèrement plus (+ 5 %) que l’inflation (+4,5 %) ces deux dernières années. Mais cette augmentation est nettement inférieure pour 2021 (+2,3 % vs +3,7 %). Par ailleurs, le prix du lait a connu une hausse largement inférieure à l’inflation depuis le début de la pandémie. Celui des légumes frais a quant à lui baissé de 4,0 % entre 2019 et 2021, et de 5,8 % dans la dernière année.

Globalement, la tendance à la hausse du prix des aliments est comparable à celle aux États-Unis depuis le début de la pandémie, mais la hausse réelle du prix des aliments est inférieure au Canada. À cet égard, le président américain a pointé du doigt la concentration dans le secteur des viandes et souhaite légiférer pour rectifier la situation. Il faut toutefois regarder du côté de la reprise économique, plus rapide au sud de la frontière qu’au Canada. Les mesures de confinement sont beaucoup moins importantes aux États-Unis. La vigueur économique est donc plus robuste que chez nous. Cela provoque notamment une pression supérieure sur la chaîne d’approvisionnement à tous les niveaux, avec la tendance inflationniste que cela suppose. Les taux d’intérêt sont aussi à considérer.

Finalement, l’augmentation du prix du panier d’épicerie au Canada continue de se comparer avantageusement à celle des États-Unis. Les difficultés dans la chaîne d’approvisionnement et au chapitre de la main-d’œuvre finiront par s’amoindrir et nous renouerons, éventuellement, avec une certaine normalité. La situation n’est pas rose pour les consommateurs en ce qui concerne le panier d’épicerie. Les producteurs font quant à eux face à une augmentation importante des coûts de production, à laquelle il faut ajouter les coûts associés aux attentes sociétales et aux règles sanitaires. Mais il reste que l’augmentation du prix des aliments n’est pas démesurément plus élevée que celle des autres biens de consommation. Il n’est donc pas question de surchauffe, loin de là.