La Fédération de l’UPA de la Montérégie lance aujourd’hui une nouvelle phase de mobilisation dans le but d’obtenir du gouvernement provincial un remboursement complet des sommes déboursées dans le cadre de la tarification carbone.
L’an dernier, à la suite de l’abandon de la taxe carbone par le gouvernement fédéral et le maintien de la tarification carbone par Québec, le conseil d’administration de la Fédération en a fait un enjeu prioritaire. Les producteurs agricoles de l’ensemble de la province, et notamment de la Montérégie, font valoir avec raison que la tarification carbone grève les finances des entreprises alors que pour la très grande majorité d’entre elles, les solutions alternatives à l’utilisation de carburant fossile n’existent tout simplement pas. En outre, les producteurs ne peuvent redistribuer la facture à leur clientèle, contrairement à d’autres secteurs d’activité économique. Enfin, le système provoque un désavantage compétitif majeur face à nos concurrents nord-américains, eux qui, même à l’époque où la taxe carbone existait, s’en voyaient exemptés. Ainsi, à l’échelle du Québec, cela représente plus de 550 millions de dollars payés par le secteur agricole parce que Québec refuse ouvertement d’admettre ce qu’Ottawa a toujours considéré comme évident, c’est-à-dire que le secteur agricole ne peut assumer le fardeau d’une telle tarification.
Qui plus est, en janvier 2026, la hausse des prix des aliments au Québec atteignait 7,3 % sur 12 mois, un rythme supérieur à la moyenne nationale. Ce contexte accentue la pression sur toute la chaîne agroalimentaire québécoise et démontre qu’alourdir inutilement les coûts des producteurs ne contribue en rien à protéger le pouvoir d’achat des consommateurs.
Après une première phase de mobilisation et une ronde de représentation auprès des décideurs, le gouvernement Legault a tacitement admis l’existence de ce déficit compétitif en décembre dernier en annonçant un remboursement des sommes perçues à la hauteur de 30 M$ de dollars sur trois ans, incluant 20 M$ la première année. C’est une première avancée, mais lorsqu’on sait que le secteur agricole québécois a déboursé 85 M$ en tarification carbone seulement pour l’année 2025, on voit qu’on est loin du compte. Avec l’annonce récente du transfert du Fonds d’électrification et des changements climatiques vers le Fonds des générations, fonds dont le mandat est d’abaisser la dette gouvernementale, difficile de ne pas conclure qu’actuellement, la tarification carbone ne représente pas autre chose qu’une taxe déguisée. En fait, je suis persuadé que si notre gouvernement était cohérent dans son utilisation des sommes perçues par le système et ne se servait pas de celui-ci pour piger allègrement dans nos poches afin de renflouer d’autres postes budgétaires, il serait beaucoup moins réticent à respecter ses producteurs agricoles au même titre que les autres provinces le font.
Le gouvernement doit comprendre que les engagements mièvres et les demi-mesures ne satisferont pas les producteurs, car au-delà de la guerre de chiffres, cet enjeu en est un de principe et d’équité. Une taxe déguisée qui mine notre secteur d’activité et nous place en porte-à-faux face à nos collègues nord-américains est une insulte au gros bon sens. Québec doit rembourser les producteurs agricoles. Chaque sou. Intégralement.
Jérémie Letellier
Président régional