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L'autonomie alimentaire, ça se cultive ensemble! - L'Union des producteurs agricoles (UPA)
Plus que jamais, les Québécois demandent des aliments d’ici, et le Québec veut devenir plus autonome pour se nourrir. C’est ce qu’on appelle l’autonomie alimentaire. Accroître cette autonomie est tout à fait possible, même dans un pays nordique comme le nôtre. Découvrez les différentes facettes de ce grand chantier collectif qui met au cœur de l’action l’agriculture, ses retombées positives, ainsi que les éléments à considérer pour mettre plus de Québec dans notre assiette! Un projet de société des plus porteurs, qui nous interpelle tous!

 

Un projet collectif

Augmenter notre autonomie alimentaire, c’est choisir les produits du Québec, pour soutenir notre économie et diminuer notre dépendance aux importations, pour des aliments que nous sommes en mesure de produire ici. Cet objectif ne peut être atteint en un simple claquement de doigts, car il soulève de nombreux enjeux et interpelle tous les maillons de la chaîne : agriculteurs, transformateurs, commerçants, restaurateurs, citoyens et décideurs. Tour d’horizon pour mieux comprendre la question.
 
 

Qu’est-ce que l’autonomie alimentaire?

Comme elle est souvent confondue avec d’autres concepts distinctifs, voyons d’un peu plus près différentes définitions. 

  • Souveraineté alimentaire : Le droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée produite avec des méthodes durables, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires.
  • Sécurité alimentaire : Un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive permettant à tous les humains de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie active et en santé. 
  • Autonomie alimentaire : Vise à subvenir aux besoins alimentaires d’une population locale, à maintenir la diversité de l’offre et à permettre un accès facile aux produits pour tous.
Produire plus, pour importer moins
Augmenter notre autonomie alimentaire ne signifie pas vivre en autarcie et ne consommer que des produits venus d’ici. C’est produire plus, en offrant à notre population une diversité d’aliments qui tient compte de nos ressources et de notre réalité climatique. Car soyons clairs, ce n’est pas demain la veille que nous allons cultiver localement du café, des oranges et des bananes! Quant à l’exportation et aux accords internationaux, ils sont nécessaires, et là pour rester.

Tendre vers l’autonomie, c’est plutôt trouver un équilibre entre la nécessité de produire davantage pour combler les besoins locaux et les avantages qu’offre le commerce international. Le meilleur des deux mondes, quoi!

Accroître notre degré d’autosuffisance

Notre agriculture s’est grandement diversifiée au courant des 50 dernières années, de sorte que nous sommes déjà autosuffisants dans plusieurs productions. Voici un survol de la situation.

  • Dans certaines filières, nous sommes même beaucoup plus qu’autosuffisants, et exportons nos produits à travers le monde. Pensons au sirop d’érable, aux canneberges, au porc, au veau, aux bleuets.
  • Du côté des œufs, de la volaille et des produits laitiers, notre autosuffisante est acquise grâce au système canadien de gestion de l’offre, qui arrime l’offre de ces produits à la demande du pays.
  • En ce qui a trait au secteur maraîcher, le degré d’autosuffisance varie beaucoup d’une production à l’autre, notamment en raison de notre climat nordique et des saisons de croissance limitées. Le Québec fait toutefois excellente figure dans les légumes de conservation comme les betteraves, les navets, les choux et les oignons, mais doit importer la majorité des tomates, des fraises et des épinards pour satisfaire la demande des consommateurs toute l’année.
  • Pour améliorer notre bilan, l’appui aux secteurs ayant un potentiel de croissance d’aliments que nous pouvons produire ici pourrait faire une grande différence. À titre d’exemple, pensons au secteur de la pomme qui répond actuellement à environ 52 % du marché d’ici, à celui du bœuf (36 %), de l’agneau (34 %), du miel (32 %) et du poisson d’élevage (10 %). Sans compter le développement de la production en serre qui pourrait nous permettre d’avoir accès à une plus grande variété de légumes québécois toute l’année.

Des bénéfices pour la société
Les retombées liées à l’augmentation des achats d’aliments produits et transformés au Québec sont bien réelles et nombreuses. Sur le plan économique, cela se traduit par la création d’emplois et de richesse, alors qu’au niveau du territoire, on revitalise nos villages et nos régions. Sans compter la fierté d’acheter local, d’encourager les nôtres et de développer une gastronomie bien d’ici! De plus, cette plus grande autonomie nous permettrait de faire plus facilement face à d’éventuelles crises, nous assurant une plus grande stabilité économique et politique.

