Passer au menu Passer au contenu

Vous êtes sur le Site provincial, mais nous vous avons localisé dans la région : ###detected_region###

3 questions en 3 minutes

Avec Véronique Guizier, présidente des Agricultrices du Québec

Dans le cadre de l’Année internationale des agricultrices proclamée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), nous sommes allés à la rencontre d’une administratrice de l’UPA pour discuter de cette année thématique. Découvrez l’entrevue ci-dessous.

Quels sont les principaux enjeux auxquels les agricultrices sont confrontées actuellement?

« Le travail invisible! Une grande partie de ce travail est peu rémunérée, voire non rémunérée, qu'il s'agisse de tâches liées à l'entreprise ou aux responsabilités familiales et domestiques. Cette réalité entraîne une charge mentale considérable. En 2026, plusieurs femmes se présentent encore comme "la femme de" ou minimisent leur contribution en disant qu'elles "font seulement ceci ou cela". Pourtant, leur rôle est essentiel au fonctionnement, au développement et au succès de l'entreprise. 

En agriculture, la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle est souvent très mince, puisque la ferme est aussi notre lieu de résidence. Il est difficile de décrocher ou de séparer les deux sphères. Cela dit, même si nous mettons aujourd'hui l'accent sur la réalité des agricultrices, il est vrai que plusieurs hommes accomplissent eux aussi une part considérable de travail invisible.

Le manque de services de garde adaptés aux réalités des milieux ruraux constitue également un défi. Nos horaires atypiques sont rarement pris en compte. La question de l'arrêt préventif pendant la grossesse est une autre préoccupation importante puisque plusieurs femmes se retrouvent souvent sans soutien adéquat et sans compensation financière suffisante. La Fédération souhaite poursuivre ses démarches afin d'améliorer cette situation, en plus de travailler à faire reconnaître les réalités des femmes qui s'établissent en agriculture après 40 ans. Celles-ci ont poursuivi des études plus longues, fondé une famille et accédé à l'entrepreneuriat plus tard. Il est important de parler de ces parcours pour que les femmes se sentent moins isolées. »

Personnellement, avez-vous été confrontée à des difficultés particulières en tant que femme en agriculture ou dans le syndicalisme agricole?

« Je n'ai jamais eu l'impression de ne pas avoir ma place autour de la table. Mon parcours familial y est peut-être pour quelque chose. En France, ma grand-mère était copropriétaire de sa ferme, tout comme ma mère. Pour moi, la présence des femmes dans la gestion et la propriété des entreprises agricoles allait de soi.

C'est en arrivant au Québec et en m'impliquant au sein du mouvement agricole que j'ai découvert l'histoire des femmes dans le secteur et compris pourquoi elles avaient ressenti le besoin de se regrouper pour faire entendre leur voix.

Depuis huit ans, je constate une évolution remarquable. La Fédération des Agricultrices du Québec contribue à accroître la visibilité des femmes et offre des outils concrets, notamment en matière de leadership et de prise de parole. Ces formations permettent à plusieurs de gagner en confiance et de sortir de l'ombre.

Aujourd'hui, les femmes occupent de plus en plus de postes décisionnels et accèdent davantage à des fonctions de présidente et de vice-présidente. Il demeure toutefois essentiel qu'elles continuent de s'impliquer afin que leur voix soit pleinement entendue dans le milieu. »

Les femmes apportent-elles une perspective ou une contribution particulière au développement des entreprises agricoles?

« J'observe, sur le terrain, que les femmes sont souvent porteuses d'initiatives liées à l'agriculture durable. Elles s'intéressent notamment à la biodiversité, la réduction des pesticides et l'adoption de pratiques plus respectueuses de l'environnement.

Elles jouent également un rôle important dans l'innovation. L'intégration de nouvelles technologies permet habituellement de repenser certaines façons de faire et de réduire la dépendance à la force physique. Cela ouvre la porte à des méthodes de travail plus efficaces et adaptées aux réalités actuelles.

Les femmes sont par ailleurs très présentes dans les programmes de formation agricole. Je crois que cette année, elles représentent environ 80 % de la clientèle étudiante de l'Institut de technologie agroalimentaire du Québec. Elles contribuent aussi fortement aux activités de mise en marché, notamment dans les kiosques à la ferme et les circuits courts.

Leur apport est multiple et constitue un levier important pour l'évolution et la pérennité des entreprises agricoles. »