Production biologique de pommes au Québec
Portrait du secteur
La production pomicole en régie biologique connaît une croissance sur le plan du nombre de producteurs et productrices. Entre 2008 et 2026, ce nombre est passé de 24 à 60. En considérant les 422 entreprises pomicoles recensées en 2025, les entreprises biologiques représentent environ 14,2 % du secteur. Près de la moitié d’entre elles se situent en Montérégie et en Estrie. En 2023, la superficie en production pomicole biologique atteignait 295,88 hectares.
Ventes en croissance
Les ventes de pommes biologiques dans les bannières du Québec ont également progressé. Elles représentaient 1,31 % du volume de vente et 2,5 % de la valeur pécuniaire en 2017, comparativement à 2,73 % en volume et 3,9 % en valeur en 2025, ce qui témoigne d’un intérêt croissant pour ces produits.
La commercialisation des pommes biologiques à l’état frais produites au Québec s’inscrit dans le cadre du Règlement sur la mise en marché des pommes du QuébecThis link will open in a new window. Concrètement, les producteurs doivent vendre leurs pommes à un agent autorisé This link will open in a new window par Les Producteurs de pommes du Québec (PPQ), ou directement aux consommateurs. Plusieurs entreprises contribuent à cette mise en marché, notamment VERGER MAÏA INC., DOMAINES ROKA INC., FERMES POMMIX SENC et VERGER JOANNETTE BIO, en plus d’autres intervenants dans le secteur de la transformation.
Bien que les volumes demeurent plus limités que dans le marché conventionnel, la présence des pommes biologiques en épicerie est en croissance. Toutefois, l’approvisionnement régulier des grandes chaînes demeure un défi. La variabilité des volumes et des caractéristiques des fruits complique la constance attendue par les détaillants. À cela s’ajoute une forte concurrence des pommes biologiques importées, notamment en provenance des États-Unis, qui sont souvent offertes à des prix plus compétitifs et en volumes plus importants, ce qui exerce une pression sur les marges des producteurs québécois.
Ainsi, malgré une demande en croissance, le développement du marché demeure contraint par des enjeux de compétitivité, de constance de l’offre et de positionnement. Une meilleure uniformisation de la qualité et de la présentation des produits, combinée à une mise en valeur accrue de leur origine québécoise, permettrait de renforcer leur présence en épicerie et leur reconnaissance auprès des consommateurs.
Activités diversifiées
Les entreprises pomicoles biologiques se distinguent généralement par une grande diversification de leurs activités. Elles ne produisent pas uniquement des pommes et privilégient souvent les circuits courts, comme les kiosques à la ferme, l’autocueillette et les marchés publics, qui permettent de valoriser la production et de maintenir un lien direct avec les consommateurs.
Gestion complexe des maladies et ravageurs
Tout comme en production conventionnelle, les maladies et les ravageurs représentent un enjeu important en pomiculture biologique. Toutefois, leur gestion est plus complexe, notamment en raison du nombre limité de produits disponibles et des contraintes liées à leur efficacité et à leur moment d’application. Dans certains cas, la pression des ravageurs peut entraîner des dommages importants, ce qui accentue les risques économiques pour les entreprises.
Dans ce contexte, la gestion phytosanitaire repose sur une approche intégrée combinant dépistage, prévention et interventions ciblées à l’aide de produits autorisés en régie biologique. Cette approche exige une grande rigueur technique et une planification serrée des interventions. Le Réseau d’avertissements phytosanitaires This link will open in a new window (RAP) rappelle également que les produits phytosanitaires utilisés en production biologique doivent être homologués pour la culture et le problème ciblés, en plus d’être approuvés annuellement par l’organisme de certification biologique avant leur utilisation.
Les stratégies de phytoprotection en pomiculture biologique reposent sur des substances et des produits permis par les normes biologiques canadiennes, comme le soufre, les bicarbonates, certains produits à base de cuivre, les produits microbiens, la kaolinite, le spinosad et les phéromones. Toutefois, la conformité d’un produit doit être vérifiée selon son usage précis, son homologation pour la culture et le problème ciblé, ainsi qu’auprès de l’organisme de certification biologique.
Tableau 1 : Solutions biologiques pour les principaux problèmes
| Problèmes | Solutions biologiques |
|---|---|
| Tavelure du pommier | Soufre, bicarbonate de potassium, produits à base de cuivre |
| Feu bactérien | Produits microbiens (par exemple, Blossom Protect, Serenade et Double Nickel), produits à base de cuivre |
| Blanc du pommier | Produits microbiens, huiles de pulvérisation, savons insecticides, soufre, bicarbonates |
| Mouche de la pomme | Produits à base de spinosad (par exemple, GF-120), produits à base de kaolinite (par exemple, Surround WP) |
| Carpocapse de la pomme | Produits microbiens (par exemple, CYD-X, Madex HP et Virosoft CP4), phéromones et autres substances sémiochimiques utilisées en confusion sexuelle, produits à base de spinosad (par exemple, Entrust et Double Down) |
| Charançon de la prune | Produits à base de kaolinite (par exemple, Surround WP) |
Fertilisation
En ce qui concerne la fertilisation de base, la production pomicole biologique repose sur des sources de nutrition des cultures et des amendements de sol autorisés en régie biologique, plutôt que sur des fertilisants de synthèse. Le fumier de poulet, généralement séché et granulé, demeure un engrais couramment utilisé lorsque le produit est conforme aux exigences applicables.