Saviez-vous que…
Si chaque ménage québécois remplaçait hebdomadairement, à l’épicerie ou au restaurant, 12 $ de ses achats de produits étrangers par l’achat d’aliments du Québec, cela permettrait d’augmenter d’un milliard de dollars par année la demande auprès des agriculteurs, des pêcheurs et des transformateurs alimentaires québécois?

Répondre aux besoins des consommateurs
Pour accroître notre autonomie alimentaire, il convient de répondre encore davantage aux besoins des consommateurs en produisant des aliments de qualité, diversifiés et à des prix compétitifs. De tout, pour tous les goûts! Avec la mondialisation des marchés, la concurrence des produits importés s’avère toutefois de plus en plus féroce et le prix peut parfois représenter un réel obstacle à l’attractivité des produits québécois. Le fait que le prix le plus bas demeure le principal facteur décisionnel lors de l’achat d’un aliment est un enjeu de taille pour les producteurs du Québec.

Se battre à armes égales
Pour mieux comprendre cette réalité, il est essentiel de prendre en considération l’environnement d’affaires dans lequel les producteurs agricoles évoluent. Les normes sanitaires, sociales et environnementales au Québec sont parmi les plus sévères au monde (ex. normes du travail, encadrement de l’usage des pesticides, gestion des fumiers, etc.). Nos producteurs acceptent volontiers de répondre à ces attentes sociétales et de s’y conformer, mais beaucoup d’aliments importés que l’on trouve sur nos tablettes ne sont pas soumis aux mêmes règles. Ils doivent ainsi concurrencer les aliments importés de pays, comme la Chine et les pays d’Amérique du Sud, qui ont souvent des normes moins exigeantes et dont le coût de main-d’œuvre est beaucoup moins élevé. À cela s’ajoute la confusion sur les règles d’étiquetage au Québec, qui empêche les consommateurs de faire un choix éclairé.

Encourager l’achat local
Ces dernières années, on a pu constater une augmentation des achats locaux de la part des consommateurs, et les commerçants mettent de plus en plus de l’avant le caractère local comme attribut des produits en vente. La pandémie a sans aucun doute accentué ce phénomène et les consommateurs ont été au rendez-vous. En parallèle, un renforcement de l’achat local est observé dans le milieu institutionnel (hôpitaux, garderie, écoles, prisons, etc.), mais de nombreux obstacles sont encore présents, comme les exigences réglementaires existantes (ex. le recours au plus bas soumissionnaire), ou l’absence de prise en compte de la distance que les produits auront à parcourir comme critère de sélection.

Aliments du Québec
Pour faciliter leurs prises de décisions, les consommateurs peuvent se tourner vers les marques d’identification Aliments du Québec. Ces logos sont des références de choix qui facilitent le repérage des produits alimentaires québécois en épicerie. Avec plus de 22 000 produits authentifiés Aliments du Québec ou Aliments préparés au Québec, il est facile de les repérer sur les tablettes des épiceries.

Partir à la découverte de notre terroir
De nombreuses initiatives en faveur de l’achat local ont été développées pour mieux faire connaître les produits d’ici. Bien entendu, on connaît tous les marchés publics et les paniers fermiers qui nous permettent de nous approvisionner plus directement en produits frais et locaux. On peut aussi faire des découvertes en parcourant les régions du Québec avec ses nombreux circuits gourmands, fruits du travail collectif des Tables bioalimentaires et d’autres intervenants du milieu agroalimentaire.

L’application Mangeons local plus que jamais! de l’Union des producteurs agricoles, permet de repérer facilement les fermes, les marchés et les transformateurs qui font de la vente directe au public. On peut y créer des circuits pour s’approvisionner à proximité de son domicile, ou planifier une virée gourmande pour découvrir les attraits d’une région. On y trouve aussi une recension des ressources locales à découvrir. De plus, on pourra bientôt y découvrir des restaurateurs qui participent au programme Aliments du Québec au menu, un programme de reconnaissance s’adressant aux restaurants et institutions qui valorisent les produits du Québec dans leur menu. Bref, un outil incontournable!

