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Un projet majeur qui soulève des inquiétudes

En 2025, le gouvernement du Canada a confirmé le développement d’un train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto, porté par la société d’État Alto1 en partenariat public-privé avec le Consortium Cadence2.

C’est quoi, le projet Alto?

Alto, c’est un projet de réseau de TGV reliant les principales villes du corridor Québec–Montréal–Ottawa–Toronto. Sept gares desserviraient cette ligne, soit à Québec, Trois-Rivières, Laval, Montréal, Ottawa, Peterborough et Toronto. 

À lui seul, le tronçon Montréal-Ottawa (200 kilomètres) du projet traverserait environ 1 700 propriétés, dont au moins 500 terres agricoles, selon Alto.

Annoncé comme un projet de mobilité durable visant à réduire l’usage de l’auto et de l’avion, et à améliorer la connectivité économique du corridor, le projet impliquerait une infrastructure ferroviaire entièrement nouvelle de 1 000 km, électrifiée et réservée aux passagers. 

Vitesse prévue

La vitesse prévue pourrait atteindre jusqu’à 300-320 km/h, permettant de réduire les temps de trajets interurbains. Une telle vitesse nécessiterait l’installation d’une haute clôture de part et d’autre de l’emprise, rendant impossibles les passages à niveau. Seuls les franchissements routiers par le biais de viaducs passant au-dessus, ou de tunnels passant sous l’emprise permettraient aux producteurs et aux résidents des municipalités coupées par le tracé d’accéder aux terrains. 

Trajet rectiligne

Une aussi grande vitesse limite le rayon de courbure de la voie ferrée, qui doit être de grande amplitude. Le tracé devra être en ligne droite sur de longues portions pour permettre d’atteindre la vitesse maximale. 

Alimentation électrique

Un important bloc d’énergie électrique devra être réservé à la ligne de transport. Alto indique que huit sous-stations électriques de 50 MW chacune devront être construites pour en assurer l’alimentation. Ces sous-stations devront être alimentées par des lignes de transport d’énergie provenant de postes électriques.

Territoire visé

Un corridor de 10 km de largeur est étudié pour déterminer une emprise de 60 mètres qui comprendra les voies, les clôtures et les chemins longeant les clôtures. 

Coûts estimés

Des coûts de 60 à 90 milliards de dollars canadiens ont été annoncés en décembre 2025.

Alto présente des enjeux majeurs pour les milieux agricole et forestier

Les enjeux doivent être évalués non seulement à l’échelle des entreprises directement touchées, mais également dans une perspective plus large de protection et d’aménagement de la zone agricole : 

  • perte permanente de superficies agricoles productives ou potentielles situées dans des zones de grande qualité agronomique;
  • morcellement et fragmentation des exploitations agricoles et forestières, nuisant à l’efficacité des opérations, augmentant les dépenses d’exploitation à perpétuité;
  • perte d’accès direct à certaines parcelles agricoles, obligeant les producteurs à effectuer des détours importants avec la machinerie, voire à céder une portion de leur entreprise;
  • conséquences sur l’écoulement des eaux de surface et sur les systèmes de drainage agricole, essentiels à la productivité des terres;
  • répercutions directes sur les érablières et les boisés privés, notamment la perte de superficies productives;
  • fragmentation des peuplements forestiers, nuisant à la planification sylvicole et acéricole;
  • contraintes accrues à la circulation de la machinerie forestière et à l’entretien des chemins d’accès; 
  • risque d’utilisation non autorisée des chemins d’accès en bordure d’emprise;
  • effets cumulatifs sur la vitalité économique et sociale des communautés rurales.

Pourquoi toute la population est-elle concernée par le projet Alto?

Car une fois le territoire altéré, aucun retour en arrière n’est possible.

La protection du territoire agricole et forestier n’est pas qu’une affaire de producteurs. Elle concerne chaque citoyen.

Ces terres nourrissent le Québec, font vivre les régions et maintiennent des communautés rurales dynamiques. Lorsqu’elles sont fragmentées ou soustraites à la production, c’est une perte définitive pour les générations à venir.

Au-delà des superficies touchées, ce sont des entreprises, des familles, des emplois et des milieux de vie entiers qui risquent d’en subir les conséquences.

Les choix faits aujourd’hui marqueront durablement le territoire, fragiliseront notre autonomie alimentaire et pèseront sur l’avenir de nos régions.

Avant de transformer nos milieux de vie, il faut mesurer avec lucidité les impacts réels sur les familles, les entreprises et les générations qui devront en assumer les répercutions pendant des décennies.

Alto : réactions et représentations de l’UPA

Point de presse de l’UPA, de ses fédérations régionales et spécialisées concernées et de partenaires, 8 juin 2026

Le mécontentement des milieux agricole et forestier quant au projet de TGV entre Québec et Toronto continue d’alimenter les discussions. D’autant plus que les analyses qui ont mené au choix d’un TGV (comparativement à d’autres options) n’ont jamais été dévoilées.

