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ÉDITORIAL | La guerre tarifaire la plus stupide de l’histoire

Published on 11 September 2026 - By Martin Caron, président général de l’UPA (2021-...)

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Les contre-tarifs canadiens de 15 %, de 25 % et de 50 % sur près de 28 G$ de produits américains sont entrés en vigueur le 8 septembre. Cette riposte « dollar pour dollar » fait suite aux droits de douane de 50 % imposés par Washington quelques semaines auparavant.

Dans les 24 heures suivant l’entrée en vigueur des contre-tarifs, le président américain a bloqué l’importation de certains produits laitiers (comme le lactosérum), de boissons alcoolisées emballées (dont les cidres) et de motos du Canada (à partir du 29 septembre), tout en élargissant les marchandises faisant l’objet de droits de douane, en l’occurrence certains fromages (à partir du 15 septembre). Il a aussi annoncé qu’il souhaitait écarter les produits canadiens des achats des agences fédérales.

Cet échange de tarifs, de contre-tarifs et d’interdictions s’ajoute aux droits de douane américains de 10 % à 12,5 % ciblant une soixantaine de pays (dont le Canada) depuis la mi-juillet, en remplacement de ceux invalidés par la Cour suprême des États-Unis en février. Les produits conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique échappent toutefois à cette salve tarifaire spécifique. 

L’impact macroéconomique de ce conflit commercial, tous secteurs économiques confondus, cause un préjudice important aux entreprises des deux côtés de la frontière. Il entraîne une hausse généralisée des coûts, ralentit la croissance économique et fragilise l’emploi dans les deux pays, touchant particulièrement des régions manufacturières, comme le Québec et l’Ontario.

Nos entreprises agricoles, même si la très grande majorité n’est pas directement frappée, comme certains autres secteurs (acier, aluminium, vêtements et textiles, mobilier, etc.), ne sont pas à l’abri de cet impact macroéconomique. Elles évoluent dans le même environnement que toutes les autres entreprises, et subissent donc les mêmes préjudices : hausses de coûts chez certains fournisseurs, surcharges sur divers équipements, ajustements dans les chaînes d’approvisionnement, etc.

Certaines entreprises sont plus exposées que d’autres. Je pense notamment aux tarifs américains sur les produits apicoles. Je fais aussi référence aux contre-tarifs canadiens sur divers emballages (boîtes, caisses en carton, sacs), outils (tronçonneuses, vis, boulons) et machineries (faucheuses, charrettes, pièces). Divers produits laitiers sont quant à eux visés par un embargo, des tarifs ou des contre-tarifs, selon le cas. Les Producteurs laitiers du Canada ont d’ailleurs indiqué que la situation était « profondément préoccupante ».

Des programmes d’aide ont été annoncés par les deux paliers de gouvernement. Le cadre canadien de remise des droits de douane, qui permet aux entreprises canadiennes de demander un allègement ou un remboursement des contre-mesures tarifaires appliquées sur certains biens admissibles importés des États-Unis (exemple : emballages), reste également en place. Mais de tels programmes comblent rarement l’ensemble des besoins. Il nous faudra suivre attentivement la situation, surtout si elle s’étire dans le temps.

Cette guerre tarifaire est la plus stupide de l’histoire, comme l’a rappelé récemment le Wall Street Journal. Cela dit, nos relations commerciales avec les États-Unis ne seront plus jamais les mêmes, même après le départ de Trump. Il faut s’y préparer collectivement en privilégiant l’achat local et en investissant dans l’agriculture et la foresterie, deux actifs hautement stratégiques pour la société.