Favoriser des pratiques écoresponsables
Les agriculteurs d’ici sont engagés depuis de nombreuses années à améliorer leurs pratiques pour réduire l’impact environnemental de leurs activités. Depuis 1994, les producteurs agricoles (l’UPA et tous les groupes de producteurs qui y sont affiliés) ont lancé de nombreux chantiers et projets et y ont collaboré tout en faisant la promotion de la sensibilisation et l’adoption de nouvelles pratiques soutenues par des investissements majeurs.

Avec le nouveau Plan d’agriculture durable annoncé par le gouvernement du Québec, les producteurs devraient pouvoir continuer d’améliorer leurs façons de faire. D’une durée de 10 ans, ce plan vise à accélérer l’adoption de pratiques agroenvironnementales en tenant compte des préoccupations sociétales en matière de pesticides ainsi que des engagements liés aux changements climatiques. Pour l’Union, il s’agit d’un bon premier pas, mais encore insuffisant pour répondre aux besoins des producteurs. Rappelons que ce plan prévoit des investissements pour la recherche et le développement des connaissances ainsi qu’un accompagnement accru des producteurs, tant au chapitre de la formation que du transfert des connaissances. Ce sont plusieurs éléments du Plan vert agricole que propose l’Union depuis plus de deux ans.

Pour en savoir plus sur l’avancement des pratiques agricoles, visionnez notre série Les Champs changent et découvrez notre websérie Vosagriculteurs.tv, spécial environnement.

Soutenir les agriculteurs

En vue de développer notre autonomie alimentaire, il importe que les agriculteurs puissent vivre décemment de leur métier. À ce titre, ils doivent recevoir le coup de pouce nécessaire de l’État. Les pouvoirs publics de tous les pays occidentaux se sont d’ailleurs dotés de programmes leur permettant de soutenir leur agriculture. Cet accompagnement peut prendre différentes formes : politiques agricoles et de soutien des prix et de programmes de crédit, d’assurances, d’aide aux exportations, et il doit tenir compte du type d’agriculture que l’on souhaite favoriser.

 
 

La protection de nos terres

Soutenir notre agriculture passe par la protection de nos terres agricoles. Celles-ci sont essentielles à la production d’aliments et directement reliées à notre autonomie alimentaire. Il s’agit d’une ressource précieuse et non renouvelable. Au Québec, elles représentent à peine 2 % de notre territoire, il est donc essentiel de les conserver et de les protéger avec soin. Pourtant, chaque année, des terres agricoles sont sacrifiées au profit de l’étalement urbain, de divers projets industriels et de la spéculation. Voyons ce qu’il en est exactement.
 
 

Une ressource rare, précieuse et non renouvelable

Toutes les terres ne sont pas cultivables! Et il faut jusqu’à 1 000 ans pour régénérer deux à trois centimètres de sol fertile. D’ailleurs, travailler une terre agricole demande beaucoup d’efforts échelonnés sur de nombreuses années. On ne change donc pas la vocation d’une terre agricole sans conséquence. Et, lorsqu’on le fait, il faut savoir qu’on ne peut plus revenir en arrière.

Zone agricole et zone cultivable

La superficie de terres arables, propices à l’agriculture, est une ressource très limitée, mais combien indispensable. Au Québec, moins de 5 % de notre territoire est situé en zone agricole, dont une grande partie est inexploitable parce qu’on y retrouve :

  • Des lacs, des cours d’eau, des milieux humides, des boisés, des surfaces rocheuses ou des sablières;
  • Des commerces et des industries;
  • Des lignes de transport d’électricité, de gaz, de pétrole;
  • Des routes (une autoroute occupe jusqu’à 12 hectares par kilomètre);
  • Des résidences.

En fait, lorsqu’on ne considère que la portion cultivable, c’est à peine 2 % du territoire québécois (2,3 millions d’hectares) qui est propice à l’agriculture. Ce qui est très peu, comparativement à d’autres pays. En France, c’est 58 % et aux États-Unis, 4 %.

Des terres fortement convoitées

Malgré leur rareté, les terres agricoles québécoises sont soumises à une pression croissante et sont très convoitées. En fait, depuis 1992, le Québec perd en moyenne 6 340 hectares par année, soit l’équivalent du territoire de l’île de Montréal tous les huit ans. Ces pertes se font au profit de l’urbanisation et d’usages non agricoles, notamment résidentiels, commerciaux et industriels. Ce sont d’ailleurs les meilleures terres agricoles, concentrées dans la partie la plus densément peuplée de la plaine du Saint-Laurent, qui subissent de fortes pressions.

