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L'autonomie alimentaire, ça se cultive ensemble! - L'Union des producteurs agricoles (UPA)
Plus que jamais, les Québécois demandent des aliments d’ici, et le Québec veut devenir plus autonome pour se nourrir. C’est ce qu’on appelle l’autonomie alimentaire. Accroître cette autonomie est tout à fait possible, même dans un pays nordique comme le nôtre. Découvrez les différentes facettes de ce grand chantier collectif qui met au cœur de l’action l’agriculture, ses retombées positives, ainsi que les éléments à considérer pour mettre plus de Québec dans notre assiette! Un projet de société des plus porteurs, qui nous interpelle tous!

 

Un projet collectif

Augmenter notre autonomie alimentaire, c’est choisir les produits du Québec, pour soutenir notre économie et diminuer notre dépendance aux importations, pour des aliments que nous sommes en mesure de produire ici. Cet objectif ne peut être atteint en un simple claquement de doigts, car il soulève de nombreux enjeux et interpelle tous les maillons de la chaîne : agriculteurs, transformateurs, commerçants, restaurateurs, citoyens et décideurs. Tour d’horizon pour mieux comprendre la question.
 
 

Qu’est-ce que l’autonomie alimentaire?

Comme elle est souvent confondue avec d’autres concepts distinctifs, voyons d’un peu plus près différentes définitions. 

  • Souveraineté alimentaire : Le droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée produite avec des méthodes durables, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires.
  • Sécurité alimentaire : Un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive permettant à tous les humains de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie active et en santé. 
  • Autonomie alimentaire : Vise à subvenir aux besoins alimentaires d’une population locale, à maintenir la diversité de l’offre et à permettre un accès facile aux produits pour tous.
Produire plus, pour importer moins
Augmenter notre autonomie alimentaire ne signifie pas vivre en autarcie et ne consommer que des produits venus d’ici. C’est produire plus, en offrant à notre population une diversité d’aliments qui tient compte de nos ressources et de notre réalité climatique. Car soyons clairs, ce n’est pas demain la veille que nous allons cultiver localement du café, des oranges et des bananes! Quant à l’exportation et aux accords internationaux, ils sont nécessaires, et là pour rester.

Tendre vers l’autonomie, c’est plutôt trouver un équilibre entre la nécessité de produire davantage pour combler les besoins locaux et les avantages qu’offre le commerce international. Le meilleur des deux mondes, quoi!

Accroître notre degré d’autosuffisance

Notre agriculture s’est grandement diversifiée au courant des 50 dernières années, de sorte que nous sommes déjà autosuffisants dans plusieurs productions. Voici un survol de la situation.

  • Dans certaines filières, nous sommes même beaucoup plus qu’autosuffisants, et exportons nos produits à travers le monde. Pensons au sirop d’érable, aux canneberges, au porc, au veau, aux bleuets.
  • Du côté des œufs, de la volaille et des produits laitiers, notre autosuffisante est acquise grâce au système canadien de gestion de l’offre, qui arrime l’offre de ces produits à la demande du pays.
  • En ce qui a trait au secteur maraîcher, le degré d’autosuffisance varie beaucoup d’une production à l’autre, notamment en raison de notre climat nordique et des saisons de croissance limitées. Le Québec fait toutefois excellente figure dans les légumes de conservation comme les betteraves, les navets, les choux et les oignons, mais doit importer la majorité des tomates, des fraises et des épinards pour satisfaire la demande des consommateurs toute l’année.
  • Pour améliorer notre bilan, l’appui aux secteurs ayant un potentiel de croissance d’aliments que nous pouvons produire ici pourrait faire une grande différence. À titre d’exemple, pensons au secteur de la pomme qui répond actuellement à environ 52 % du marché d’ici, à celui du bœuf (36 %), de l’agneau (34 %), du miel (32 %) et du poisson d’élevage (10 %). Sans compter le développement de la production en serre qui pourrait nous permettre d’avoir accès à une plus grande variété de légumes québécois toute l’année.