Des applications foliaires de calcium et d’oligo-éléments peuvent aussi être réalisées lorsque les produits sont acceptés en régie biologique. Les engrais verts, comme les légumineuses fixatrices d’azote, peuvent également être semés comme couvre-sol. Ils contribuent à l’apport en nutriments, à l’augmentation de la matière organique et au maintien de la santé des sols en production pomicole biologique.
Pour plus de détails, se référer aux documents des Normes canadiennes sur la culture biologique This link will open in a new window.
Enjeux en production biologique de pommes
Au-delà de la liste des substances permises, certaines préoccupations demeurent en lien avec l’homologation, la disponibilité des produits, l’étiquetage et les conditions d’application en production biologique.
Accès à certains produits homologués
Par exemple, des problèmes de disponibilité peuvent limiter l’accès à certains produits utilisés contre le feu bactérien, comme Blossom Protect. Dans certaines situations, cela peut mener à des demandes de dérogation d’urgence, notamment pour l’utilisation de la streptomycine en production biologique.
Bien que son application ait été permise au Québec par une dérogation d’urgence, elle entraînait automatiquement la perte de la certification CanadaGAP, malgré son autorisation exceptionnelle en contexte biologique. Cette situation illustre les contradictions possibles entre les différentes exigences réglementaires, les certifications privées et les besoins réels des producteurs en situation d’urgence phytosanitaire.
Nouvelles réglementations et problèmes d’étiquetage
Des problèmes d’étiquetage peuvent également compliquer l’utilisation de certaines stratégies déjà connues et utilisées par les producteurs, comme les mélanges de cuivre et de soufre. Même si ces pratiques ont été utilisées depuis longtemps dans la production conventionnelle et biologique, leur application doit respecter les indications prévues sur les étiquettes des produits, les exigences d’homologation et les normes biologiques en vigueur. Selon l’expérience terrain du secteur, ces mélanges se sont montrés efficaces, à moindre risque et sécuritaires lorsqu’ils sont utilisés selon les bonnes pratiques d’application. Toutefois, une nouvelle réglementation rend maintenant leur usage combiné interdit, ce qui oblige les producteurs à réaliser deux applications distinctes. Cette situation entraîne des coûts supplémentaires et augmente le temps de travail nécessaire en verger.
Ainsi, les défis en phytoprotection biologique ne concernent pas uniquement les substances permises, mais aussi leur disponibilité réelle, leur homologation pour la culture et le problème ciblé, les conditions d’étiquetage, les modalités d’application ainsi que l’évolution des normes applicables.
Difficulté à évaluer la rentabilité
D’autres préoccupations concernent le manque de connaissances sur les coûts de production en vergers à haute densité sous régie biologique. Bien que les données soient plus facilement disponibles en production conventionnelle, il existe encore peu de références économiques adaptées au secteur biologique. Ce manque d’information complique l’évaluation de la rentabilité, la planification des investissements et l’accompagnement des producteurs qui souhaitent implanter ou convertir des vergers à haute densité en régie biologique.
Absence d’assurance adaptée
À cela s’ajoute l’absence d’une assurance récolte réellement adaptée aux réalités de la production biologique. Dans certains cas, les producteurs et productrices peuvent avoir avantage à diriger les pommes vers la transformation plutôt qu’à faire une réclamation à l’assurance récolte. Cette situation met en évidence le besoin d’outils économiques et de mécanismes de gestion des risques mieux adaptés aux particularités du secteur biologique.
Organisations et références
- Les Producteurs de pommes du Québec This link will open in a new window offrent un soutien aux producteurs et productrices pour la mise en marché, la valorisation des produits, le développement du secteur et la recherche. Ils fournissent également de l’information sur les prix des ventes de pommes conventionnelles et biologiques.
- La Table filière pomicole du Québec This link will open in a new window est l’organisme de concertation du secteur pomicole québécois. Elle regroupe les différents intervenants (distributeurs et distributrices, producteurs et productrices, ministères, etc.) dont les activités contribuent au développement de ce secteur. Cet organisme facilite l’intégration des produits biologiques au sein du secteur pomicole. Dans le cadre de sa nouvelle planification stratégique, la Table filière va appuyer le développement de la production pomicole biologique.
- Le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+) This link will open in a new window possède un verger expérimental consacré à la pomiculture biologique situé à Victoriaville.
- L’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement This link will open in a new window (IRDA) réalise des projets de recherche en pomiculture biologique dans un verger situé à Saint-Bruno-de-Montarville.
- Certains clubs-conseils détiennent une expertise en production pomicole biologique. Contactez ces organismes afin de trouver un conseiller ou une conseillère dans votre région :
- Le cégep de Victoriaville offre le programme Gestion et technologies d’entreprise agricole avec une spécialisation en production fruitière biologique This link will open in a new window.
Portail Bio Québec. (2026). Portail Bio Québec. Consulté le 5 mai 2026.
https://www.portailbioquebec.info/ This link will open in a new window
Témoignages
- Le parcours à obstacles de la pomme bioThis link will open in a new window, La Terre de chez nous, 2025
- Balado La Grande Gourmandise, Verger bio 3 pommes This link will open in a new window – Balado Québec, 2025
- On teste la cueillette de pommesThis link will open in a new window, Maudit Français, Verger Labonté, 2024
- Fruit de l’automne : c’est le temps de la pomme bio du Québec!This link will open in a new window, Québec Bio, 2021
Biopresse, thématique pomiculture biologiqueThis link will open in a new window, CETAB+ et ABiodoc, 2013