Une loi indispensable

La Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles a été adoptée en 1978 pour :

  • Freiner l’étalement urbain vers les meilleures terres;
  • Réduire la spéculation sur les terres propres à l’activité agricole;
  • Assurer l’équilibre entre la préservation du territoire et le développement des collectivités;
  • Préserver une ressource indispensable pour les générations futures.

Cette loi protège une partie importante du sud du Québec, là où les terres possèdent le plus grand potentiel agronomique. Toute utilisation non agricole de cette zone doit systématiquement être approuvée par la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), organisme qui protège la pérennité du territoire agricole québécois. Sans être parfaite, cette loi a permis de ralentir la pression liée à l’urbanisation et de protéger le garde-manger des Québécois.

La pression de la spéculation

Malgré la création de la CPTAQ, les bonnes terres cultivables ne sont pas à l’abri de la spéculation foncière, ce qui les rend plus difficiles d’accès pour les jeunes agriculteurs de la relève. Au cours des dernières années, les achats d’importantes superficies agricoles par des sociétés d’investissement (caisses de retraite, fonds fonciers, grandes fortunes) se sont multipliés. Le secteur immobilier est aussi très actif et présente souvent des projets qui nécessitent le dézonage de terres agricoles.

Des terres de moins en moins accessibles

Sans surprise, la pression exercée sur les terres agricoles a un effet direct sur leur valeur commerciale. Au cours des dix dernières années, les prix ont augmenté de 11 % chaque année selon Financement agricole Canada. Les producteurs agricoles doivent donc s’endetter de plus en plus pour acquérir les terres disponibles; des terres dont la valeur marchande est complètement dissociée de leur rendement agricole. Quant à la relève, elle ne peut tout simplement pas soutenir cette concurrence lorsque vient le temps de s’établir.

 
 

Des régions dynamiques

Encourager l’agriculture d’ici, c’est bien entendu participer à l’économie du Québec, mais c’est aussi faire vivre et dynamiser nos régions. Même si l’économie du Québec rural s’est sensiblement transformée et diversifiée au cours des dernières décennies, l’agriculture continue d’y jouer un rôle de premier plan et d’être à la base d’une part importante de la vitalité des régions. Voyons de quelle façon cela se traduit dans nos campagnes.
 
 

 
 

Une cohabitation harmonieuse

Accroître notre autonomie alimentaire implique que nous permettions à nos agriculteurs de pratiquer leur métier au quotidien et d’occuper le territoire, avec tous les avantages et les défis que cela implique.

On le constate, de plus en plus de citadins viennent s’installer en milieu rural, séduits par le charme bucolique de la campagne. Ils ne sont toutefois pas tous familiers avec les réalités et les contraintes de l’agriculture et réalisent que leur nouveau milieu de vie peut engendrer quelques désagréments. Pour favoriser le bon voisinage, il est important d’apprendre à se connaître et à communiquer.
 

Côtoyer l'agriculture, un plaisir !

Même si l’économie des régions s’est sensiblement diversifiée ces dernières décennies, l’agriculture est toujours un élément essentiel de la vitalité rurale. Elle constitue une trame de fond importante à la vie des communautés, en assurant une occupation dynamique du territoire.

Le milieu agricole présente bien d’autres avantages pour les citoyens, dont la beauté des paysages et l’accès à des produits frais et hyper locaux. Les produits du terroir sont aussi une grande source de fierté pour les habitants de la région. De plus, l’agriculture permet de freiner l’urbanisation et stimule l’agrotourisme, activité économique plus populaire que jamais.

… Et parfois quelques défis
Les nouveaux résidents ont vite fait de constater que la campagne est aussi le berceau de la culture de la terre, avec le cycle des saisons, qui se traduisent des tâches et obligations de toutes sortes. Des activités agricoles qui peuvent quelques fois occasionner des inconvénients.

Les fermes sont parfois ancrées sur un territoire depuis des générations et plusieurs ont choisi de pratiquer une agriculture de plus en plus durable. Il faut aussi savoir qu’elles ont également la responsabilité de respecter les multiples normes provinciales et les règlements municipaux visant à limiter les inconvénients liés à leur production.