Des bénéfices pour la société
Les retombées liées à l’augmentation des achats d’aliments produits et transformés au Québec sont bien réelles et nombreuses. Sur le plan économique, cela se traduit par la création d’emplois et de richesse, alors qu’au niveau du territoire, on revitalise nos villages et nos régions. Sans compter la fierté d’acheter local, d’encourager les nôtres et de développer une gastronomie bien d’ici! De plus, cette plus grande autonomie nous permettrait de faire plus facilement face à d’éventuelles crises, nous assurant une plus grande stabilité économique et politique.

Saviez-vous que…
Si chaque ménage québécois remplaçait hebdomadairement, à l’épicerie ou au restaurant, 12 $ de ses achats de produits étrangers par l’achat d’aliments du Québec, cela permettrait d’augmenter d’un milliard de dollars par année la demande auprès des agriculteurs, des pêcheurs et des transformateurs alimentaires québécois?

Répondre aux besoins des consommateurs
Pour accroître notre autonomie alimentaire, il convient de répondre encore davantage aux besoins des consommateurs en produisant des aliments de qualité, diversifiés et à des prix compétitifs. De tout, pour tous les goûts! Avec la mondialisation des marchés, la concurrence des produits importés s’avère toutefois de plus en plus féroce et le prix peut parfois représenter un réel obstacle à l’attractivité des produits québécois. Le fait que le prix le plus bas demeure le principal facteur décisionnel lors de l’achat d’un aliment est un enjeu de taille pour les producteurs du Québec.

Se battre à armes égales
Pour mieux comprendre cette réalité, il est essentiel de prendre en considération l’environnement d’affaires dans lequel les producteurs agricoles évoluent. Les normes sanitaires, sociales et environnementales au Québec sont parmi les plus sévères au monde (ex. normes du travail, encadrement de l’usage des pesticides, gestion des fumiers, etc.). Nos producteurs acceptent volontiers de répondre à ces attentes sociétales et de s’y conformer, mais beaucoup d’aliments importés que l’on trouve sur nos tablettes ne sont pas soumis aux mêmes règles. Ils doivent ainsi concurrencer les aliments importés de pays, comme la Chine et les pays d’Amérique du Sud, qui ont souvent des normes moins exigeantes et dont le coût de main-d’œuvre est beaucoup moins élevé. À cela s’ajoute la confusion sur les règles d’étiquetage au Québec, qui empêche les consommateurs de faire un choix éclairé.

Encourager l’achat local
Ces dernières années, on a pu constater une augmentation des achats locaux de la part des consommateurs, et les commerçants mettent de plus en plus de l’avant le caractère local comme attribut des produits en vente. La pandémie a sans aucun doute accentué ce phénomène et les consommateurs ont été au rendez-vous. En parallèle, un renforcement de l’achat local est observé dans le milieu institutionnel (hôpitaux, garderie, écoles, prisons, etc.), mais de nombreux obstacles sont encore présents, comme les exigences réglementaires existantes (ex. le recours au plus bas soumissionnaire), ou l’absence de prise en compte de la distance que les produits auront à parcourir comme critère de sélection.

Aliments du Québec
Pour faciliter leurs prises de décisions, les consommateurs peuvent se tourner vers les marques d’identification Aliments du Québec. Ces logos sont des références de choix qui facilitent le repérage des produits alimentaires québécois en épicerie. Avec plus de 22 000 produits authentifiés Aliments du Québec ou Aliments préparés au Québec, il est facile de les repérer sur les tablettes des épiceries.

Partir à la découverte de notre terroir
De nombreuses initiatives en faveur de l’achat local ont été développées pour mieux faire connaître les produits d’ici. Bien entendu, on connaît tous les marchés publics et les paniers fermiers qui nous permettent de nous approvisionner plus directement en produits frais et locaux. On peut aussi faire des découvertes en parcourant les régions du Québec avec ses nombreux circuits gourmands, fruits du travail collectif des Tables bioalimentaires et d’autres intervenants du milieu agroalimentaire.

