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ÉDITORIAL | Forêt privée : une question d’équité

Published on 29 May 2026 - By Martin Caron, président général

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J’ai eu l’occasion de participer à une conférence de presse en compagnie de la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) le 27 mai dernier, à Rivière-du-Loup. À quelques mois des élections générales, l’objectif était de demander à toutes les formations politiques provinciales des engagements clairs quant aux préoccupations légitimes des productrices et producteurs.

Rappelons que la forêt privée est un acteur économique important pour la ruralité. Sur les 163 000 propriétaires forestiers représentés par la FPFQ, plus de 31 000 productrices et producteurs enregistrés récoltent de la matière ligneuse pour une valeur annuelle d’environ 539 M$, générant un chiffre d’affaires de 4,7 G$ par la transformation de leur bois et procurant de l’emploi à plus de 24 000 personnes.

Malgré cette contribution, la forêt privée est mise à mal par la concurrence déloyale de la forêt publique, dont le bois est vendu au rabais depuis plusieurs années. À témoin, l'État perçoit moins de 50 $ en redevance pour un voyage complet de bois de peuplier ou environ 200 $ pour une vanne de sapins. Un propriétaire forestier ne peut pas se permettre d'en exiger aussi peu.

Le gouvernement du Québec amplifiera cette problématique avec l’adoption de son projet de loi no 11, déposé en décembre dernier sans aucune consultation préalable. Ce projet de loi changera les règles d’attribution et de fixation du prix du bois de la forêt publique, rendant cette fibre encore moins dispendieuse qu’auparavant.

En accentuant un déséquilibre déjà dénoncé depuis plusieurs années, on demande l’impossible aux productrices et producteurs, c’est-à-dire de concurrencer le bois public alors qu’il est vendu à des prix totalement dérisoires. Cette entorse au principe de résidualité, selon lequel le bois public doit compléter (et non concurrencer) celui des forêts privées, est tout simplement inacceptable.

Les gouvernements se sont succédé sans jamais offrir de solutions concrètes permettant de prioriser l’achat du bois de dizaines de milliers de productrices et producteurs, et garantissant ainsi la stabilité de leurs marchés.

À cela s’ajoute un environnement réglementaire de plus en plus complexe ainsi que le conflit du bois d’œuvre qui affecte injustement la forêt privée (c’est la gestion de la forêt publique qui est dénoncée par les Américains), le tout sans soutien adéquat du gouvernement.

La sortie de crise passe par une priorisation de l’achat de bois en forêt privée, un jumelage plus adéquat de l’offre de bois avec la forêt publique et des conditions de mise en marché garanties en forêt privée. C’est ce qui stabilisera enfin le revenu des producteurs et redonnera à la forêt privée la place qui lui revient. C’est une question d’équité. 

La forêt privée assure actuellement 23 % des approvisionnements en bois rond de l’industrie forestière. Dans un contexte marqué par des difficultés d’approvisionnement dans plusieurs régions, elle représente une solution concrète et immédiatement mobilisable. Ce potentiel immense (jusqu’à 36 % des approvisionnements) nécessite toutefois un environnement d’affaires prévisible, stable et stimulant. C’est dans ce cadre que l’appel est lancé à toutes les formations politiques.