Le bruit
À la campagne, on entend à l’occasion le bruit des animaux ou de la machinerie, des véhicules lourds et de l’équipement de ferme qui sont l’écho du travail des agriculteurs. Mais les pratiques en matière de nuisances sonores évoluent et de plus en plus d’agriculteurs ont adapté leur mode de travail…

Des solutions à notre portée
Parmi les solutions possibles, certains agriculteurs plantent des arbres près des bâtiments afin de diminuer la propagation des sons, ou encore utilisent des ventilateurs plus silencieux ou des dispositifs acoustiques absorbants. De plus, ils installent le matériel potentiellement bruyant dans un emplacement le plus éloigné possible du voisinage et, si cela est possible, tiennent compte du moment de la journée pour effectuer les travaux bruyants.

Certains agriculteurs préviennent même leurs voisins qui pourraient être incommodés par le bruit, en expliquant son origine.

Les odeurs
Bien qu’ils aient une odeur désagréable, le fumier et le lisier sont des engrais naturels importants pour la régénérescence des sols cultivables. En clair, ils nourrissent la terre pour que celle-ci puisse, à son tour, nous nourrir.

Des solutions à notre portée
Il est difficile d’offrir un milieu agricole dépourvu d’odeurs, mais les agriculteurs, conscients du problème, mettent en place des techniques efficaces pour diminuer les impacts de la fertilisation.

Par exemple, lors de l’épandage des fumiers, des machineries adaptées avec des rampes basses permettent de propulser le lisier plus près du sol, réduisant ainsi sa projection dans les airs et atténuant les émanations. L’approche de l’enfouissement permet aussi de limiter les odeurs et d’augmenter l’efficacité de la fertilisation.

Les haies brise-vent, ces arbres et arbustes qui sont plantés le long des champs, créent pour leur part une barrière contre leur propagation, tout comme l’entreposage du lisier dans des fosses étanches. On peut aussi installer un toit au-dessus des fosses, planter autour d’elles des écrans boisés qui agissent comme brise-odeurs ou améliorer les procédés de traitement des déjections.

Voir une vidéo complémentaire sur les défis occasionnés par le bruit et les odeurs

La poussière
Les producteurs ont souvent recours à de la machinerie agricole qui risque de projeter de la poussière. C’est encore plus fréquent en période de sécheresse et de grands vents. Certaines activités comme le séchage de grains produisent une fine poussière jaune qui peut facilement incommoder les voisins. Si les agriculteurs ne contrôlent pas tous les éléments, certaines façons de faire permettent de limiter les nuages de poussière.

Des solutions à notre portée
Les haies brise-vent – à nouveau! – font partie des solutions disponibles. De la même manière, les cultures de couverture, semées entre deux cultures de production, permettent d’éviter que les sols ne prennent… la poudre d’escampette. Cette pratique favorise également l’enrichissement des terres, ce qui bénéficie de surcroît aux agriculteurs.

Les tracteurs sur les routes
Les agriculteurs n’ont parfois pas d’autre choix que d’emprunter la voie publique pour déplacer leur machinerie d’un champ à un autre. Heureusement, leur présence sur les routes est concentrée à certaines périodes, particulièrement à l’automne durant la période des récoltes, et au printemps lors des semis.

Mais un tel déplacement est invariablement risqué. Il faut donc apprendre à partager la route. C’est un défi quand le véhicule est imposant. D’autant plus que la vitesse maximale pour les véhicules agricoles avec une machinerie est de 40 km/h et qu’il leur est interdit de circuler dans l’accotement. Patience, prudence et respect mutuel doivent donc être la règle d’or afin d’éviter des accidents.

Des solutions à notre portée

Sachez d’une part qu’afin de faciliter la circulation, les agriculteurs prévoient leurs déplacements, le plus souvent possible, en dehors des heures de pointe. Par ailleurs (pour ceux qui l’ignoraient) le Code de la sécurité routière permet le dépassement d’une machinerie agricole en empiétant sur une ligne continue, simple ou double, uniquement si cette manœuvre est sans danger.

Voir une vidéo complémentaire sur le partage des routes

La nature précieuse pour nous tous
La protection de l’environnement fait partie des préoccupations des citoyens… comme des agriculteurs. Ces derniers sont aux premières loges des contrecoups de dame nature et des changements climatiques. Au cours des dernières décennies, ils ont ainsi déployé de nombreux efforts pour réduire leur impact environnemental, adapter leurs pratiques de cultures en plus de se soumettre à une réglementation des plus exigeantes.

Préserver la santé des sols
Ressource essentielle pour la croissance des végétaux, la terre est l’actif le plus précieux des producteurs agricoles et leur principal outil de travail. Un sol vivant et productif est à la base de l’agriculture. Il requiert moins d’engrais et de fertilisant. Il est plus stable et moins propice à l’érosion. Il offre également une biodiversité importante, de même qu’une disponibilité accrue de nutriments.