Les répercussions permanentes du projet chez plusieurs milliers de propriétaires fonciers, combinées aux incertitudes entourant sa pertinence, ses coûts et ses gains véritables en matière de mobilité, commandent davantage de rigueur et de transparence. Plusieurs universitaires remettent d’ailleurs en question les gains réels associés au TGV Québec-Toronto, alimentant le débat public quant à sa légitimité.

Dans ce contexte, l’UPA, ses fédérations régionales et spécialisées concernées, de même que la Fédération canadienne de l’agriculture et la Fédération de l'agriculture de l'Ontario accompagnées de deux professeurs émérites spécialisés en transport, ont présenté l’ensemble de ces enjeux à l’occasion d’un point de presse le lundi 8 juin à la Ferme Michel Désy & Fils de Berthierville.

Lire le communiqué This link will open in a new window

Résolution réclamant la suspension du projet

Le 25 février 2026, une résolution de l’UPA et de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario (OFA) réclamant la suspension immédiate du projet de TGV est adoptée par la Fédération canadienne de l’agriculture lors de son AGA.

« Les projets dits “d’intérêt national” ne doivent pas compromettre le dynamisme des communautés rurales, la pérennité des entreprises et des terres agricoles, le potentiel acéricole et forestier ainsi que la sécurité alimentaire de la population qui devrait être la véritable priorité. L’aéroport de Mirabel est un exemple à ne pas suivre. Prenons le temps de bien mesurer la pertinence et les impacts du projet de train à grande vitesse, et de consulter en bonne et due forme la population, avant d'aller de l'avant», a déclaré le président général de l’UPA, Martin Caron.

L’OFA et l’UPA présentent les demandes suivantes aux gouvernements provincial et fédéral ainsi qu’à Alto :

  • Éviter le passage du tracé du projet de train à grande vitesse dans les zones agricoles de grande qualité;
  • Prévenir le morcellement des exploitations agricoles et maintenir l’intégrité des champs et des opérations agricoles;
  • Protéger les systèmes de drainage agricole;
  • Répondre aux préoccupations des producteurs concernant les impacts des travaux de construction et les coûts récurrents, notamment l’installation de clôtures ainsi que la construction, la mise à niveau et l’entretien à long terme de passages agricoles sécuritaires pour la machinerie et le bétail;
  • Veiller à ce que les études d’impact sur l’agriculture soient indépendantes, rigoureuses et rendues publiques.

Lire le communiqué This link will open in a new window

Réaction du directeur général de l’UPA dans les médias sociaux face à la publicité d’Alto

« Les communications entourant le projet de TGV Alto sont indéniablement efficaces : elles présentent une vision bien séduisante du projet. Mais derrière cette mise en scène convaincante, des nuances essentielles s'imposent. 

Le projet de TGV soulève de sérieuses préoccupations quant à sa transparence et à son véritable coût pour la population. 

Selon plusieurs analyses relayées dans l'espace public, cette initiative pourrait représenter une facture dépassant les 100 G$ pour les Canadiens,

 

 

un engagement financier colossal qui pèserait sur plusieurs générations. 

Il est légitime de se demander quels intérêts se trouvent derrière un projet d'une telle ampleur, surtout lorsque des options alternatives existent. Des experts affirment qu'il serait possible d'utiliser les mêmes emprises ferroviaires pour développer un système répondant aux mêmes objectifs tout en coûtant jusqu'à trois fois moins cher : mobilité rapide, réduction des émissions, modernisation du transport. 

Dans un contexte où chaque dollar public compte, il est essentiel d'exiger une transparence totale, une évaluation rigoureuse des scénarios et un débat public éclairé. 

La population mérite de comprendre pourquoi l'option la plus coûteuse semble privilégiée alors que des solutions plus abordables et tout aussi efficaces sont disponibles. »

– Charles-Félix Ross, directeur général de l’UPA, 30 avril 2026

Campagne d’affichage – Pas de TGV dans nos champs

Des pancartes sont distribuées gratuitement aux producteurs des régions concernées qui souhaitent afficher leur opposition à la réalisation du projet Alto en zone agricole.

Des productrices et producteurs mobilisés en région

Dans Lanaudière et en Outaouais-Laurentides, des activités de mobilisation se sont tenues durant le mois de février 2026. 


Le 24 février 2026, des centaines de productrices et producteurs agricoles de l’Outaouais-Laurentides This link will open in a new window et de Lanaudière, leurs familles et des citoyens ont manifesté en marge de la dernière consultation publique d’Alto à Mirabel. Les producteurs craignent que le projet de loi C-15 et le TGV entraînent des expropriations et des fragmentations de terres, ce qui provoquerait des pertes irréversibles pour leur milieu.

