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Le territoire d’aujourd’hui, pour assurer la relève agricole de demain

Au Québec, les terres agricoles sont une ressource rare et précieuse. On ne peut ni la reproduire ni la remplacer facilement. Derrière chaque hectare cultivé se joue un enjeu de long terme : assurer la capacité de nourrir la population et permettre à une nouvelle génération de producteurs de prendre la relève.

Une ressource limitée qui oblige à penser à long terme

Le territoire agricole constitue une base essentielle pour l’agriculture québécoise. Il s’agit d’une ressource limitée, dont la superficie ne peut être élargie. Une fois perdue ou transformée pour d’autres usages, une terre agricole est très difficile à récupérer dans sa pleine capacité de production.

C’est pour cette raison que, dès l’adoption de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA), l’objectif était clair : préserver cette ressource dans une perspective durable pour la pratique de l'agriculture. Cette protection ne répond pas seulement aux besoins d’aujourd’hui, mais vise à maintenir une capacité de production pour les générations futures.

Dans cette logique, chaque décision concernant l’utilisation du territoire a des impacts qui dépassent le court terme. Même des changements ponctuels ou localisés peuvent, lorsqu’ils s’accumulent, fragiliser l’ensemble du territoire agricole. C’est pourquoi il est important de faire preuve de vigilance et d’éviter les « accommodements » répétés qui, à long terme, affaiblissent la protection globale.

Préserver aujourd’hui pour garder des options demain

La protection du territoire agricole ne concerne pas uniquement les terres actuellement en production. Elle vise l’ensemble des sols agricoles, y compris ceux qui sont moins exploités ou temporairement inutilisés. Cette approche permet de préserver une marge de manœuvre pour répondre aux besoins futurs.

Certaines terres peuvent, par exemple, être laissées en friche. Ce phéno­mène, appelé enfrichement, reflète parfois un phénomène de spéculation, c'est-à-dire l'achat ou la détention de terres dans un but de revente ou de gain financier, ou encore des contraintes économiques. Toutefois, ces terres conservent un potentiel. Dans un contexte marqué par les changements climatiques, elles peuvent redevenir stratégiques pour de nouvelles cultures ou des approches adaptées.

Les conditions de production évoluent. Les risques climatiques, les périodes de croissance et les types de cultures peuvent changer. Pour s’adapter, l’agriculture doit pouvoir s’ap­puyer sur un territoire suffisamment vaste et diversifié. Préserver les terres aujourd’hui, c’est donc se donner des options pour demain.

Autrement dit, la protection du territoire agricole ne limite pas l’avenir : elle le rend possible. Elle permet d’accompagner l’évolution du secteur agricole tout en assurant une certaine stabilité.

L’accès à la terre : un enjeu central pour la relève

La question de la relève agricole est étroitement liée à celle de l’accessibilité des terres. Pour qu’une nouvelle génération de producteurs puisse s’établir, encore faut-il qu’elle ait accès aux ressources nécessaires, à commencer par la terre.

Or, plusieurs facteurs compliquent cet accès. Lorsque les terres agricoles sont détenues par un nombre plus restreint d'acteurs, il devient plus difficile pour de nouveaux producteurs d'en acquérir. Par ailleurs, la façon dont elles sont achetées, détenues et échangées influence directement leur accessibilité pour la relève.

Le morcellement, soit la division des terres en parcelles plus petites, est parfois perçu comme une solution. Toutefois, seulement 0,8 % des plus de 2,7 millions de petites superficies agricoles (moins de 10 hectares) au Québec sont utilisées à des fins agricoles. Avant de subdiviser davantage les terres, la remise en valeur de ces petites superficies apparaît donc comme une priorité.

Dans ce contexte, l’accessibilité à la terre devient un enjeu structurant. Elle conditionne la capacité de la relève à s’établir, à investir et à assurer la continuité des entreprises agricoles. Sans accès adéquat aux terres, les perspectives d’installation pour les nouveaux producteurs demeurent limitées.

Assurer la continuité entre les générations

La transmission des exploitations agricoles ne se résume pas à un simple transfert d’actifs. Elle implique un passage de savoir-faire, de pratiques et d’engagements sur le long terme. Pour que cette continuité soit possible, il est essentiel que les conditions soient réunies.

La protection du territoire agricole joue ici un rôle déterminant. Elle garantit que les terres nécessaires à la production demeurent disponibles pour les générations futures. De son côté, l’accès à la terre permet à cette relève de s’approprier concrètement cet héritage et de le faire évoluer.

Ces deux dimensions, protection et accessibilité, sont indissociables. L’une sans l’autre ne permet pas d’assurer une véritable continuité. Il ne suffit pas de préserver les terres; encore faut-il qu’elles puissent être exploitées par ceux qui souhaitent s’y consacrer professionnellement.

Dans cette perspective, la question de la relève dépasse largement le cadre individuel. Elle touche à la capacité collective de maintenir une agriculture active, diversifiée et adaptée aux réalités du Québec.

Un choix collectif aux impacts durables

La protection du territoire agricole, l’accès à la terre et la relève agricole s’inscrivent dans une même réflexion. Ensemble, ils déterminent la capacité du Québec à répondre à ses besoins alimentaires à long terme.

Il est nécessaire de considérer les effets des décisions actuelles sur les générations futures. Chaque transformation du territoire, chaque modification dans l’accès aux terres influence la structure du secteur agricole pour les années à venir.

En gardant à l’esprit cette perspective intergénérationnelle, il devient plus facile de comprendre pourquoi la protection du territoire agricole et l’accessibilité des terres sont au cœur des discussions actuelles. Elles sont directement liées à un objectif commun : maintenir une agriculture viable et capable de nourrir le Québec, aujourd’hui comme demain.