Un sol en santé ne permet pas seulement aux végétaux de bien pousser, il a aussi un rôle essentiel dans le cycle de l’eau, l’épuration, la dégradation des polluants, la biodiversité et la réduction des gaz à effet de serre.

C’est pourquoi les agriculteurs travaillent en collaboration avec les agronomes, suivent des formations et s’informent sur les meilleures pratiques agroenvironnementales.

À savoir également : la fertilisation des cultures est une activité encadrée au Québec. En vertu du Règlement sur les exploitations agricoles, les producteurs doivent, tous les ans, obtenir un plan de fertilisation auprès de leur agronome. Ce dernier indiquera les doses de fumiers, d’engrais minéraux et de nutriments nécessaires aux besoins de leurs cultures et respectueux de l’équilibre du sol. Les agriculteurs tiennent également un registre des épandages de chaque producteur.

Parmi les approches assurant la santé des sols, les agriculteurs favorisent la rotation des cultures, la culture de plantes couvre-sol qui le protègent contre l’érosion et le nourrissent, la réduction du travail de machinerie et le recours aux semis directs, donc sans labour, en laissant les résidus de culture afin de fertiliser la terre…

Voir une vidéo complémentaire sur la santé des sols

Limiter les pesticides
Les pesticides ont pour fonction de protéger les cultures des insectes nuisibles, des herbes envahissantes et des maladies. Sans eux, des récoltes entières pourraient être détruites et occasionner de lourdes pertes, donc une augmentation du coût des aliments.

Leur utilisation est très encadrée au Québec. L’agriculteur doit par exemple respecter des distances entre l’endroit où il répand des pesticides et les bâtiments, les cours d’eau, les sites de prélèvement d’eau, les pistes cyclables… Pour certains pesticides, les agriculteurs doivent même avoir une recommandation de leur agronome.

Le mot d’ordre général est de réduire l’utilisation des pesticides, n’utiliser que la bonne dose au bon moment et les remplacer lorsque cela est possible par d’autres pratiques alternatives. Les producteurs agricoles en font donc usage s’il n’y a pas d’autres moyens efficaces pour remédier à leur problème.

Car il existe des méthodes de lutte autres que chimiques. Elles sont biologiques, mécaniques, culturales ou génétiques. Elles assurent une réduction durable et efficace des nuisances. Parmi celles-ci on compte : la rotation des cultures et le recours à des alliés – dont certains autres insectes – que l’on retrouve naturellement dans l’écosystème.

Santé Canada impose par ailleurs des limites précises quant aux traces de pesticides pouvant se retrouver sur les aliments. Elles sont de 100 à 3 000 fois plus basses que le seuil de dangerosité. Le taux de conformité des fruits et légumes produits localement est plus élevé que celui des produits importés.

Voir une vidéo complémentaire sur l’usage des pesticides

Préserver la qualité de l’eau
L’eau est essentielle à la vie et indispensable à l’agriculture. Les producteurs mettent donc en place des techniques pour mieux encadrer son utilisation et pour veiller à la santé des rivières et des nappes phréatiques, portant une attention particulière à diminuer les risques de créer de la pollution d’origine agricole.

Utilisateurs d’eau, ils tentent aussi de gérer au mieux cette ressource, par exemple, en recourant à des systèmes d’irrigation performants ou en arrosant au pied des plants pour éviter l’évaporation et le gaspillage.

Les sédiments d’origine agricole peuvent se retrouver dans les cours d’eau par le ruissellement et par le vent. Les agriculteurs favorisent donc l’implantation de bandes riveraines, ces plantations d’arbres, d’arbustes ou d’herbes situées entre leurs cultures et les cours d’eau. Encadrées par une politique québécoise et par des réglementations municipales, les bandes riveraines contribuent à stabiliser les berges, filtrer les matières fertilisantes et les pesticides provenant du champ, retenir les sédiments emportés par l’eau de ruissellement, améliorer la qualité de l’eau et favoriser la biodiversité.

Pour leur part, les éleveurs maintiennent la qualité de l’eau et diminuent les risques de dégradation des berges due au piétinement des animaux en installant des sites d’abreuvement, en clôturant les abords des cours d’eau et en aménageant des passages pour le bétail.