Lire le communiqué This link will open in a new window   Lire le mémoire déposé à Alto  (175 KB)

Points de presse en marge des portes ouvertes d’Alto

Le 19 février à Berthierville, la Fédération de l’UPA de Lanaudière tenait une conférence de presse afin d’exposer clairement les enjeux majeurs qui menacent notre territoire agricole.

Un point de presse avait également eu lieu le 3 février avec le Syndicat de l'UPA L’Assomption–Les Moulins et la Fédération de l'UPA de Lanaudière, où trois porte‑parole – Marcel Papin, Simon Duval et Guillaume Alary – ont dénoncé les impacts majeurs qu’aurait le corridor proposé sur certaines des terres les plus fertiles du Québec.

Communiqué de la Fédération de l’UPA Mauricie

TGV : L’UPA Mauricie s'oppose à toute implantation en zone agricole

L’UPA Mauricie n’est pas opposée au développement d’un train à grande vitesse, mais refuse que sa mise en œuvre se fasse au détriment du territoire agricole et entraîne une perte de superficies productives. Le territoire agricole constitue un levier stratégique pour la sécurité alimentaire, l’économie régionale et l’occupation dynamique du territoire. Sa protection doit demeurer une priorité.

Lire le communiqué This link will open in a new window

Communiqué de la Fédération de l'UPA de la Capitale-Nationale–Côte-Nord

Projet de TGV ALTO : une initiative coûteuse, opaque et préoccupante pour les terres agricoles

La Fédération estime que le projet Alto ne peut être analysé uniquement sous l’angle des bénéfices de mobilité. Il doit également être évalué à la lumière de ses impacts territoriaux irréversibles et de la disponibilité d’alternatives de transport collectif potentiellement moins coûteuses et moins dommageables pour le milieu agricole. « Avant d’engager des dizaines de milliards de dollars, il faut se poser la question simple : est-ce réellement la meilleure option pour le territoire, ou simplement la plus ambitieuse sur papier? » clame Yves Laurencelle.

Lire le communiqué This link will open in a new window

Projet Alto : qu’en pensent les experts?

Un rapport d’experts des HEC de Montréal, de l’Université Laval et de l’Université de Waterloo, MM. Jacques Roy, Jean Mercier et Pierre Filion, présente les enjeux du projet et des recommandations. On y voit notamment les questions environnementales et celles liées au transport des marchandises, le degré d’importance de la vitesse, les risques associés, la question de la rentabilité et de qui paiera pour les travaux, en plus d’y mettre en perspectives les arguments qui penchent en faveur du TGV.

Télécharger le rapport  (650 KB)

 

Revue de presse

Des drones d’Alto survoleront l’est ontarien, les Laurentides et la Montérégie This link will open in a new window
Radio-Canada | 28 mai 2026

TGV : personne ne souhaite un autre Mirabel This link will open in a new window
Éditorial de Martin Caron, UPA | 13 mai 2026

1 700 propriétés touchées par la construction du TGV entre Montréal et Ottawa  This link will open in a new window Radio-Canada | 5 mai 2026

L’UPA de la Capitale-Nationale–Côte-Nord demande de revoir le projet de TGV Alto This link will open in a new window Journal de Montréal | 4 mai 2026

Études pour le futur TGV : des propriétaires québécois refusent 1500$ pour l’accès à leur terrain This link will open in a new window Journal de Montréal | 30 avril 2026

Comment fonctionnera l’expropriation le long du tracé du TGV? This link will open in a new window 
Radio-Canada | 28 avril 2026

TGV et agriculture : la compensation financière ne suffit pas pour l’UPA This link will open in a new window
Entrevue de Martin Caron, président général de l’UPA, 98,5 FM | 21 avril 2026

TGV Alto : Blanchet accuse le gouvernement Carney d'agir de manière « autoritaire » This link will open in a new window Journal de Montréal | 1er avril 2026

Train à grande vitesse : Pierre Poilievre demande au gouvernement d’annuler le projet This link will open in a new window La Presse canadienne | 31 mars 2026

Le TGV inquiète l'UPA Outaouais-Laurentides This link will open in a new window
Cogeco Media | 3 février 2026

Mirabel : expropriés pour l’aéroport, ils craignent de revivre le même cauchemar pour le TGV This link will open in a new window
Journal de Montréal | 3 février 2026

Projet de TGV : une première ébauche de corridor proposée This link will open in a new window
Radio-Canada | 14 janvier 2026


1. Alto – Fondée en 2022, la société d’État avait pour nom VIA HFR – VIA TGF (pour train grande fréquence). Elle est ensuite devenue Alto, avec pour rôle principal de diriger et gérer le projet de réseau à grande vitesse.  

2. Cadence – Partenaire privé et groupe international chargé de développer le réseau et composé de : 

  • CPDQ Infra
  • AtkinsRéalis
  • SYSTRA Canada
  • Keolis Canada
  • SNCF Voyageurs
  • Air Canada