L’application Mangeons local plus que jamais! de l’Union des producteurs agricoles, permet de repérer facilement les fermes, les marchés et les transformateurs qui font de la vente directe au public. On peut y créer des circuits pour s’approvisionner à proximité de son domicile, ou planifier une virée gourmande pour découvrir les attraits d’une région. On y trouve aussi une recension des ressources locales à découvrir. De plus, on pourra bientôt y découvrir des restaurateurs qui participent au programme Aliments du Québec au menu, un programme de reconnaissance s’adressant aux restaurants et institutions qui valorisent les produits du Québec dans leur menu. Bref, un outil incontournable!

Favoriser des pratiques écoresponsables
Les agriculteurs d’ici sont engagés depuis de nombreuses années à améliorer leurs pratiques pour réduire l’impact environnemental de leurs activités. Depuis 1994, les producteurs agricoles (l’UPA et tous les groupes de producteurs qui y sont affiliés) ont lancé de nombreux chantiers et projets et y ont collaboré tout en faisant la promotion de la sensibilisation et l’adoption de nouvelles pratiques soutenues par des investissements majeurs.

Avec le nouveau Plan d’agriculture durable annoncé par le gouvernement du Québec, les producteurs devraient pouvoir continuer d’améliorer leurs façons de faire. D’une durée de 10 ans, ce plan vise à accélérer l’adoption de pratiques agroenvironnementales en tenant compte des préoccupations sociétales en matière de pesticides ainsi que des engagements liés aux changements climatiques. Pour l’Union, il s’agit d’un bon premier pas, mais encore insuffisant pour répondre aux besoins des producteurs. Rappelons que ce plan prévoit des investissements pour la recherche et le développement des connaissances ainsi qu’un accompagnement accru des producteurs, tant au chapitre de la formation que du transfert des connaissances. Ce sont plusieurs éléments du Plan vert agricole que propose l’Union depuis plus de deux ans.

Pour en savoir plus sur l’avancement des pratiques agricoles, visionnez notre série Les Champs changent et découvrez notre websérie Vosagriculteurs.tv, spécial environnement.

Soutenir les agriculteurs

En vue de développer notre autonomie alimentaire, il importe que les agriculteurs puissent vivre décemment de leur métier. À ce titre, ils doivent recevoir le coup de pouce nécessaire de l’État. Les pouvoirs publics de tous les pays occidentaux se sont d’ailleurs dotés de programmes leur permettant de soutenir leur agriculture. Cet accompagnement peut prendre différentes formes : politiques agricoles et de soutien des prix et de programmes de crédit, d’assurances, d’aide aux exportations, et il doit tenir compte du type d’agriculture que l’on souhaite favoriser.

 
 

La protection de nos terres

Soutenir notre agriculture passe par la protection de nos terres agricoles. Celles-ci sont essentielles à la production d’aliments et directement reliées à notre autonomie alimentaire. Il s’agit d’une ressource précieuse et non renouvelable. Au Québec, elles représentent à peine 2 % de notre territoire, il est donc essentiel de les conserver et de les protéger avec soin. Pourtant, chaque année, des terres agricoles sont sacrifiées au profit de l’étalement urbain, de divers projets industriels et de la spéculation. Voyons ce qu’il en est exactement.
 
 

Une ressource rare, précieuse et non renouvelable

Toutes les terres ne sont pas cultivables! Et il faut jusqu’à 1 000 ans pour régénérer deux à trois centimètres de sol fertile. D’ailleurs, travailler une terre agricole demande beaucoup d’efforts échelonnés sur de nombreuses années. On ne change donc pas la vocation d’une terre agricole sans conséquence. Et, lorsqu’on le fait, il faut savoir qu’on ne peut plus revenir en arrière.

Zone agricole et zone cultivable

La superficie de terres arables, propices à l’agriculture, est une ressource très limitée, mais combien indispensable. Au Québec, moins de 5 % de notre territoire est situé en zone agricole, dont une grande partie est inexploitable parce qu’on y retrouve :

  • Des lacs, des cours d’eau, des milieux humides, des boisés, des surfaces rocheuses ou des sablières;
  • Des commerces et des industries;
  • Des lignes de transport d’électricité, de gaz, de pétrole;
  • Des routes (une autoroute occupe jusqu’à 12 hectares par kilomètre);
  • Des résidences.