Voir une vidéo complémentaire sur la préservation de la qualité de l’eau

Communiquer : plus qu’hier, moins que demain
Dans tous les cas, il est essentiel de garder à l’esprit qu’un agriculteur est dépendant de la température et du temps qu’il a pour mener à bien ses activités. Son travail n’est pas de tout repos et cohabiter dans un milieu agricole nécessite parfois de la patience et de la compréhension. La communication reste donc la clé pour assurer des rapports harmonieux entre les producteurs et les citoyens du voisinage.

Ainsi, les occasions de rencontres peuvent permettre de mieux comprendre la réalité de chacun. Les Portes ouvertes de l’UPA qui se déroulent chaque automne, les foires agricoles, les marchés fermiers, la cueillette d’un panier à la ferme, l’autocueillette… voilà autant de moments agréables dont il faut profiter pour notre plaisir mutuel et pour échanger!

Un soutien gouvernemental essentiel

Pour améliorer notre autonomie alimentaire, il nous faut avant tout maintenir une agriculture robuste, pérenne et compétitive. Pour y parvenir, les agriculteurs d’ici doivent pouvoir vivre décemment de leur métier et compter sur un appui gouvernemental comparable à celui donné à leurs principaux compétiteurs internationaux…
 

 

Pourquoi un soutien public?

La sécurité alimentaire est fondamentale et essentielle à la stabilité des États, du commerce et de l’économie. C’est pourquoi tous les pays développés, incluant le Canada, soutiennent leur agriculture, que ce soit par :

  • la réglementation;
  • les tarifs à l’importation;
  • les subventions à l’exportation;
  • le soutien des prix ou l’aide directe offerte aux producteurs.

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les pays occidentaux ont adopté différentes politiques afin de se protéger de la forte volatilité des prix liée aux soubresauts du marché et aux événements climatiques extrêmes. La gestion des risques en agriculture est donc partagée entre l’État et les producteurs.

Les gouvernements américains et ceux des pays européens interviennent comme jamais auparavant pour soutenir leurs productions agricoles respectives. Voilà pourquoi l’efficacité de nos programmes doit être comparable à celle de nos principaux compétiteurs si nous souhaitons maintenir notre place sur les marchés nationaux et internationaux.

Quand on se compare... on se désole!
Le niveau de subventions directes aux agriculteurs varie fortement d’un pays à l’autre.

Au Québec, où elles sont de 5 %, elles sont inférieures à celles des États-Unis (à 8 %) ainsi qu’à la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (11 %) et de l’Union européenne (17 %). De plus, plusieurs pays ayant un climat semblable à celui du Québec (Islande, Norvège) affichent un soutien agricole élevé et stable, autour de 50 %.
Les transferts budgétaires versés aux producteurs américains, en pourcentage de la valeur totale de la production agricole, sont plus de deux fois supérieurs (8 %) à ceux reçus par les producteurs canadiens (4 %). Pour obtenir un soutien équivalent, un investissement additionnel de 2,6 G$ par année est requis.

De surcroît, le Canada est le pays de l’OCDE ayant le plus diminué son soutien à l’agriculture, surtout depuis les coupes importantes de 2013 (440 M$ par année en moins).

Environnement et production biologique
Le soutien gouvernemental canadien en agroenvironnement est moins élevé que celui de nos principaux compétiteurs internationaux. Soulignons que 25 % du soutien aux agriculteurs américains prend la forme d’une aide directe aux initiatives agroenvironnementales (environ 30 % en Europe). Pour obtenir un soutien agroenvironnemental équivalent aux producteurs américains, un investissement additionnel de 700 à 800 M$ par année est requis.

Les attentes en matière de respect de l’environnement sont de plus en plus élevées et elles entraînent des coûts et des risques supplémentaires pour nos entreprises agricoles.

En matière de production biologique, l’un de programmes phares du gouvernement américain rembourse une partie des coûts de certification. En Europe, on note une hausse du soutien direct aux producteurs, grâce à un paiement à l’hectare récurrent. En plus d’augmenter le nombre de productions certifiées, de telles mesures instaurées au Canada assureraient une plus grande compétitivité de nos entreprises.

Produire des aliments de qualité, tout en restant compétitif
Produire des aliments de qualité, tout en restant compétitif représente un défi de taille. Lorsqu’on y ajoute les autres risques avec lesquels les producteurs doivent composer, la marche est encore plus haute. Voici certains de ces défis.

