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Produire plus loin, payer plus cher

Publié le 1 avril 2026 - Écrit par Pascal Rheault

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  • Textes d’opinion

Je ne vous apprends rien si je vous dis que produire en Abitibi-Témiscamingue, c’est produire plus loin, avec des contraintes supplémentaires… et trop souvent, avec des programmes qui ne tiennent pas compte de cette réalité, ce qui fait que la rentabilité est plus difficile. 

La conséquence est qu’il est plus ardu d’investir dans notre productivité. C’est un cercle vicieux qui désavantage les producteurs et productrices des régions périphériques. Là où certains pourraient croire que nous sommes de moins bons gestionnaire, il faut plutôt y voir le fait de faire face à un désavantage structurel important, soit les grandes distances des marchés, et ce, autant pour les achats d’intrants que la vente de nos produits.

Ici, chaque intrant parcourt des centaines de kilomètres avant d’arriver à la ferme. Engrais, chaux, semences, machinerie : tout passe par le transport et ce transport a un coût bien réel. La guerre en Iran ne constitue que le dernier chapitre d’une longue succession de hausses de coût de l’énergie.

Des analyses de 2025 publiées dans La Terre de chez nous montrent que les producteurs des régions éloignées paient leur transport de semences autour de 31 $ la tonne, contre environ 20 $ en moyenne au Québec, soit des écarts pouvant dépasser 40 %. Dans certains cas, la facture grimpe encore davantage. À cela s’ajoute un accès plus limité aux fournisseurs, moins de concurrence, et des délais parfois plus longs.

Même réalité du côté de la machinerie. Le marché de l’usager est plus restreint, les concessionnaires sont moins nombreux, et les frais de déplacement pour l’entretien ou les réparations font grimper la facture. Résultat : produire un hectare ici coûte souvent plus cher qu’ailleurs, pour un potentiel agronomique qui, lui, demande encore des investissements supplémentaires. 

Malgré cela, les programmes gouvernementaux demeurent largement uniformes. Même taux d’aide, mêmes critères, peu importe la distance, peu importe les conditions. Ce modèle mur-à-mur peut sembler équitable sur papier, mais dans les faits, il désavantage les régions comme la nôtre.

Quand un producteur doit investir davantage pour atteindre le même niveau de productivité, mais reçoit la même aide que celui qui part avec des conditions plus favorables, l’équation ne tient plus.

Nous parlons beaucoup d’autonomie alimentaire au Québec. Par contre, cette ambition ne pourra pas se concrétiser sans un développement réel des régions. Et ce développement passe inévitablement par une reconnaissance des coûts supplémentaires liés à l’éloignement.

L’Abitibi-Témiscamingue a le potentiel d’augmenter significativement sa production agricole. Les terres sont disponibles, la relève est présente, et la volonté est bien là. Toutefois, pour que ce potentiel se réalise, il faut des programmes adaptés à notre réalité, des programmes qui reconnaissent que produire plus loin, cela coûte plus cher.

Sinon, nous continuerons de demander aux producteurs de faire plus… avec moins.

Merci à tous et toutes!