En fait, lorsqu’on ne considère que la portion cultivable, c’est à peine 2 % du territoire québécois (2,3 millions d’hectares) qui est propice à l’agriculture. Ce qui est très peu, comparativement à d’autres pays. En France, c’est 58 % et aux États-Unis, 4 %.

Des terres fortement convoitées

Malgré leur rareté, les terres agricoles québécoises sont soumises à une pression croissante et sont très convoitées. En fait, depuis 1992, le Québec perd en moyenne 6 340 hectares par année, soit l’équivalent du territoire de l’île de Montréal tous les huit ans. Ces pertes se font au profit de l’urbanisation et d’usages non agricoles, notamment résidentiels, commerciaux et industriels. Ce sont d’ailleurs les meilleures terres agricoles, concentrées dans la partie la plus densément peuplée de la plaine du Saint-Laurent, qui subissent de fortes pressions.

Une loi indispensable

La Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles a été adoptée en 1978 pour :

  • Freiner l’étalement urbain vers les meilleures terres;
  • Réduire la spéculation sur les terres propres à l’activité agricole;
  • Assurer l’équilibre entre la préservation du territoire et le développement des collectivités;
  • Préserver une ressource indispensable pour les générations futures.

Cette loi protège une partie importante du sud du Québec, là où les terres possèdent le plus grand potentiel agronomique. Toute utilisation non agricole de cette zone doit systématiquement être approuvée par la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), organisme qui protège la pérennité du territoire agricole québécois. Sans être parfaite, cette loi a permis de ralentir la pression liée à l’urbanisation et de protéger le garde-manger des Québécois.

La pression de la spéculation

Malgré la création de la CPTAQ, les bonnes terres cultivables ne sont pas à l’abri de la spéculation foncière, ce qui les rend plus difficiles d’accès pour les jeunes agriculteurs de la relève. Au cours des dernières années, les achats d’importantes superficies agricoles par des sociétés d’investissement (caisses de retraite, fonds fonciers, grandes fortunes) se sont multipliés. Le secteur immobilier est aussi très actif et présente souvent des projets qui nécessitent le dézonage de terres agricoles.

Des terres de moins en moins accessibles

Sans surprise, la pression exercée sur les terres agricoles a un effet direct sur leur valeur commerciale. Au cours des dix dernières années, les prix ont augmenté de 11 % chaque année selon Financement agricole Canada. Les producteurs agricoles doivent donc s’endetter de plus en plus pour acquérir les terres disponibles; des terres dont la valeur marchande est complètement dissociée de leur rendement agricole. Quant à la relève, elle ne peut tout simplement pas soutenir cette concurrence lorsque vient le temps de s’établir.

 
 

Découvrez le Dialogue sur l’autonomie alimentaire

Alors que l’on entend de plus en plus parler d’achat local et d’autonomie alimentaire, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a eu l’idée de lancer, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde (INM), un Dialogue sur l’autonomie alimentaire du Québec. L’objectif? Réunir les deux extrémités de la chaîne de production alimentaire, soit les producteurs et les citoyens, pour qu’ils puissent échanger et mieux comprendre leurs réalités, leurs attentes et leurs besoins.
 
Vers un contrat social

À travers une démarche rigoureuse, près de 70 participants, sélectionnés aléatoirement et représentant autant la population québécoise que producteurs agricoles, ont été sensibilisés aux grands enjeux touchant l’agriculture d’ici. Ces producteurs agricoles et citoyens ont discuté, échangé et argumenté de façon constructive, d’abord séparément, puis communément, sur les freins et les opportunités permettant d’améliorer notre autonomie alimentaire, pour convenir d’un contrat social, dévoilé lors du congrès général de l’UPA en décembre 2020.
 
Pour en savoir plus, consultez ce contrat social qui contient une série de recommandations communes pour favoriser l’atteinte d’une plus grande autonomie alimentaire.
 
 

Revenez nous voir! L’ajout de nouvelles capsules et une actualisation des contenus se feront d’ici l’automne 2021.