Conditions nordiques et aléas de la météo
Le secteur agricole québécois doit conjuguer avec les réalités climatiques qui lui sont propres (nordicité et saison de croissance limitée) comparativement aux autres puissances agricoles, dont les États-Unis et le Brésil. Il est, de ce fait, limité dans la diversité des produits qu’il peut produire.

Adaptation aux changements climatiques
L’agriculture est l’un des secteurs les plus touchés par l’évolution du climat. Les effets commencent déjà d’ailleurs à se faire sentir.

Les experts estiment par ailleurs que le Canada connaîtra l’une des plus importantes hausses de température dans le monde. Et au Québec, on prévoit pour l’horizon 2041-2070 une hausse moyenne de 2 à 4 degrés Celsius.

L’intensité et la durée des vagues de chaleur augmenteront, mettant à risque les productions végétales. Les pluies seront plus localisées et intenses, affectant la résilience des sols. Plusieurs producteurs seront vraisemblablement appelés à investir davantage dans les infrastructures d’irrigation pour protéger leurs récoltes.

Les insectes ravageurs se feront plus présents, tout comme les mauvaises herbes. Certaines espèces pérennes risquent également de périr en hiver.

Quant aux productions animales, en plus de devoir ajuster l’alimentation des bêtes et de faire face à des enjeux pour leur fournir de l’eau fraîche, plusieurs producteurs devront investir dans la ventilation seule, ou en combinaison avec la brumisation ou le système d’arrosage goutte à goutte.

Enjeux de main-d’œuvre
Les agriculteurs du Québec donnent à leurs employés un salaire, des conditions de travail et une couverture sociale qui respectent les normes et les valeurs de notre société et qui sont souvent plus élevés qu’ailleurs. Cela a pour effet d’augmenter les coûts de production et affecte par le fait même la compétitivité des aliments d’ici comparativement aux produits étrangers.

Accès aux terres
Les terres fertiles et cultivables sont peu nombreuses au Canada, d’autant plus que les meilleures terres se concentrent dans la partie la plus densément peuplée de la plaine du Saint-Laurent.

Le prix des terres est donc en croissance et la relève agricole a de moins en moins les moyens de les acheter. À nouveau, cela affecte notre capacité à nourrir la population à coût abordable.

Que faut-il?
Pour que les producteurs aient des revenus décents, tout en nourrissant la population à prix compétitif, un soutien gouvernemental adéquat est incontournable. Au premier chef, on compte bien entendu le soutien financier, afin de les aider à faire face aux enjeux précédemment mentionnés. Les gouvernements fédéral et provincial peuvent soutenir les producteurs agricoles grâce à :

  • L’adoption de lois et règlements qui tiennent compte des besoins exprimés par les agriculteurs;
  • Des programmes d’embauche de travailleurs étrangers temporaire améliorés et simplifiés;
  • La conclusion d’ententes commerciales internationales porteuses et équitables qui valorisent notre agriculture plutôt que de l’utiliser comme monnaie d’échange;
  • Dans le cadre de négociations internationales, l’établissement d’une réciprocité des normes agricoles, ce qui n’est pas actuellement le cas. On pense ici notamment aux normes environnementales, au respect du bien-être animal, des conditions de travail des employés, etc.

Découvrez le Dialogue sur l’autonomie alimentaire

Alors que l’on entend de plus en plus parler d’achat local et d’autonomie alimentaire, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a eu l’idée de lancer, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde (INM), un Dialogue sur l’autonomie alimentaire du Québec. L’objectif? Réunir les deux extrémités de la chaîne de production alimentaire, soit les producteurs et les citoyens, pour qu’ils puissent échanger et mieux comprendre leurs réalités, leurs attentes et leurs besoins.
 
Vers un contrat social

À travers une démarche rigoureuse, près de 70 participants, sélectionnés aléatoirement et représentant autant la population québécoise que producteurs agricoles, ont été sensibilisés aux grands enjeux touchant l’agriculture d’ici. Ces producteurs agricoles et citoyens ont discuté, échangé et argumenté de façon constructive, d’abord séparément, puis communément, sur les freins et les opportunités permettant d’améliorer notre autonomie alimentaire, pour convenir d’un contrat social, dévoilé lors du congrès général de l’UPA en décembre 2020.
 
Pour en savoir plus, consultez ce contrat social qui contient une série de recommandations communes pour favoriser l’atteinte d’une plus grande autonomie alimentaire.